19 janvier 2009
Rendez-vous avec l'Histoire. A 47 ans, Barack Obama sera le premier Noir à accéder à la Maison Blanche. Au-delà de cet événement, c'est une nouvelle Amérique qui se lève, une génération Obama pleine d'espoir.
De notre envoyée spéciale à New York.
Au Dizzy Jazz Club, près de Central Park (New York), le contrebassiste, un grand Noir mince ressemble à Barack Obama. En présentant son quintette, il ne dit pas «Ladies and gentlemen», mais «Dear friends». Descendants d'esclaves, eux? Peut-être. Mais le trompettiste au crâne rasé, comme le jeune pianiste à queue de cheval, sont des seigneurs, qu'un public mêlé applaudit avec respect. A deux pas de là, au Hudson, un hôtel branché décoré par Philippe Stark, une dizaine de jeunes de 25 à 35 ans dînent autour d'une longue table: une Asiatique, une Indienne, une Blanche, apparemment d'ascendance irlandaise, une Noire. Et, parmi les garçons, deux Noirs, dont l'un ressemble aussi à Obama. Ils sont cadres, universitaires, avocats. C'est la nouvelle Amérique. Génération Obama. On l'avait oublié, car l'Amérique de Bush était plutôt celle des conservateurs aux cheveux blancs, qui évoquent Dieu à tous propos et réclament l'interdiction de l'avortement, celle des fermiers à chapeau de cow-boy, qui ne peuvent pas vivre sans leur colt et des femmes à permanente blond platine. Mais bien avant les Bush, père et fils, bien avant les Clinton, l'Amérique avait amorcé le prodigieux changement grâce auquel les Obama s'installeront demain à la Maison Blanche.
Un long chemin
En 1964, la future first lady, Michelle, fille d'un employé municipal des quartiers pauvres de Chicago, a six mois quand le président Lyndon Johnson, qui succède à John Kennedy, assassiné, signe le «civil rights act», interdisant la discrimination dans les pouvoirs publics, l'administration et l'emploi. Le chemin sera encore long: la future Première dame se souviendra longtemps d'avoir vu les Blancs fuir quand des familles noires comme la sienne commencèrent à acheter des maisons dans un quartier salubre, et d'avoir appris que la mère de sa meilleure camarade blanche à l'université de Princeton s'était plainte auprès du recteur qu'on ait laissé une étudiante noire partager la chambre de sa fille... Quant à Barack, il a raconté dans son livre: «Les rêves de mon père», un best-seller qui a permis au jeune couple d'avocats d'éponger ses dettes, ses premiers combats dans des associations de quartier contre l'amiante et son bus jaune avec cinq parents d'élèves: «L'armée d'Obama»...
Bonjour, l'action collective
L'«armée» a grandi: ce lundi, pour la «journée du service» - chaque Américain étant appelé à rendre service à ses voisins ou à se porter bénévole à l'hôpital ou dans les centres d'accueil des miséreux, cela en mémoire du pasteur Martin Luther King, dont le rêve s'accomplit enfin - ils seront des millions à manifester leur désir de servir. Ils répondront ainsi à Obama, qui a répété toute la semaine, sur internet et à la télévision, que son intronisation devait être un changement pour tous. Et l'on croira entendre l'écho du discours de campagne de Michelle en direction des jeunes: «Ne vous tournez pas vers l'Amérique des affaires. Travaillez plutôt pour la communauté!».
Envie de grandeur
N'en doutons pas: une nouvelle vague d'«Obamania» va déferler chez nous. Nous allons être séduits par cette «génération Obama» qui veut croire à l'égalité - notamment dans les couples, où le père de famille devrait, selon Obama, être plus présent - mais surtout à la fin de l'«argent roi» et au dépassement de l'individualisme. «Parlez-nous, demande à Obama une jeune éditorialiste du magazine News Week, de grandeur!».
