15 février 2009
Troisième en temps réel, Samantha Davies a fait chavirer les coeurs, hier matin aux Sables-d'Olonne. L'Anglaise attend maintenant l'arrivée de Marc Guillemot (lire ci-dessous) pour connaître sa place finale.
Elle n'est pas Ellen MacArthur! Elle le dit haut et fort. Et pourtant, les similitudes sont troublantes. Comme Dame Ellen (2e du Vendée Globe 2001), Sam Davies est Anglaise. Comme MacArthur, elle navigue bien. Comme MacArthur, elle a un petit accent trop craquant. Comme MacArthur, elle est passée maître dans l'art de la communication. Comme MacArthur, elle a été accueillie par papa et maman, émus aux larmes. Mais les comparaisons s'arrêtent là. «Je ne suis pas MacArthur. Je suis différente. Je suis Sam Davies tout simplement.»
«Ninita» était là
Contrairement à MacArthur qui a passé son enfance dans la campagne, Sam Davies a grandi sur l'eau. Sur un bateau. D'ailleurs, Paul, son père, Jenny, sa mère et sa soeur Debbie n'ont pas pris la voiture pour l'accueillir hier matin. Malgré le froid, ils sont venus avec «Ninita», la goélette familiale. Sam Davies, ce n'est pas seulement une régatière qui a fait ses armes en Mini 6,50 et en Figaro, c'est d'abord une tête bien faite, titulaire d'un master d'ingénierie. C'est ensuite un bon marin qui rêvait du Vendée Globe parce que, dit-elle, «c'est la course la plus longue que j'ai trouvée pour être seule en mer» Sam Davies, c'est surtout une femme sensible qui porte des chaussettes rouges en mer en hommage à Peter Blake, son héros. Une «vraie fille qui aime des trucs de filles», comme elle dit. Une fille qui a vite compris qu'elle avait des atouts.
«J'ai failli repartir»
Alors oui, elle a communiqué. Pas avec des larmes comme le faisait parfois MacArthur mais avec de larges sourires. Et vas-y que je t'envoie des photos en maillot de bain et des vidéos pleine d'humour. De joie de vivre surtout. Car Sam Davies aime être en mer. Seule. «Etre toute seule sur mon bateau, c'est ce qui va me manquer le plus maintenant.» Elle est ainsi Sam, incapable de mentir sur ses émotions. «Je n'ai pas pleuré. C'était l'objectif: zéro larme.» Desjoyeaux et Le Cléac'h avaient avoué qu'ils en avaient plein les bottes. Pas elle. «Non, ce n'était pas trop long, je me suis même demandé, cette nuit, si je n'allais pas repartir!» On aurait adoré qu'elle nous fasse une Bernard Moitessier. Qu'elle refuse le retour à la civilisation et tout ce qui va avec. Mais non, Sam n'est pas une sauvage qui n'aime que par la mer et les bateaux qui vont dessus.
Quelle popularité!
A terre aussi, il y a des bonnes choses. «Ah oui, des douches chaudes par exemple!» A terre, il y a aussi Romain, son compagnon. Un marin comme elle. Tous deux, ils ont posé l'ancre à Trégunc. Près de Port-la-Forêt où ils s'entraînent. A terre enfin, elle a pu mesurer sa popularité quand Le Cléac'h et Jourdain l'ont portée en triomphe: «Ça fait chaud au coeur. Merci, c'est énorme. Quand j'étais dans ma petite boule rose sur "Roxy", j'étais étonnée par les messages qui arrivaient du monde entier. C'était ma petite lumière de la journée.» Samantha Davies a rayonné pendant 95 jours. Avec elle, le soleil risque de briller pour longtemps encore.
«Sam a réussi une super belle course. Elle a apporté cette joie de vivre, ce bonheur d'être en mer. ??a nous a fait du bien aussi à nous les coureurs. D'ailleurs, c'est une belle leçon à retenir. Dans notre sport mixte, les femmes apportent une autre touche, une touche de douceur. Elles n'ont pas la même approche, ni la même philosophie que nous les hommes. Je pense sincèrement qu'elles sont plus fortes dans leur tête. Il y en avait deux au départ et il y en aura deux à l'arrivée. Ce n'est peut-être pas un hasard...» «Samantha, ce n'est que du bonheur! Cela ne me surprend pas tellement en fait: elle a super bien préparé son affaire. Son bateau était bien préparé. De son côté, elle avait beaucoup bossé la météo et sa préparation physique au centre d'entraînement à Port-La-Forêt. Surtout, elle avait très envie d'y aller. Très envie de faire un tour du monde en solitaire. Elle y est allée avec plaisir et cela s'est vu pendant la course. Médiatiquement, elle a éclaté et c'est très bien. Bravo.» «C'est une vraie révélation. Il y avait une osmose parfaite entre elle et son bateau. Nous, les hommes, on a voulu tenter un tour de force. Elle a réussi un tour plus en douceur, ce qui prouve qu'on peut faire un Vendée Globe dans l'harmonie et pas seulement dans la souffrance. Sam a une grande force mentale et de belles ressources. Oui, elle a illuminé la course. J'étais sur l'eau, dans un pneumatique et cela m'a ému de la voir arriver de nuit. Je me devais d'être là car je n'oublie pas que Samantha a cravaché pour me rejoindre et me soutenir dans l'attente de mon évacuation par les secours australiens. Après l'hôpital, la salle de marche à Trestel, aller sur l'eau, enfiler mon ciré, c'était un sacré bol d'air pour moi. ??a a fait beaucoup de bien au marin que je suis! Je me devais aussi d'être là pour clôturer mon Vendée Globe. Maintenant, j'attends Marc Guillemot avec impatience.»
En coupant la ligne d'arrivée samedi à 1h41 du matin, soit après 95 jours, 4h39' 1'' de course (temps incluant la bonification de 32heures pour le sauvetage de Yann Eliès), Samantha Davies a terminé troisième en temps réel. L'Anglaise doit cependant attendre que Marc Guillemot, qui bénéficie de 82heures de bonification, franchisse la ligne. Pour monter sur le podium, le skipper de «Safran», qui navigue toujours sans quille, doit arriver avant lundi3 h 41. Son ETA donne un passage de ligne... aujourd'hui entre 21h et lundi11 h.Tout reste possible.
Classement: 1. Michel Desjoyeaux (Foncia) en 84 jours 3h9'; 2. Armel Le Cléac'h (Brit Air) en 89 jours 9h39', soit à 5 jours 6h30' du premier; 3. S.Davies (Roxy) en 95jours 4h39' 1''; 4. M.Guillemot (Safran) à 167 milles de l'arrivée; 5. B.Thompson (Bahrein Team Pindar) à 197,8 milles de l'arrivée; 6. D.Caffari (Aviva) à 256,3m; 7.A.Boissières (Akéna Vérandas) à 1.430,6 m; 8. S.White (Toe in the Water) à1.994,7m; 9. R.Wilson (Great America III) à 3.534,4m; 10. R.Dinelli (Fondation Océan Vital) à 4.727m; 11. N.Sedlacek (Nauticsport-Kapsch) à 5.078,9 m. 19 abandons.
«Non, ce n'était pas trop long, je me suis même demandé, cette nuit, si je n'allais pas repartir!»
