Transat anglaise Sans position et dans le brouillard
Le black-out, débuté vendredi soir, ne semble pas modifier le rythme des solitaires. Le vent de sud ouest s'est renforcé et balaie toute la flotte des 60 pieds. Le brouillard s'est installé. Une ambiance de transat anglaise.
Si, avec le black-out des positions pendant 36 heures, personne ne sait où se trouvent exactement les douze solitaires en course, ceux-ci n'ont pas caché qu'ils naviguaient dans une brise de secteur sud, donc au débridé à une douzaine de noeuds de vitesse, en route directe vers la porte des glaces. Mais, comme le vent va tourner vers l'ouest, il va falloir faire du près, voire tirer des bords.
Sébastien Josse serein
Sébastien Josse (BT), qui menait la flotte vendredi, sera-t-il encore en tête ? « Je suis au débridé et le vent commence à rentrer, jusqu'à vingt noeuds. La mer est relativement peu formée et maniable pour l'instant, mais cela va changer en fin de week-end. Depuis vendredi soir, le bateau est bien rangé, tout matossé. C'est un peu différent avec le black-out, puisqu'on ne peut plus se calquer sur la vitesse et le cap des autres solitaires. Il faut faire au feeling et en fonction du routage : c'est un exercice intéressant. Avec trois plans Farr en tête, le différentiel va se faire sur la connaissance des machines ».
Les fichiers météo confirment bien que le flux de sud va lentement passer au sud-ouest, voire à l'ouest, et qu'il faudra border les voiles, serrer le vent et réduire la voilure quand la brise fraichira à plus de vingt noeuds. Ce sont ces manoeuvres, ces adaptations à ces rotations du vent qui vont faire la différence, ce matin. Car comme le précisait aussi Loïck Peyron (Gitana Eighty), qui aime bien cette idée de black-out, la nuit, tous les chats sont gris : « La nuit est grise, comme le black-out. Tout est gris ! On n'y voit rien malgré une petite lune qui éclaire un peu. C'est un camaïeu de gris ! Les 36 heures qui viennent s'annoncent comme les plus lancinantes qui soient. On avance tête baissée dans le brouillard. Il pleut même ».
Des duels en perspective
Vendredi soir, avant le gel des positions, les trois premiers monocoques Imoca, tous dessinés par le cabinet Bruce Farr, se situaient sur la même option Sud. À la queue leu leu derrière Seb Josse, Vincent Riou (PRB) et Loïck Peyron étaient respectivement à 24 et 45 milles du leader, et sur la même trajectoire. Qu'en sera-t-il ce matin ? De même, Yann Eliès (Generali) et Armel Le Cléac'h (Brit Air) n'étaient séparés que de sept milles par rapport au but, mais avec un différentiel de latitude de 120 milles ! Comme ils naviguent sur de quasi sisterships conçu par le Groupe Finot, l'avantage ou non d'une option plus nord sera clairement démontré.
Bref, ce black-out est bien tombé pour indiquer précisément comment chaque solitaire se comporte quand il n'a ni repères de vitesse, ni comparaison sur l'eau, ni concurrents à surveiller. Si rien n'a changé en 36 heures, cela voudrait dire que tous suivent le même rythme, puisque d'après leurs dires, les conditions météo sont tellement stables qu'il n'y aura pas de modification sensible. Attendons pour juger, car il y aura peut-être des surprises !