23 novembre 2010
Mars2006. Sarah Hébert est déjà multichampionne de France de funboard lorsqu'elle se fait implanter un défibrillateur. Des tests d'effort, réalisés en équipe de France, ont détecté une petite anomalie au coeur. Après trois mois de convalescence, elle remonte sur sa planche et remporte les championnats d'Europe. Ce n'est pas une «petite intervention chirurgicale de précaution» qui va empêcher la championne de croquer la vie à pleines dents. Mais la Fédération française de voile (FFV) décide qu'elle est inapte à la pratique du sport de haut niveau et lui retire sa licence. «C'était une décision politique, pour ne pas prendre de risques avec les assurances. La commission n'a même pas pris la peine de consulter mon dossier médical», raconte aujourd'hui la jeune femme.
Sous les couleurs de l'Arménie
En 2007, Sarah monte sur la deuxième marche du podium des championnats du monde, qu'elle peut finalement disputer sous les couleurs de... l'Arménie. «Michel Zakarian, le directeur technique de la voile arménienne, a entendu parler de mon histoire». Missionné par son pays d'origine, l'entrepreneur français lui propose la double nationalité et une licence. En échange, elle doit qualifier le pays pour les Jeux olympiques de Pékin. Mission accomplie, mais sa nation d'adoption n'est pas prête. Cet attelage improbable sera reconduit pour les JO de Londres, en 2012. «C'est une belle aventure. J'ai été en Arménie, rencontrer les jeunes licenciés qui naviguent sur le lac Sevan, une véritable mer intérieure de 1.400km². C'est marrant, parce que la planche à voile est en plein boom là-bas, tout l'inverse de la France».
Pas comme Raphaëla
D'une aventure à l'autre, Sarah se lance un nouveau défi. Elle veut traverser l'Atlantique en planche à voile. Pas en autonomie complète, «à cinq noeuds sur un paquebot», comme Raphaëla Le Gouvello, en 2000. Non, elle veut le faire à sa façon, c'est-à-dire «à fond», sur une planche de funboard grand public. Accompagnée d'une équipe et d'un bateau suiveur (le trimaran à moteur Ocean Alchemist d'Olivier de Kersauson), pour dormir et se reposer toutes les heures, elle pense pouvoir effectuer la traversée en moins de 25 jours, à raison de 7heures et 100km par jour. «C'est d'abord un défi sportif, puisque ma planche n'est pas adaptée à la navigation au large. Mais ce sera aussi l'occasion de sensibiliser l'opinion publique aux défibrillateurs implantables, à travers mon histoire».
L'appel du large
Une manière de montrer qu'«Avec du coeur, tout est possible» (c'est le titre de son projet). «Je voudrais que les personnes implantées ne fassent pas une croix sur leurs rêves et que les pouvoirs publics comprennent qu'un défibrillateur n'est pas un problème, mais un garde-fou. Aujourd'hui, je suis sans doute mieux protégée que quiconque». Enfin, cette traversée sera pour Sarah comme un retour aux sources. Une réponse à l'appel du large qui la travaille depuis son intégration au Team Océan d'Yvan Bourgnon. Née à Nouméa, en Nouvelle-Calédonie, installée depuis quatre ans à Carnac (56), dont elle apprécie «le calme hors saison», Sarah a passé les onze premières années de sa vie sur le bateau de ses parents, à naviguer autour du monde. Pour son prochain départ, prévu fin février2011 de Dakar, elle doit encore boucler un budget de 300.000 EUR. Avis aux amateurs. Contact Site internet: www.sarah-hebert.com
14 mai 2012