26 octobre 2009
Parti seul au troisième kilomètre, le Français Abdellatif Meftah a écrasé le semi-marathon en 1h03'27''.
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La 37e édition du Saint-Pol - Morlaix s'est résumée au solo d'Abdellatif Meftah. D'emblée, le Français d'origine marocaine a pris les commandes et imposé un train d'enfer. Le premier kilomètre n'était pas franchi que le ménage était fait: lui en tête, les quatre Africains engagés sur la course dans sa foulée et plus loin, déjà, le Brestois Pascal Redou. L'ordre n'allait plus changer jusqu'à Morlaix.
Points de côté
Entre le deuxième et troisième kilomètre, le futur vainqueur s'est mis à zigzaguer sur la route, histoire d'inviter ses compagnons d'échappée à prendre le relais. Ils n'ont pas voulu ou pas pu. Meftah a alors placé son accélération. Le Saint-Pol-Morlaix était terminé. Passé au 10ekilomètre en 29'35'', l'homme aux grandes chaussettes s'est ensuite contenté de gérer, prenant le temps de saluer un public impressionné par l'aisance de cet athlète. La victoire d'Abdellatif Meftah en 1h03'27'', près d'une minute devant le Burundais Ezechiel Nizigiyimana, n'a pas été aussi aisée qu'elle en a eu l'air. A plusieurs reprises, on vit l'ancien légionnaire se tenir le ventre. «J'ai eu un point de côté», commentait-il au pied du podium qu'il descendit en boitant. «J'ai mal à une cuisse et je souffre d'une périostite. Dommage, j'aurais aimé battre le record (1h02'24'').»
Redou déçu
Derrière Meftah et les Africains, le Brestois Pascal Redou a serré les dents pour prendre une belle sixième place en 1h09'38''. «J'ai très mal au mollet depuis le 15ekilomètre. J'ai couru un peu tout seul. Du coup, le chrono est un peu pourri.» Celui de la jeune Kényane Risper Gesabwa (1h14'05'') est plutôt bon. La vainqueur dames s'est classée 22eau scratch. Ça laisse rêveur...
Un rayon de soleil, ça change tout. Demandez à François Le Dissès ce qu'il en pense. L'an passé, sous une pluie battante, le patron des courses Saint-Pol - Morlaix avait pris un coup au moral. Il fallait voir sa mine déconfite sur la ligne d'arrivée où le déluge avait gâché la fête, celle des coureurs, des spectateurs et des bénévoles. Une année à vous dégoûter du Saint-Pol - Morlaix. Passées quelques heures d'abattement, François Le Dissès est reparti au charbon. Il s'est battu bec et ongles pour que son épreuve décroche le championnat de France 2010 de semi-marathon, histoire de «rebooster la course». Et tant qu'il y était, il a commandé le beau temps. Il a été entendu. Hier, les sourires ont remplacé les grimaces sur les visages. L'ambiance était à nouveau joyeuse sur les sites de départ, à Taulé et à Saint-Pol-de-Léon. A Morlaix, les coureurs prenaient le temps de commenter leur «exploit». Le public a répondu en masse sur tout le parcours et les deux derniers kilomètres du circuit avaient des allures d'arrivée du Tour de France cycliste. Seul petit bémol, l'ultra-domination d'Abdellatif Meftah qui a privé les spectateurs d'une grande bagarre au pied du viaduc de Morlaix. Ce n'est que partie remise car dans un an, le championnat de France drainera une vingtaine d'athlètes du niveau du vainqueur 2009. Vivement l'année prochaine!
Quatre kilomètres et demi, pas plus, dans une course qui en comportait dix, ont suffi pour désigner le vainqueur: Salim Saiti, déjà sacré l'an dernier, et qui a relégué tous ses adversaires au rang de comparses.
L'objectif pour le Kényan était de ne pas trop durcir la course d'entrée et de servir le plus longtemps possible de fusée porteuse à son camarade d'entraînement, Benoît Nicolas. Mais les coureurs proposent et la course dispose. Au bout des deux premiers kilomètres avalés en 2'54'' et 5'55'', ils n'étaient plus que trois devant à s'être extirpés sans problème d'un peloton de vingt hommes: Saiti, le Rwandais Habarurena et un autre Kényan, Atei, qui fut le premier à lâcher prise dans la ligne droite à la sortie de Taulé. La décision se fit peu avant la mi-course, dans la descente vers le pont de Lannuguy. Sans même donner l'impression d'accélérer, comme un pékin moyen qui irait faire ses courses au bourg, Salim Saiti prit cinq, puis vingt, puis cent mètres d'avance sur Habarurena, au style sensiblement moins aérien. Avec un temps-canon de 28'14'', le viaduc eut pour Saiti un air d'arc de triomphe. «Il aurait pu descendre sous les 28 minutes s'il n'avait pas connu des problèmes d'estomac depuis samedi matin», indiquait son manager, Gwénaël Vigot. Ce qui n'empêcha pas le Kényan de boucler le 7e kilomètre en 2'32''. Facile, on vous dit. Derrière le trio africain, la lutte ne manqua pas non plus de panache avec Benoît Nicolas, Mickaël Thomas et le Toulousain Sébastien Beltran, qui avaient faussé compagnie aux Manse, Yris, Rocaboy et autres Jégou dès le troisième kilomètre.
Nicolas et Thomas sous la demi-heure
Et il fallut attendre la dernière borne pour que cet autre tiercé soit dissocié, avec un avantage de sept secondes pris par Benoît Nicolas sur ses deux adversaires et un débours de seulement trois secondes sur Jones Atei. «29'47'', c'est un bon chrono», se réjouissait le Brestois. «Avec un vent plus favorable en bord de mer, cela aurait pu faire 29'10'' ou 29'20''. Mais je suis content.» Mickaël Thomas, qui préserva d'un souffle au sprint sa cinquième place sous le Viaduc, ne l'était pas moins. «Après avoir fait seul en tête les 10km populaires de Tout Rennes Court, je voulais une épreuve ?à bagarre? et passer sous les 30 minutes. 29'54'', c'est correct, même si ça fait un peu mal d'être à près d'une minute de mon meilleur chrono ici, 28'56''. Mais c'était en 2005...»
Partie en solitaire après 500 mètres de course, l'Ethiopienne Makida Abdela Wordofa a remporté la deuxième édition de La Taulésienne Run.
La Taulésienne Run, qui réunissait un peloton de 600 féminines et bien que très animée, n'a pas suscité un suspense insoutenable. Les favorites, en l'occurrence L'Ethiopienne Makida Abdela Wordofa et Maryline Pellen, l'ex-stadiste brestoise maintenant licenciée à Lille, ont vite et bien répondu présent. Au bout de 500 mètres, Wordofa prenait la poudre d'escampette et la course connaissait déjà sa gagnante. «J'ai essayé de m'accrocher mais le trou a été vite fait et mon retard sur elle était de trente secondes à la mi-course», faisait remarquer Maryline Pellen qui, arrivée plus d'une minute après la redoutable Ethiopienne, pouvait savourer son chrono de 34'58'' sur ces 10 kilomètres. «Même s'il y avait pas mal de vent dans certains secteurs, c'est franchement très agréable de pouvoir courir devant autant de spectateurs.» Et devant autant d'adversaires.
Tabboussi troisième et ravie
Naviguant 200 mètres derrière Pellen à la mi-course, en compagnie de Morgane Gobert (CIMA Pays d'Auray), la Quimpéroise Hasna Tabboussi, qui franchit la ligne en 35'38'', construisit sa belle troisième place en fin de parcours. «Je bats mon record ici de plus d'une minute. C'est super!» Comme le carburant utilisé par le trio de tête dans cette Taulésienne Run.
Saint-Pol - Morlaix est bien la chasse gardée en handisports de Denis Lemeunier, qui a immédiatement fait siffler les roues de son fauteuil sur l'asphalte en direction de la victoire. «Je voulais faire un bon entraînement en vue du marathon de New York, le week-end prochain, et je suis parti assez tranquillement.» Tranquillement? Tout est relatif. «Au bout de six ou sept kilomètres, mon coach, Philippe Corre, m'a signalé que j'avais 1'10'' ou 1'20'' d'avance sur mon record dans ces 21,1km. Ça faisait tout de même beaucoup et cela m'a un peu énervé. Comme le vent pouvait m'être plus favorable ensuite, j'ai mis un bon coup.» Résultat: au passage à Taulé, Denis comptait toujours 1'30'' d'avance sur sa meilleure marque (47'27'') qu'il allait finalement établir à 46'16''. Loin devant le Lorientais Philippe Le Gouic (56'44'') et le Sinagot Grégory Leray (1h00'54'').
Le top 5 à New York ?
«Je suis un peu étonné», avoue le Taulésien. «Je me savais bien préparé, mais pas à ce point-là. J'espère maintenant bien récupérer et mieux justifier ma quatrième invitation au marathon de New York que les dernières. Mon meilleur temps là-bas est de 1h38' et j'aimerais bien l'abaisser à 1h35'. Ce ne serait pas un super chrono au niveau mondial mais, pour New York si. Je pourrais me classer ainsi dans les cinq premiers, ce que je vise.»
Il voulait battre le record de l'épreuve, il s'est contenté de la victoire. Mais Abdellatif Meftah l'a savourée car il revient de loin. Il y a un an à Lyon, celui qui était encore athlète à la Légion étrangère avait remporté le championnat de France de semi-marathon. Sélectionné en équipe de France pour les Mondiaux à Rio de Janeiro, il dut renoncer à cause d'une fracture de fatigue au pied gauche. Une blessure qui l'a obligé à s'arrêter de longs mois et l'a privé de toutes compétitions durant un an. «J'ai beaucoup galéré», reconnaissait d'une voix douce et posée l'ancien Marocain, naturalisé français il y a un an.
Privé de Jeux
Saint-Pol - Morlaix était sa course de reprise. «Aujourd'hui, c'est mon grand retour. Je remercie les organisateurs et le public car cette victoire me donne du courage pour m'entraîner encore plus», assurait l'athlète qui affiche des performances de top niveau mondial, avec notamment un chrono à 27'34'' sur 10.000m piste. Un temps qui lui avait valu d'être sélectionné pour les Jeux Olympiques de Pékin. Hélas pour lui, la Fédération marocaine ne lui avait pas accordé sa lettre de sortie. Du coup, c'est devant la télévision qu'il avait suivi les Jeux.
Salon de thé
Aujourd'hui, Abdellatif est revanchard et s'il dit courir «pour le plaisir», il rêve de participer aux Jeux Olympiques de Londres en 2012, sur 5.000m et 10.000m. Mais comme il le dit avec philosophie: «C'est la vie qui décide, ce n'est pas nous». Alors pour assurer son avenir, ce célibataire de 27 ans a ouvert un salon de thé auMans. «J'y travaille le soir de 18h à 2-3h du matin et le jour, je m'entraîne.» Serein, le vainqueur du Saint-Pol- Morlaix a promis de revenir l'an prochain dans la cité du Viaduc pour les championnats de France. Pour gagner? «Pourquoi pas...»
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