3 novembre 2009
Des sources souterraines de Meucon ou de l'étang de Noyalo jusqu'au golfe où sont rejetées les eaux usées après traitement à la station d'épuration, petit récit de la vie des gouttes qui coulent dans vos robinets...
Au départ, l'eau provient de trois sites: des sources de Meucon et Grand-Champ (300m3 par heure), traitée à Lesvellec, de la rivière de Liziec (300m3 par heure également) et surtout de l'étang de Noyalo (1.000m3 par heure). Soit une capacité de production de 30.000m3 par jour. Bien plus que les 11.000 m3 consommés en moyenne. Du coup, Vannes exporte 20% de sa production vers la presqu'île de Rhuys, surtout l'été, et vers Vannes-Ouest.
Arzal en secours
Même en cas de sécheresse prononcée ou de pollution de ces trois sources, l'eau ne se tarit pas, grâce à un accord passé avec les eaux de Férel, à Arzal: «Ils peuvent produire 90.000m3 d'eau par jour, explique Yves Lebreton, responsable du service exploitation à la Direction de l'eau. C'est notre police d'assurance en cas de pépin!». L'eau est pompée, clarifiée par décantation, filtrée et plus ou moins traitée. Les eaux souterraines étant de meilleure qualité au départ, elles nécessitent en effet moins de traitement que l'eau de l'étang de Noyalo, par exemple, qui est reminéralisée, désinfectée par ajout de chlore et filtrée sur charbon actif. Les micropolluants sont piégés dans les pores du charbon. Une bonne barrière, mais un traitement coûteux.
Cinq châteaux d'eau
L'eau est ensuite acheminée dans l'un des cinq châteaux d'eau vannetais: zone du Prat (le plus haut, avec une altitude de 78mètres), Pargo, deux à Saint-Guen et Liziec. Puis, les gouttes voyagent à travers les 300 kilomètres de canalisation qui sillonnent la ville pour arriver jusqu'aux robinets. La moitié des 50 employés de la Direction de l'eau sont d'ailleurs chargés d'assurer l'entretien du réseau. Cette direction dépend des services techniques puisque la distribution de l'eau est assurée directement en régie, à Vannes, contrairement à beaucoup d'autres villes qui font appel à l'un des géants du secteur. Le long voyage de l'eau ne s'arrête pas là. L'eau usée doit en effet être traitée. À Vannes, 98% des foyers bénéficient de l'assainissement collectif. C'est donc reparti pour un voyage à travers les 250kilomètres de canalisations qui acheminent les eaux usées vers les deux stations d'épuration de la ville: celle du Prat, et surtout celle de Tohannic, la plus importante et la plus récente, puisqu'elle a été inaugurée en 1996. Des usines qui ne sont utilisées qu'aux deux tiers: Vannes a de la marge à ce niveau-là.
Deux fois moins de boues
Là, l'eau est brassée dans un grand bassin d'aération: «On fournit de l'oxygène pour que les bactéries respirent et absorbent la pollution», explique Yves Lebreton. Seconde étape: la clarification. Les boues sont alors séparées de l'eau. Une fois épurée, elle peut être rejetée en milieu naturel, dans le golfe. Quant à la tonne et demie de boues produite annuellement, elle est stockée, puis distribuée gratuitement à une quinzaine d'agriculteurs du secteur qui s'en sert pour épandage en mars-avril ou en août-septembre. Un nouveau procédé, Biolysis, est en cours d'installation pour réduire de moitié les quantités de boues produites, en chauffant l'eau à 65ºC.
L'initiative de la ville vise à promouvoir l'eau du robinet. «La carafe est un bon support, explique-t-on à la direction de l'eau et de l'assainissement. On fait énormément d'efforts pour potabiliser l'eau, alors que seulement 2% de l'eau consommée sont réellement utilisés pour boire et cuisiner». Et de mettre en avant les contrôles effectués et la qualité constatée (lire ci-contre). Les avantages pour consommer l'eau du robinet sont nombreux. Il y a bien sûr l'argument économique: c'est 200fois moins cher. Il y a aussi la raison écologique: finies, les bouteilles en plastique, fabriquées à partir de pétrole, et transportées par camion, donc en consommant encore plus de pétrole! Quand l'or bleu utilise de l'or noir, les verts voient rouge. Les réfractaires mettent souvent en avant le goût de chlore: «Un oxydant chloré est utilisé pour désinfecter l'eau, reconnaît Yves Lebreton. Paradoxalement, si c'est désagréable au goût, c'est un gage de qualité». Alors, une petite astuce pour faire disparaître ce petit goût: laissez l'eau se reposer quelques minutes dans une carafe en verre à température ambiante ou stockez-la au réfrigérateur dans une carafe fermée. La température neutralisera le goût de chlore. Même ceux qui préfèrent l'eau gazéifiée pourront profiter de la distribution de carafes. Gérard Thépaut, adjoint à l'environnement à la ville, a un truc pour eux: «J'aime bien l'eau pétillante, explique-t-il. Je bois quand même l'eau du robinet et j'ai un appareil pour la gazéifier». L'idée de distribuer ainsi des carafes gratuites n'est pas vannetaise. D'autres villes ont eu semblable initiative. Le modèle en la matière, c'est Besançon. Là-bas, l'eau du robinet a même un nom, la Bisontine. Alors, à Vannes aussi, des têtes chercheuses vont être mobilisées pour trouver le nom qui fera mouche. La Vannetaise? L'Océane? La Goulardine?
l'influence de michelin sur la consommation d'eau Chaque jour, les 32.000 abonnés vannetais consomment en moyenne 11.000m3 d'eau: 85% par les particuliers, 15% par les industriels, principalement Michelin à Vannes et Saupiquet à Saint-Avé. Le fabricant de pneus a nettement réduit sa consommation en 40 ans. C'est son implantation à Vannes qui avait entraîné la construction de la nouvelle usine de Noyalo, qui permet de pomper et de traiter 20.000m3 d'eau par jour. À l'époque, Michelin en consommait 16.000 m3, contre 1.000 aujourd'hui. «Le produit alimentaire le plus contrôlé» La Ddass (Direction départementale des affaires sanitaires et sociales) vérifie la qualité de l'eau du robinet à travers une centaine de paramètres, mesurés lors de quatre visites complètes annuelles et de visites plus légères mensuelles. Un contrôle par des services de l'État, donc indépendant du producteur. Et en 2008, 100% étaient positifs. «L'eau du robinet est le produit alimentaire le plus contrôlé de France», assure Yves Lebreton. Outre la Ddass, des laboratoires extérieurs contrôlent aussi régulièrement la qualité de l'eau (photo). En interne, des paramètres tests (le pH, le chlore, la limpidité) sont aussi contrôlés en continu. En 2001, par exemple, la production à Liziec avait été arrêtée quelque temps quand le pH s'était soudain écroulé, à cause d'une pollution provoquée par l'usine Unicopa. Quelques tuyaux pour réduire sa facture En moyenne, chacun utilise 100litres d'eau par jour, tous usages confondus. Voici quelques fourchettes: un bain nécessite 120 à 200litres d'eau, une douche 60 à 80litres, un lave-vaisselle de 20 à 60 litres, la vaisselle à la main de 20 à 40 litres, le lave-linge de 20 à 60 litres, la chasse d'eau 6 à 12 litres. Quelques gestes simples pour réduire sa facture: mettre une simple brique dans sa chasse d'eau, utiliser un verre pour se rincer les dents, fermer le robinet pour se savonner les mains... Et surtout, attention aux fuites! Un robinet qui goutte, c'est 35 m3 par an, soit 80EUR de perdus. Une chasse d'eau qui fuit, c'est 220 m3 par an, soit 500EUR.
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