7 octobre 2009
Le dossier s'avère «sensible», donc «complexe». Ou inversement. Augré des faits divers, le Clos-Vert revient de temps à autre sur le devant de lascène locale. Mais qui sont les quelque 90Vannetais qui habitent ce lotissement?
«Ghetto». Le mot est lâché. Il sert, souvent, à décrire le lotissement du Clos-Vert, véritable «citésociale» vannetaise, mise en service en 1974 et qui n'a qu'un équivalent, plus récent (1987), rue de Strasbourg. Bien sûr, du côté de la municipalité en place, qui gère ces 44logements via le Centre communal d'action sociale (CCAS), et de Vannes Golfe Habitat, l'office public HLM de la communauté d'agglomération du Pays de Vannes propriétaire de ces deuxhectares environ, on réfute ce terme. Il n'y a pas qu'eux... Des riverains se montrent lassés d'être pointés du doigt, comme tout récemment encore. La faute à un incendie qui a ravagé, dans la nuit du mardi15 au mercredi 16septembre, une maisonnette de l'allée du Clos-Vert. Le pronostic vital de son locataire, Hervé Defarcy, 57ans, est d'ailleurs toujours engagé, lui qui a été transféré au centre de soins des grands brûlés du CHU de Nante
s.
Des «parcours de vie chaotiques»
David Robo, adjoint au maire en charge des affaires sociales, le reconnaît: «Les personnes qui y vivent ont des parcours de vie plus que chaotiques: la plupart n'avaient pas de logement. On considère le Clos-Vert comme un quartier classique, mais ce n'est pas le cas». Autre réalité: existent deux ou trois familles qui «pourrissent la vie» des habitants, avec rodéos quotidiens de voitures ou de scooters, c'est selon... Mais «ce n'est pas Chicago» non plus. Érigé initialement pour remplacer les baraquements de la route de Conleau réservés alors aux Harkis, le Clos-Vert accueille aujourd'hui entre 80 et 90 habitants, dont une quinzaine de mineurs et 27 personnesvivant seules. Tous sont suivis par le CCAS: un peu plus de 10% travaillent, seize bénéficient du Revenu de solidarité active (RSA), six sont retraités, les autres se trouvant au chômage ou touchant l'allocation pour adultes handicapés (AAH).
Le transitoire devient souvent pérenne...
Trois professionnels de la structure municipale interviennent: une assistante sociale y consacre 30% de son temps, une conseillère en économie sociale et familiale (CESC) 50%, un ratio similaire pour le secrétariat. Au départ, les habitants se voient établir un «contrat» en échange d'un logement avec, bien entendu, l'obligation de s'acquitter du loyer et des charges. Une chance, pensent certains, quand d'autres estiment que l'on «parque» là des personnes en difficulté. Vivre au Clos-Vert, c'est, normalement, une situation transitoire, avant l'entrée dans un logement définitif du parc HLM classique. Sauf qu'«une fois les personnes bien insérées, elles ne veulent pas toujours déménager», indique Jean-Yves Le Person, le directeur du CCAS. Car c'est difficile d'obtenir une maison individuelle, avec petit jardin privatif, comme dans ce lotissement. Le tout à quelques encablures d'une zone commerciale, celle du Fourchêne en l'occurrence. Une récente enquête
ne disait pas autre chose, forte de ses 32réponses (sur 44, rappelons-le): 26 foyers n'entendaient pas quitter les lieux, coincés, au milieu du Pargo, entre les infrastructures du Tennis-club vannetais (TCV) et celles du lycée professionnel Jean-Guéhenno.
Le Clos-Vert, c'est six studios répartis en deux petits ensembles, onzeT2, une dizaine de T3, dix T4 et sept T5. Régina Roset vit dans l'une de ces dernières maisons, avec ses trois enfants, respectivement âgés de 7, 10 et 12 ans. «Pour des logements HLM, nous sommes bien». Son loyer s'élève à 341 EUR mensuels, avec un peu de terrain pour faire des «barbecues»: la mère de famille de 34ans y aménage même, en ce moment, un cabanon. Régina Roset s'est installée dans le lotissement il y a presque deux ans: «Je ne partirai pas avant que ce soit détruit». Dans sa précédente location, elle était tombée sous le coup d'un avis d'expulsion, après avoir perdu les deux emplois qu'elle cumulait, en raison d'une sciatique et d'un lumbago. D'où une dette s'élevant à 4.000 EUR, qu'elle rembourse maintenant grâce à son faible loyer.
En ce moment, les rumeurs vont bon train au Clos-Vert. Elles font état d'une probable future destruction. «Faux», répondent, en substance, Alain Launay et David Robo. Leurs services oeuvrent de concert depuis le printemps dernier afin de «dresser un diagnostic très précis» sur le lotissement. Des «aménagements» devraient survenir dans les deux années à venir. Et bien difficile, aujourd'hui, de savoir de quel ordre ils seront. Seule information, Vannes Golfe Habitat s'interroge sur l'utilité de réhabiliter les studios touchés par l'incendie de la mi-septembre. Cet ensemble pourrait être rasé. Cette «réflexion» globale est loin de satisfaire Nicolas Le Quintrec, chef de file de la Gauche vannetaise: «Vouloir transformer ce quartier, en finir avec l'esprit ghetto qui le caractérise, cela nécessite des engagements clairs et budgétisés. Dans le cas contraire, il ne s'agit que d'effets d'annonce ou de mesures ?placebo?». En 2004 néanmoins, l'office public HLM avait investi 15.000EUR dans chaque logement (carrelage, menuiseries intérieures, VMC...). Insuffisant pour certains habitants, pour qui les infrastructures s'avèrent tout simplement «vétustes».
«Le Clos-Vert, ce n'est pas Chicago, ni un quartier classique»

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