5 octobre 2009
Peu habitué auxbouchons etaux ralentissements, comment leBrestois va-t-ilsupporter l'accumulation detrois années detravaux en centre-ville pour la construction dutramway? Certains s'équipent déjà.
Les travaux pharaoniques du tramway en centre-ville? Une bonne chose pour les vendeurs de deux-roues, quels qu'ils soient! Et au moins, cela va faire une poignée de commerçants heureux... Toutes les villes qui ont subi des travaux de ce genre, sur une telle période, ont observé le même phénomène. Les deux-roues fleurissent aux premiers ralentissements et continuent d'être utilisés pour un bon nombre d'entre eux, une fois les travaux achevés.
Malgré les bosses le vent et la pluie
C'est un effet secondaire du tramway. Sans le vouloir, avec les désagréments de ses travaux, il incite à des déplacements plus écologiques avant même d'être mis en fonctionnement. À condition que les deux-roues motorisés soient tout aussi moins polluants. Ce que semble aujourd'hui le cas avec l'arrivée des nouvelles normes de pollution (Euro 3), l'arrêt de production des moteurs deux temps et la généralisation des quatre temps à pot catalytiques. Même les deux-roues demoins de 125 cc sont aujourd'hui moins pénalisants pour l'environnement. Pour ce qui est du bon vieux vélo, Brest a encore sa topographie et son vent soutenu qui jouent contre sa généralisation. À quoi il faut ajouter le peu de pistes cyclables, en progrès mais encore déficitaires pour une ville de cette dimension. Reste le vélo ou le scooter électrique. L'arme fatale du riverain ou du travailleur brestois fatigué de perdre son temps dans les ralentissements. L'alternative est séduisante pour arriver comme une fleur, sans trop transpirer, au travail ou chez soi. Encore faut-il passer le pas et dépenser entre 1.000 et 2.000EUR pour se procurer un modèle performant. À condition également de s'acheter l'équipement de sécurité indispensable dans le contexte de trafic dense et perturbé; le casque, les gants, les chaussures et le gilet réfléchissant. Compter encore 300EUR supplémentaires. Bref, avant de gagner du temps avec le tram, il va falloir apprendre àslalomer sur deux roues dans les bouchons. Ou continuer àen perdre en prenant son mal en patience pour trois bonnes années encore.
Ceux qui se lancent
Certains professionnels du centre-ville viennent tout juste de faire le pas à l'image d'Éric, 36ans, expert en immobilier. Ilvient d'opter pour un scooter de 125 cc à conduire sans permis. Il garde évidemment sa voiture pour les parcours extérieurs mais pour la ville, c'est maintenant scooter à la parisienne avec bulle haute et protection pour les mains et les jambes. Travaux, trafic perturbé et surtout marre de remplir les parcmètres qui ont fleuri et augmenté leurs tarifs dans le secteur. Deux collègues notaires ont faitcomme lui et travaillent aujourd'hui à moto.
Le parc de motos d'occasion s'est bien écoulé au tout début septembre chez le concessionnaire Yamaha de la route de Gouesnou. Les «petits prix» sont partis comme des petits pains. Certains clients en ont profité pour ressortir le casque et faire réviser leur machine oubliée dans le garage. «Les travaux qui ont démarré en centre-ville en ont manifestement refroidi plus d'un», observe Frédéric de LV Moto (BMW), l'enseigne voisine. Ce regain d'intérêt sauvera-t-il une année des plus maussades? Pas sûr du tout! Les concessionnaires n'ont ressenti les effets de la crise que très récemment. Les demandes de renseignements pour les scooters de 125cc ou moins ont afflué dès la rentrée. Autant de la part des clients que des clientes. «Cet effet inattendu du tram va faire du bien, même si les travaux seront bientôt également à notre porte», regrette le commercial. Etlà, cesera à notre tour de morfler». À Kergaradec, Stéphane Cochinard (concessionnaire Honda, Hall de la Moto) a observé une certaine demande sur les petites cylindrées, notamment la CBF 125 qui figure parmi ses meilleures ventes de l'année. «Ce tramway est une très bonne chose pour notre profession. Même lorsqu'il sera en service, on sait déjà que l'on circulera et stationnera moins facilement en voiture. Etpuis les deux-roues restent pour les villes une excellente alternative aux problèmes de stationnement». Enfin, en temps de crise, l'argument financier est également à prendre en considération. À 2,2l aux 100 km pour une 125 cc récente avec des frais d'entretien limités, cela fait réfléchir plus d'un. Le prix d'un scooter ou d'une 125cc dernière génération? Entre 2.000 et 3.000EUR. Là aussi, le prix peut s'avérer incitatif.
«On a senti un frémissement, pas mal de gens sont venus serenseigner, regarder, demander les prix, mais pour l'instant, nous ne vendons pas énormément plus de vélos depuis le démarrage des travaux». Ronan Salaün et Fabien Jacq, de Vélo Zen, ont malgré tout fait un bon mois de septembre. «Même si on s'attendait à un mois un peu plus fort avec le démarrage des travaux». Les spécialistes du vélo électrique sur le port estiment que les Brestois tâtent actuellement le terrain. «Ils regardent comment évoluent les travaux et essayent de mesurer le niveau de nuisance auxquels ils sont ou seront confrontés». Une certitude toutefois: «Les travaux du tramway, c'est excellent pour les commerces ?deux-roues ?. Regardez ce qu'il s'est produit à Bordeaux. Pendant les travaux, les gens ont repris ou acheté des vélos et les ont gardés après les nuisances. C'est toute la profession qui a préservé un niveau d'activité après». Vélo Zen continue son petit bout de chemin en vendant autour de 20 vélos électriques par mois. Depuis avril2008, on doit approcher les 300 vélos vendus à Brest et dans les autres villes du Finistère. «Rien que la Sem Tram, la société chargée du futur tramway, nous a acheté huit vélos électriques d'un coup!». Une bonne partie des clients venus se renseigner n'est pas encore revenue. Les beaux jours et l'avancée des travaux risquent de les faire affluer au printemps. Trois ans de travaux, c'est long! À Vélo Zen, on les attend tranquillement.
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