17 avril 2009
L'auteur brestois Dominique Julien revient chez Ramsay avec un second roman baptisé «La fleur au guidon», oùiltrace les itinéraires parallèles de la vie d'un enfant devenu grand et du Tour de France. Vif, brûlant, brillant.
Les lecteurs l'avaient laissé Lance Bellamy au terme de la lecture jouissive d'«Extra Muros», livre acidulé sur la précarité, paru il y a une poignée d'années. Ils le retrouveront Dominique Julien, débarrassé de ce pseudonyme compliqué et des galères d'édition. Cette fois-ci, la plume virevoltante de ce prof de philo de la Croix-Rouge se montre au fronton d'une maison d'édition respectable, et qui s'appelle Ramsay. Mais ce changement de statut de l'auteur n'a pas entamé la douce folie et le joli détachement caustique qui avaient extrait la précédente publication du commun des lettres. Une fois encore, Dominique Julien vient dans le contre-courant bousculer les platitudes à la mode. Pour ce faire, il s'offre le théâtre d'une vie d'un enfant, dévoré par la passion du vélo. Ou tout au moins happé par Bernard Hinault, le Dieu Blaireau, ici loué pour sa philosophie de vie qui lui commande «de concourir pour la victoire et de régler ses comptes avec les autres pendant la course». Les tièdes du coubertinisme mal digéré peuvent se signer autour des anneaux olympiques et fermer le livre.
Contre la morale indolore
«La fleur au guidon», voilà comment s'appelle cette histoire qui met en parallèle le parcours d'un enfant jusqu'à l'âge adulte avec les éditions successives de la Grande Boucle. Elle commence à Douarnenez, pendant les années magnifiques où tout ce qui fait pleurer le gosse est quand «Hinault laisse à LeMond son sixième tour», s'étire dans l'ennui de l'adolescence «comme Indurain, un grand champion pourtant, mais chiant», et se poursuit par la précarité difficile «quand les chevaux de bois sont devenus des chevaux de course. Mais, EPO ou pas, les coureurs sont quand même à 6h du matin sur une selle. Ce qui m'irrite au plus haut point est cette morale indolore, cette indignation facile clamée de son canapé». La renaissance s'appellera Armstrong. Lance Armstrong. Avec pour morale du héros romanesque, cette phrase à faire rougir une couventine: «S'il survit à un cancer généralisé, je vais bien pouvoir survivre à la précarité».
Descartes et Armstrong
La part de l'autobiographie ne se cache pas et l'admiration inébranlable de l'auteur pour Armstrong, non plus. Quitte à oser une comparaison assez peu orthodoxe, une fois encore. «Le parcours d'Armstrong, ce sont les deux premières méditations métaphysiques de Descartes. Avant son cancer, c'est un catcheur. Après, il change de façon de pédaler, il gagne tout. Il faut se souvenir de la façon dont ilregarde Ullrich avant l'Alpe. Ilsemble lui dire "Tu m'as fait mal, alors je vais te faire deux fois plus mal". Il a une vérité inattaquable comme quand Descartes, après avoir douté, affirme "Je pense donc je suis"». Chacun prendra ce qu'il veut au cours de cette lecture abrasive. L'auteur, à moins que ce ne soit le héros, a pris pour sa part un portrait d'Hinault dédicacé qu'il a posé sur son bureau. Avec dans le regard, la hargne et, dans un coin, la fleur au guidon.
À noter Dominique Julien «Lafleur au guidon» éditions Ramsay, 15EUR.
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