7 novembre 2009
Au lendemain du vote favorable aux dernières propositions de leur direction, les Chaffoteaux sesont réunis unedernière fois au sein de leurusine. Tristesmais fiers, ils rendront lesclés à leurs patrons dès lundi.
«Quel gâchis!» Dans les allées désormais sans vie de l'usine des Châtelets, Josette erre comme une âme en peine. Elle parle toute seule, à voix basse, le regard perdu dans cette immensité de cartons et de machines qui vont bientôt disparaître. «C'est vraiment un crève-coeurde laisser partir un outil de travail pareil», lâche cette retraitée qui a travaillé sur les chaînes de montage pendant 38ans. «J'ai commencé quand Chaffoteaux se trouvait encore au Légué, précise-t-elle. Aujourd'hui, je suis venue faire un dernier tour, avant que ça ferme. C'est vraiment très dur de voir ça!»
Les machines se sont tues à jamais
Ça l'est encore plus pour les 206salariés qui vont bientôt perdre leur emploi. L'ambiance n'était évidemment pas à la fête, hier midi, aux abords de l'usine des Châtelets, malgré les concessions arrachées à leur direction italienne, après quatre mois et demi de combat. À l'issue de leur dernière assemblée générale, les futurs licenciés ont formé de petits groupes. Le visage fermé et les yeux rougis par la fatigue et les larmes, ils ont discuté de tout et de rien, autour d'un café ou d'une cigarette. Pendant de longues minutes. Comme s'il leur était devenu impossible de se séparer. Comme s'ils ne voulaient pas affronter seuls la triste réalité: les machines se sont tues à jamais; Chaffoteaux, c'est fini.
«Tu m'appelles si ça ne va pas, d'accord?»
«Jeudi soir, ça a été terrible», confiait Chantal Jouan (CGT), qui fêtait, hier, son anniversaire. Unbien triste anniversaire... «Leshommes, surtout, qui par pudeur n'avaient rien voulu montré, ont complètement craqué. Ilya eu des pleurs. C'était une sorte d'appel au secours, un cri dedésespoir qui voulait dire: ?Neme laissez pas seuls?». Seuls, ils ne le resteront pas, puisque les syndicats vont continuer à tenir des permanences et qu'un «Point info conseil» a été mis en place. En attendant, hier midi, au moment de se dire au-revoir, les plus forts soutenaient les plus fragiles: «Tu m'appelles si ça ne va pas, d'accord?» À la veille de laisser définitivement les clés de leur usine à leurs patrons, les Chaffoteaux, même les nerfs en pelote, étaient encore soudés comme au premier jour de leur lutte.
«Fierté d'avoir mené ce combat»
«D'un côté, c'est un soulagement que ce conflit soit terminé car nous nous sommes battus, le dos au mur, pendant de longs mois. Ça a laissé des traces, soulignaitun Martial Collet (FO) qui avouait avoir enfin dormi une nuit complète. De l'autre, il y a de l'amertume, bien sûr, et l'ambiance est un peu triste, évidemment... Reste la fierté d'avoir mené ce combat, déterminés et unis.» Sur le parking du personnel, les ouvriers qui quittaient le site pourla dernière fois, ne disaient pas autre chose. Dans leurs mains, quelques cartons et des sacs remplis de souvenirs. Ça au moins, onne pourra pas le leur enlever.
Les Chaffoteaux organisent le18 décembre, à Robien, une grande fête à laquelle seront invités tous ceux et celles qui les ont soutenus pendant la lutte.
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