7 novembre 2009
Malgré l'approche du 11-Novembre, ce n'est pas un nouvel ouvrage sur la Grande Guerre que publie le Lannionnais Roger Laouénan mais un roman. «Le Pain bleu» puise sa force dans les carrières de schiste des monts d'Arrée, auprès des derniers faiseurs d'ardoises.
Pause. Roger Laouénan a, du moins pour un temps, laissé tomber ses Poilus de 14-18 pour revenir à ses premières amours: la fiction. Les Éditions De Borée lui ont ouvert leurs portes pour un roman qui, dans la droite ligne de leurs publications, fleure bon l'attachement au terroir et aux gens du cru. «Le Pain bleu» a levé sur les hauteurs de Commana, sur les flancs de cette «Montagne» contre laquelle s'échinèrent des générations d'hommes afin d'en extraire «la bleue», solide ardoise destinée à coiffer les maisons les plus cossues.
L'histoire de «gueux glorieux»
À s'imprégner des magnifiques descriptions des carriers à l'ouvrage, on pourrait croire que Roger Laouénan a baigné très jeune dans ce milieu. Il n'en est rien. «J'ai eu l'occasion, une fois, de rencontrer deux frères, ultimes carriers de Commana, avec lesquels je n'ai échangé que quelques mots. Plus tard, je me suis inspiré de l'histoire de ces piqueurs de pierre, des gueux glorieux, pour écrire un roman que j'ai longtemps remisé dans un tiroir: je le trouvais mauvais.» Quelques ouvrages sur la Grande Guerre plus tard, le manuscrit est ressorti, repensé, recouché sur le papier. «Cette fois j'ai soigné mon style, pesé chaque mot, introduis le suspens qui sied aux fictions tout en m'appliquant à densifier l'atmosphère du huis clos: celui de la montagne avec laquelle Noël Salaün, le héros, dialogue dans sa solitude et dont il décrypte les messages ressentis dans sa chair», expose Roger Laouénan.
Du suspense pas de superflu
«Le Pain bleu» possède tous les ingrédients du roman qui se laisse boire sans soif. Un métier qui se perd, de tragiques accidents, les appétits financiers d'une compagnie privée, l'affrontement sans merci avec le maire et même, l'intrusion d'un personnage trouble dont on ne sait pas ce qu'il vient faire... Jusqu'au dénouement. La fresque dépeinte par Laouénan regorge de savoureux passages où la nature de l'homme solitaire rejaillit en vérités touchantes. Des ravages causés par l'alcool, de ceux qui «ont le vin méchant», Laouénan dit: «Au vrai, la méchanceté ne fermente pas dans le trop-bu. Elle se distille dans la lie du coeur. Au goutte-à-goutte des souffrances, des joies refusées, de l'espérance éteinte.» L'ancien journaliste du Télégramme refuse pourtant de «faire pleurer dans les chaumières». Son maître à lui n'est pas Zola, mais Giono. Pas de superflu. Un style épuré des plus efficace. De ce «Pain bleu»- là, on se resservirait bien une tranche. Pratique Roger Laouénan, «Le Pain bleu», éditions De Borée, 279 pages, tirage à 5.500 exemplaires, 18 EUR. L'auteur sera présent demain au Salon du livre de Plestin.
«J'aime l'atmosphère du huis clos. Ici, celui de la montagne...»

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