letelegramme.com

 

Musique

Rokia Traoré. «La musique n'a pas de frontières »

4 novembre 2009

  • Réduire le texte
  • Réduire le texte
  • Agrandir le texte
  • Agrandir le texte
  • L'article au format PDF

Chanteuse-guitariste au grain de voix magique, la Malienne Rokia Traoré possède le groove et la grâce. Elle trace une route singulière entre l'Afrique et l'Occident, balisée de traditions malinké et bambara, de folk, de blues, de jazz, de rock. Ses textes en langues africaines, français et anglais ont une portée universelle. Après Quimper cet été, l'artiste envoûtera Brest mardi prochain.



Vous avez donné, cet été, un des concerts marquants du Festival de Cornouaille à Quimper. Mardi, vous vous produisez à La Carène de Brest. Aimez vous chanter en Bretagne ?
Beaucoup, c'est pour cela que je ne reste jamais bien longtemps sans y revenir. La Bretagne, qui possède une forte culture propre, est aussi très ouverte sur celle des autres. C'est pour cela qu'elle est devenue un passage incontournable pour la plupart des artistes pratiquant des musiques assez nouvelles pour les oreilles européennes et françaises, comme ce qu'on appelle la world.

Vous avez beau interpréter la chanson «Zen», sur scène, vous dégagez une sacrée énergie en concert...
La scène est un terrain de jeu où tout est permis, où je peux faire cohabiter tous mes ?moi?, passer de la tranquillité à une folle énergie frisant l'hystérie (rires) ! Sans difficulté, puisque tous ces personnages me constituent. Le concert me permet de les exprimer, c'est extraordinaire ! Mais ma vie de tous les jours n'est pas comme ça. Plus le temps passe, moins j'apprécie qu'on touche à ma tranquillité.

Votre album «Tchamantché» porte un titre qui signifie «Équilibre» en bambara, l'une des langues parlées au Mali. Avez-vous trouvécet équilibre ?
Je pense qu'on ne le trouve jamais. Par contre, de comprendre qu'il s'agit d'une recherche perpétuelle apporte déjà une certaine forme d'équilibre. Cela prépare à tous les changements de la vie auxquels il faut bien faire face. La vie n'est jamais linéaire, elle est pleine d'imprévus. C'est pour cela que l'équilibre ne peut pas être figé.

Vos musiques non plus ne sont pas figées. Paru en 2003, votre album «Bowmboï» a obtenu un disque d'or. N'avez-vous pas craint de dérouter votre public avec «Tchamantché» sorti l'an passé, aux colorations plus blues et rock ?
J'ai pris le risque de me faire plaisir en tentant d'autres choses. De toute façon, je ne supporte pas d'être statique parce qu'alors, je m'ennuie. Avant de devenir musicienne professionnelle - ce qui est toujours pour moi une belle et grande surprise, je vis un rêve ! - j'ai été et demeure une mélomane qui écoute de tout. La musique, c'est d'abord le plaisir de la découverte. L'idéal, c'est évidemment que le public suive. Mais je ne pourrais jamais faire une musique à seules fins commerciales.

Votre évolution ne vous a pas porté préjudice puisque «Tchamantché» a obtenu en février la Victoire du meilleur album de musique du monde. Auriez-vous également classé votre disque dans cette catégorie ?
C'est surtout une catégorie géographique, établie selon le pays d'où vient le musicien. Moi, je pense que la musique n'a pas de frontières et qu'une personne issue d'une culture peut très bien mélanger la sienne à d'autres, voire donner l'impression d'être issue d'une culture totalement différente. Ceci dit, il faut accepter le fait qu'à ce jour, le public et les professionnels ont besoin de ranger la musique dans des cases. Je ne pense pas qu'elle me corresponde vraiment, mais si l'appellation «world music» ou «musique du monde» permet à mon public de s'y retrouver, alors tant mieux.

Vos chansons abordent de nombreux thèmes, allant de l'intime au politique. «Dounia», où vous parlez du devoir de mémoire des Maliens envers leur glorieux passé, est-elle particulièrement importante pour vous?
La chanson rappelle le passé afin qu'il serve de base pour mieux se projeter vers l'avenir. C'est une capacité qui manque souvent en Afrique. C'est nécessaire de connaître son histoire, mais sans s'y arrêter. Nous devons construire une Afrique dont nos enfants pourront être fiers également. «Dounia» est une chanson très importante pour moi, mais pas plus que les autres de l'album. J'ai le luxe de pouvoir ne travailler que sur des chansons qui me tiennent vraiment à coeur, tant du côté des paroles que de la musique.

Côté musique justement, pourquoi avez-vous adopté le son de la guitare Gretsch comme fil rouge de «Tchamantché» ?
Ça a été un vrai coup de coeur. Je ne connaissais ce son de guitare qu'à travers des musiques comme le rockabilly et le rock des années 60-70. J'étais à la recherche d'un son pour le dernier album, que j'avais dans la tête mais que je ne parvenais pas à concrétiser. Alors j'ai essayé des guitares. Et lorsque j'ai pris une Gretsch, j'ai tout de suite compris que j'avais enfin trouvé ! Tout le son de «Tchamantché» s'est construit autour de ces tonalités évoquant les années 60-70.

Le n'gony, sorte de harpe traditionnelle africaine, semble être votre autre instrument-fétiche...
Je l'adore ! Dès qu'on l'extrait d'une orchestration traditionnelle malienne, il prend la couleur de son nouvel environnement musical, qu'il s'agisse de musique classique, de rock ou de tout autre chose. Le n'gony se fait camaléon sans jamais perdre sa forte identité. Il associe l'âme du Mali à toutes les musiques !

En bonus de votre disque, vous reprenez «The man I love» de Billie Holiday. N'avez vous pas eu peur de vous attaquer à un tel standard du jazz ?
Si. Mais à un moment je me suis dit : le ridicule ne tue pas, alors, si c'est absolument nul, à défaut de réjouir leurs oreilles, ça fera rire les gens... Heureusement, ça s'est finalement bien passé (rires)! Je n'aurais jamais osé le faire si je n'avais pas participé à la tournée «Billie and Me» aux États-Unis avec de grandes chanteuses de jazz comme Dianne Reeves et Nancy Wilson. Lorsque mon agent américain m'a appelé pour ce projet, j'ai d'abord refusé en disant que les gens qui me faisaient cette proposition se moquaient de moi. Qu'est-ce qui pouvait les laisser penser que je serais capable de chanter du jazz, alors que je ne l'avais jamais fait ? Mon agent a argumenté qu'avant d'aborder la musique traditionnelle malienne, la chanson française et divers autres genres, je ne m'y étais pas essayée non plus, et que j'avais quand même fini par y trouver ma propre place. Il m'a demandé de me convaincre que j'étais faite pour chanter Billie Holiday, parce que lui était sûr que c'est moi qu'il fallait. Quand quelqu'un vous accorde un tel crédit, vous finissez par prendre confiance en vous. J'ai fait la tournée aux États-Unis et l'expérience a été magnifique.

Inclurez-vous Billie Holiday dans votre projet de spectacle de reprises ?
Oui, avec aussi Otis Redding, Ferré, Brel, Brassens... Je voudrais faire des reprises autour des trois grands genres que j'aime : chanson française, jazz/rhythm'n blues, chansons bambara et malinké. Malgré la grande variété apparente de styles, je voudrais montrer qu'à un moment donné, toutes les musiques peuvent se rejoindre à une certaine frontière.

  • Propos recueillis par Frédéric Jambon

  • Exportez cet article
  • Partagez cet article sur Wikio
  • Partagez cet article sur Scoopeo
  • Diggez cet article
  • Partagez cet article sur Facebook
  • Partagez cet article sur Fuzz
  • Partagez cet article sur del.icio.us
  • Envoyez cet article sur Blogmarks
Exportez cet article

[INTER_TIT_B]REPÈRES [/INTER_TIT_B]Naissance.
Le 24 janvier 1974 à Kati, dans la région du Beledougou au Mali
. Son père étant diplomate, Rokia Traoré déménage régulièrement dans son enfance et son adolescence : Algérie, Arabie Saoudit

Rechercher
Twitter Facebook Retrouvez Le Télégramme sur Twitter et Facebook
Association pour le contrôle et la diffusion des médias

Mentions légales - CGU - CGV - Contact - N°ISSN 2102-6785

Les sites du groupe Le Télégramme:

L'actualité en Bretagne avec Le Télégramme | L'actualité des PME avec Le Journal des Entreprises | Les outils pour dirigeants avec NetPME | Emploi avec RegionsJob | Les annonces professionnelles avec OPE, Opportunités pour l'Entreprise | Bateaux d'occasion avec Magnautic.com | L'immobilier en vidéo avec Immo-Ouest.com | Location de vacances avec Bretagne.com |

Les sites de Pen Duick :

La route du Rhum | La Transat BPE | La Transat Jacques Vabre | La transat AG2R