18 août 2009
La grande Fête de l'oignon à Roscoff aura lieu ce week-end. Une septième édition marquée par l'obtention du label AOC. Retour sur l'histoire de ce fameux légume avec Robert Jézéquel, président du Syndicat de l'AOC Oignon de Roscoff.
«Une fois que l'on a goûté à l'oignon de Roscoff, on ne peut plus s'en passer». Robert Jézéquel est gonflé à bloc. Le président du Syndicat de l'AOC (Appellation d'origine contrôlée) Oignon de Roscoff savoure la victoire. Le précieux label, récemment obtenu (*), vient couronner 15 ans de travail acharné. «Ce fut long, mais nous avons eu ce que nous souhaitions», sourit Robert Jézéquel.
Désormais, 56 producteurs conduisent leurs cultures selon le cahier des charges de l'AOC sur une surface d'environ 65 ha dans une zone clairement délimitée (de Kerlouan à Saint-Pol-de-Léon). Production annuelle : 1.300 t.
«Les prix ne vont pas augmenter»
Quelles seront les conséquences pour les consommateurs ? «Ils vont y voir plus clair dans les magasins. Ils ne pourront plus être trompés par de pâles copies», se réjouit le Roscovite. Un nouveau logo «simple et efficace» identifie l'oignon de Roscoff. Mais qu'en sera-t-il des prix dans les rayons ? «Nous n'allons pas en profiter pour augmenter les prix. Les consommateurs ne doivent pas être pris en otage». Ce week-end, lors de la Fête de l'oignon à Roscoff, le kilo (en sac) oscillera entre «0,50 et 1 EUR», et environ 3 EUR pour la tresse de 1,5 kg.
Quelles sont les particularités de l'oignon de Roscoff ? «Chaque oignon est trié et conditionné manuellement, ce qui lui assure une conservation naturelle. On peut le manger cru ou cuit. Cru, il est juteux, croquant et dégage un arôme fruité assez prononcé. Cuit, il est doux et fondant», explique Robert Jézéquel.
Son histoire ? «Il faut remonter jusqu'au XVIIe siècle pour découvrir l'origine de l'oignon de Roscoff», indique le producteur. C'est en 1647 qu'un moine capucin sema les premières graines dans les jardins du couvent à son retour de Lisbonne, au Portugal. Très vite remarqué pour ses qualités gustatives et sa très longue conservation, la culture de l'oignon de Roscoff se développe rapidement dans les environs du port. Au XVIIIe siècle, avec le déclin du commerce de la toile, les paysans se tournèrent vers la culture de l'oignon.
Le phénomène «Johnny»
Mais c'est véritablement au XIXe siècle que la notoriété de l'oignon de Roscoff prit de l'ampleur. L'histoire retient qu'en 1828, Henri Ollivier, un jeune paysan de Roscoff, tenta l'aventure d'aller vendre ses oignons en Angleterre : il en revint les cales vides et les poches bien remplies... C'est ainsi que débuta le phénomène «Johnny», du surnom donné par les Britanniques aux paysans de Roscoff et sa région.
Chaque année plus nombreux, les Johnnies s'expatriaient dès la fin juillet pour aller vendre leurs oignons au porte-à-porte dans toute la Grande-Bretagne, à pied tout d'abord, puis, à vélo à partir des années 20. «Le phénomène connut son apogée à cette époque, avec 9.000 t vendues outre-Manche par près de 1.400 Johnnies !», explique Robert Jézéquel.
La crise économique des années 30, la Seconde Guerre mondiale, la dévaluation de la livre et le protectionnisme anglais ont ensuite conduit au déclin des ventes outre-Manche. Il reste encore aujourd'hui une quinzaine de Johnnies qui font perdurer la tradition.
* Par l'Inao (Institut national de l'origine et de la qualité).
Renseignements auprès de l'office de tourisme de Roscoff, tél. 02.98.61.12.13. Restauration sur place en continu. Navettes gratuites le week-end, de 14 h à 19 h.
