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Cinéma. Les herbes folles [Video]

3 novembre 2009

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À 87 ans, Alain Resnais livre une oeuvre inclassable, imprévisible, déraisonnable et parfois surréaliste. Elle comblera ceux qui n'aiment pas le cinéma qui ronronne.

Ce nouveau film d'Alain Resnais, qui a valu à son auteur un prix spécial à Cannes pour l'ensemble de son immense carrière, commence simplement. Une femme, Madame Muir, dentiste et aviatrice, se fait voler son portefeuille. Un retraité tranquille, Monsieur Georges Palet, le retrouve, et voici cet homme, qui souffrait de sa routine matérielle et conjugale, saisi d'une pulsion compulsive pour cette inconnue. Il lui écrit, lui téléphone sans cesse, veut la rencontrer, et découvre ainsi une façon d'exister à nouveau. Éconduit poliment, sermonné par la police, il cesse ses assiduités, mais alors, c'est elle qui connaît soudain un manque affectif. Alain Resnais, qui vient d'avoir 87 ans, ce qui en fait le doyen des cinéastes français en activité, retrouve sa jeunesse créative avec cette oeuvre inclassable, imprévisible, déraisonnable et parfois surréaliste.

Valse-hésitation entre deux êtres

Un cinéma en liberté comme ces herbes folles qui poussent n'importe comment, n'importe où. Les thèmes, et les genres les plus courants, l'obsession, les fantasmes, le désir, la comédie romantique, le mélo, voire le thriller, sont revus et transformés tout au long de cette valse-hésitation entre deux êtres. Une valse bourrée de références cinématographiques à Chaplin, Humphrey Bogart ou Tex Avery, manière d'indiquer que l'absurde n'est jamais très loin. Christian Gailly, auteur du roman «L'incident», ici adapté, jouait avec les mots, les faisait s'interrompre ou se catapulter. Le réalisateur agit de même en y ajoutant des images colorées, enchantées et esthétisées avec un talent consommé.

Resnais va encore diviser

Parmi les acteurs de ce film libre et déraisonnable, on retrouve deux grands habitués des génériques d'Alain Resnais: André Dussollier, impeccable et décalé, côtoie une Sabine Azéma magnifique. Elle qualifie le film d'une heureuse expression, «une harmonie de dissonances». Chez les nouveaux, figure Mathieu Amalric qui campe un policier finement déjanté, Anne Consigny en épouse sage et douce, mais aussi Emmanuelle Devos, Sara Forestier et Michel Vuillermoz. La voix off d'Edouard Baer commente spirituellement les événements. Comme en 1956 avec «L'année dernière à Marienbad», comme bien plus tard avec «Smoking-No smoking», Resnais va sans doute, une fois encore, diviser les spectateurs. Il perturbera fortement ceux qui réclament un minimum de critères lisibles, mais il comblera ceux qui n'aiment pas le cinéma qui ronronne.

  • André Rivier

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