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«The Artist». La bonne note bretonne

19 janvier 2012

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En recevant, ce week-end, à Los Angeles, son Golden Globe pour la musique du film «The Artist», Ludovic Bource a, sans doute, eu une pensée émue pour son professeur d'accordéon de Loudéac (22), Jean Raffray, aujourd'hui disparu, par qui tout a commencé... [Bande-annonce+Vidéos]

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«Incredible...», lâche le compositeur français devant un parterre de stars multi-oscarisées avant d'embrasser son trophée... Incroyable, en effet, que le parcours de ce musicien d'origine costarmoricaine que le talent, la ténacité et les rencontres ont mené à Hollywood.
Une belle histoire qui, à elle seule, mériterait bien un «road movie», sur fond de ces bons vieux bals du samedi soir qui vous forgent le caractère et l'endurance - dès l'âge de ses 11 ans - en passant par le Conservatoire classique à Saint-Brieuc, le CIM - la célèbre école de jazz de Paris - et l'impitoyable monde des variétés, à des fins alimentaires.

Des «Amis» à «OSS 117»
Rencontre décisive, en tout cas, que celle faite avec Michel Hazanavicius, il y a une quinzaine d'années, via un ami commun. Ludovic Bource vient de sortir un album avec un groupe de fusion-metal. Le réalisateur de spots publicitaires est attiré par plusieurs morceaux d'essence cinématographique.
Cinéaste et compositeur commencent à faire leurs gammes, le temps de quelques publicités puis d'un premier film, «Mes Amis». Ils trouvent leur ligne mélodique et harmonique avec les «OSS117». Mais réaliser un film muet impose de changer de registre. Car la musique fait office de dialogue. La bande-son doit souligner le trait, traduire l'atmosphère, refléter l'état d'âme des personnages mais aussi préparer le spectateur ou, au contraire, le prendre à revers. Un art d'autant plus difficile que Ludovic Bource reçoit des «rushes» tournés aux États-Unis dans un ordre évidemment non chronologique, essence et magie du cinéma obligent. Sans oublier les scènes coupées et le rythme même du montage qui peuvent tout remettre en question.

«Il l'a toujours voulu»
Ce travail de titan débouche sur une merveille : «The Artist». Une oeuvre digne des Max Steiner, Erich Korngold ou autre Franz Waxman, célèbres compositeurs des musiques de films des années 20 et 30. Ludovic Bource confie avoir été influencé par les bandes son de sa jeunesse composées par Ennio Morricone mais aussi celles des longs métrages de Kurosawa.
«À 12-13 ans, il voulait déjà réaliser des musiques de films publicitaires ou de cinéma», se souvient Anne Magadur, sa professeur de piano au Conservatoire de Saint-Brieuc, dans les années 84-85. «Il nous avait été recommandé par Jean Raffray, un excellent professeur d'accordéon qui, dès qu'il repérait un bon élève, l'amenait au Conservatoire».

«Il travaillait beaucoup»
«Ludovic était un très gentil garçon, terriblement passionné par les méthodes modernes de Jean Raffray qui nous a fait découvrir les grands classiques et le jazz», se souvient Magali Bucey, collègue de cours de Ludovic Bource. Elle exploite, aujourd'hui, une école de piano et d'accordéon à Loudéac (22) et Plérin (22). «Il était très curieux de tout; j'ai pu lui faire découvrir toutes les formes de musique classique. Il aimait aussi beaucoup improviser sur les thèmes classiques... Et puis, il travaillait énormément, que ce soit le piano ou l'accordéon. Il était tout le temps plongé dans sa musique. Il voulait absolument être pris au CIM. Ce qui arrive aujourd'hui ne m'étonne absolument pas. J'en suis ravie et émue. L'autre jour, à la radio, Ludovic a parlé de son vieux prof de piano. Cela m'a beaucoup touchée... C'est l'aboutissement d'une découverte. Ce que je lui ai apporté lui a permis d'ouvrir desportes».
Une prof néanmoins prise en faute : elle n'a pas vu le film ! «J'irai, c'est promis. Mais je ferai encore mieux : je serai à Los Angeles le 26 février, pour les Oscars. J'y crois...».

  • Hervé Queillé
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