29 décembre 2010 - 2 réactions
Ce 9juin 2006, lorsque les jurés de la cour d'assises du Morbihan lâchent leur verdict, douze ans de réclusion criminelle pour viol avec arme, Sandrine Canaff, 27 ans, soupire. Évidemment soulagée. Le point final, imagine-t-elle, d'un calvaire débuté le 12mars 2004 sur un parking d'Hennebont. Elle avait fourni aux enquêteurs des détails précieux qui avaient conduit à l'interpellation de son violeur.
La commission n'a jamais rien reçu
«J'étais contente qu'il prenne autant», se remémore cette Morbihannaise au caractère bien trempé. À l'issue du verdict, elle ne s'attarde pas sur les dommages et intérêts obtenus:18.000EUR. 3.000EUR à la charge du coupable et le reste pour la commission d'indemnisation desvictimes d'infractions(Civi) puisque le jeune homme n'est pas solvable. «Je n'avais même pas demandé de montant, je souhaitais seulement le voir puni». La peine n'atténuera jamais le traumatisme. Mais au moins pensait-elle ne plus avoir à ressasser son agression. C'était sans compter sur un incroyable oubli de son avocate(*). Car si l'accusé verse bien son obole, jusqu'à 30 EUR par mois, ce n'est pas le cas de la Civi. Et pour cause, l'organisme n'a jamais reçu la moindre demande. «Je m'en suis aperçue en 2008, lorsque le délai légal des deux ans est passé. Maintenant, c'est terminé», peste Sandrine Canaff. Qui n'a plus de nouvelles de son avocate, malgré de multiples relances et des lettres recommandées. «Elle fait la morte. On a le droit de se tromper mais il faut assumer». Une nouvelle épreuve débute pour la jeune femme. Évoquer chaque jour son histoire auprès des différentes structures contactées depuis deux ans:ordre des avocats, tribunal de grande instance de Vannes, association d'aide aux victimes en Maine-et-Loire où elle réside désormais...
«J'en fais une affaire de principe»
Jusqu'au cabinet d'assurance de son avocate puisque le bâtonnier lorientais lui a indiqué que cette dernière avait ouvert une procédure de sinistre pour l'indemniser. «À force d'appeler l'assureur, j'ai fini par savoir que le dossier était vide. Tout le monde me mène en bateau». Et impossible d'entamer une procédure de son côté, l'administration lui réclamant un jugement de la Cour que seule son avocate est en droit de retirer. La jeune maman, trois enfants et des ressources modestes, ne veut rien lâcher. Elle souhaite saisir un juge délégué aux victimes. Mais elle n'en fait pas une affaire d'argent. «La somme me servira surtout à payer les 8.000EUR de frais d'avocat. C'était mon dû et rien n'a été fait. J'en fais une affaire de principe». Difficile, dans ces conditions, de tourner la page. «Je suis à nouveau victime. Mais je me suis battue pour que l'on retrouve mon violeur, ce n'est pas de l'administratif qui va me faire reculer».
* Contactée, cette dernière n'a pas donné suite à nos sollicitations.
16 mai 2012 - 1 réaction(s)
16 mai 2012