28 octobre 2009
«On ne veut pas disparaître!» . C'est le cri d'alarme lancé, hier, par les ostréiculteurs du Morbihan qui ont manifesté leur colère à Lorient. Depuis deux étés, ils sont confrontés à une inquiétante mortalité des huîtres juvéniles.
Ils voulaient donner un large écho à leurs inquiétudes. Hier après-midi, près de 100 ostréiculteurs (sur un total de 370 dans le Morbihan), accompagnés de salariés et de fournisseurs, ont perturbé le trafic routier sur la voie express entre Auray et Lorient, le temps d'une opération escargot.
Plus de 80% de mortalité
Ils ont ensuite fait étape à la direction des Affaires maritimes qu'ils ont symboliquement classée en zone insalubre. Puis le convoi, composé de camions et fourgonnettes, s'est arrêté devant les grilles de la sous-préfecture. Les professionnels ont ensuite déversé plus de six tonnes de coquilles vides aux abords du bâtiment, symboles de leur colère et de leur désarroi. «Depuis deux ans, on doit faire face à de très fortes vagues de mortalité sans en connaître la cause. En 2008, 80% des juvéniles ont été touchés. Et cette année, le taux oscille entre 70 et 90% des naissains», rappelle BrunoAmossé, du syndicat ostréicole de la rivière d'Auray. Cette vague de mortalité aura des répercussions sur les ventes dans deux ans, au terme de la période de maturité. «À ce rythme, il ne restera que 20% du stock à la vente en 2010. De nombreuses entreprises devront fermer», précise un professionnel. D'ailleurs, certains ostréiculteurs ont dû licencier du personnel et limiter le nombre d'emplois saisonniers. Pour l'heure, Ifremer n'a pas encore identifié les raisons de ce mal qui gagne tout le littoral français. L'Espagne et le Portugal seraient également atteints. «Si on ne nous aide pas, le métier va mourir!»
«Ce n'est qu'un coup de semonce»
Tout en dénonçant le «silence» d'Ifremer, les ostréiculteurs appellent l'État à la rescousse pour aider les exploitations à faire face à leur endettement ou pour accompagner les fermetures. «Même si les scientifiques trouvaient une nouvelle espèce résistante, il faudrait attendre cinq ans avant de la développer et la vendre.Et n'oublions pas que 95% de la production mondiale est issue de la même espèce». En clair, la tempête risque de durer. Tout comme la colère des ostréiculteurs. «Aujourd'hui, ce n'était qu'un coup de semonce. La profession va s'organiser à l'échelle régionale, voire nationale, et envisager de nouvelles actions», prévient Bruno Amossé.
