4 juin 2009 à 18h51 - 5 réactions
Jean-Pierre Garsaball est directeur d'Icare, le centre de formation du personnel naviguant et de pilotes créé à Morlaix. Ce pilote de formation aux 14.000 heures de vol se refuse à commenter les circonstances de l'accident du vol AF 447. Il revient en revanche sur la préparation psychologique des stewarts et hôtesses qui sont près de 50 à être formés chaque année à Icare.
Avez-vous évoqué l'accident du vol Rio-Paris avec vos élèves en formation ?
Non, et ne comptez pas sur moi pour vous donner mon avis sur l'accident. Nous n'en parlons pas à titre pédagogique tout simplement parce-que nous n'avons qu'une idée approximative des circonstances de l'accident, et nous ne voulons pas entretenir l'angoisse. Nous sommes émus et pensons aux victimes. Mais je n'émettrai pas d'hypothèses tant que nous n'aurons pas de résultats définitifs.
Connaissiez-vous des passagers de ce vol ?
Je ne peux rien dire puisque je n'ai pas vu la liste complète des passagers et de l'équipage.
Craignez-vous un risque de désaffection parmi les prétendants au métier de personnel naviguant ?
Il y aura des désaffections chez les passagers, c'est certain. Du côté du personnel naviguant je ne connais personne qui ait renoncé. Si un élève était personnellement touché par un décès, il y a une incidence particulière, c'est évident. On accepte tous une part de risque, mais on en est pas vraiment conscient.
En tant que pilote vous ne pensez jamais au pire ?
Ca ne m'empêche pas de dormir : il est plus risqué de prendre sa voiture! Le risque est vraiment infime : 10 puissance moins 9(1). On n'est vraiment pas effrayé par un risque, on ne part pas au boulot en se disant qu'on peut se crasher. Toutes les conditions sont réunies pour que le vol se passe bien, on vit notre quotidien en conséquence. Les simulateurs nous préparent aux pannes moteurs, aux pannes circuit, etc... J'ai déjà volé au large du Brésil, dans ce "Pot au Noir", ou "Front intertropical," où Mermoz a disparu. Des centaines d'avions y passent tous les jours, sans aucun problème.
Quelles leçons peut-on tirer en 2009 de ce type d'accident ?
On peut toujours tirer des leçons d'un accident. Ce que je retiendrais c'est que les boîtes noires devraient pouvoir transmettre en permanence des données aux satellites, ce qui nous éviterait, dans ce type d'accident, de devoir aller récupérer les boîtes au fond de l'océan. Ce serait peut-être l'enseignement que nous pourrions tirer du crash de ce vol AF 447. Je ne comprends pas pourquoi rien n'a été fait dans ce sens-là.
(1) Les centres de formation considèrent que la durée de vie pour une personne pratiquant quotidiennement l'alpinisme est de trois mois, de 17 ans pour un automobiliste et de 2.400 ans pour un passager prenant l'avion tous les jours.
Concarneau. Lycée Guéguin. Un simulateur de vol en construction