11 juillet 2009
Le photographe Jean-Marie Périer, dont une exposition présente en ce moment les oeuvres à Brest, a immortalisé toutes les icônes des années 60. «Tout était si facile à l'époque», se souvient-il...
Les années 60, dont vos fameux clichés ont fixé le souvenir dans la mémoire collective des Français, étaient-elles à ce point une époque d'innocence et d'insouciance pour la jeunesse?
D'innocence, d'insouciance... Et de désinvolture! Daniel Filipacchi (créateur de «Salut Les Copains», NDLR) m'avait demandé de faire des photos qui déplairaient aux parents... Quand j'ai commencé à bosser avec Johnny, Sylvie et les autres, j'avais 22 ans et eux à peine 18! La première fois que j'ai photographié les Stones, ils n'avaient même pas encore enregistré de disque... À l'époque, il n'y avait pas d'entourage, tout était si facile. On partait au bout du monde juste pour prendre quelques photos. L'époque n'était pas au sérieux. La fête est bien finie!
À quel moment avez-vous réalisé que vous assistiez en témoin privilégié à une époque extraordinaire?
Oh, très vite, avec la folie de Johnny en France ou des Beatles et des Stones aux Etats-Unis et partout dans le monde. Des sales gamins auxquels des maires remettaient les clés de leur ville! Hallucinant! Et tout ça, dans une ambiance indescriptible, parfois dangereuse d'ailleurs car au niveau sécurité, ce n'était pas toujours ça... Tout était nouveau et spontané.
Parmi toutes les icônes immortalisées dans cette exposition (1), il y a Françoise Hardy et Jacques Dutronc, incroyablement photogéniques... Ou alors était-ce parce que vous étiez particulièrement proche d'eux (2)?
C'est peut-être aussi, en réalité, parce que ces deux-là détestaient les séances de photos! Françoise n'aimait qu'une chose: écrire des chansons. Elle était si belle et elle ne le savait même pas! Mais celle que j'ai la plus photographiée, c'est Sylvie Vartan, très belle, elle aussi.
Le nombre d'«idoles» des 60's avec lesquelles vous avez travaillé est finalement assez restreint...
Johnny, Sylvie, Françoise, Eddy... En tout, il y en avait douze. Les douze qu'on retrouvait dans le hit-parade de l'époque que publiait le magazine. Douze et les Beatles et les Stones, point!
Justement, vous, vous étiez plutôt Stones ou Beatles?
Ah, je préférais les Stones. C'était plus drôle et j'ai longtemps été pote avec Mick Jagger. Ceci dit, musicalement, les Beatles, c'était encore mieux. Je les ai pas mal fréquentés aussi, jusqu'à ce que je me brouille avec John Lennon... J'avais construit un petit studio photo à l'intérieur d'Abbey Road pendant qu'ils enregistraient l'album «Sgt. Pepper». J'y suis resté deux mois. Mais, un jour, Lennon m'a reproché de les avoir pris en photo, avec, dans leur dos, des spots lumineux. Il a su que j'avais déjà utilisé ce procédé avec Claude François et ça l'a énervé. Alors je suis parti. Il avait un sale caractère mais, avec le recul, je reconnais que, là, il avait raison...
1. À découvrir au siège du CMB-Arkéa, au Relecq-Kerhuon, jusqu'au 28août. 2. Au milieu des années 60, Françoise Hardy était la petite amie de Jean-Marie Périer, et Jacques Dutronc son meilleur copain. Sans le vouloir, il fut à l'origine d'un célèbre couple qui dure encore. L'amitié reliant ces trois personnages semble ne jamais en avoir souffert.
