7 octobre 2009
Il faudra attendre le 27novembre, pour savoir si la cour d'appel de Rennes juge pour ou contre la poursuite de l'enquête sur le naufrage du Bugaled-Breizh. Hier, l'audience publique a donné de l'espoir aux familles des victimes.
«Je me sens mieux en sortant de l'audience qu'en y entrant». Hier, vers 13h, Rémy Gloaguen, frère d'une victime du Bugaled-Breizh, résumait bien le sentiment général des parties civiles. En renvoyant leur décision de poursuivre ou pas l'enquête au 27novembre prochain, les juges de la Chambre d'appel de Rennes ont donné un peu d'air à la délégation cornouaillaise.
8.000 signatures ont pesé pour l'audience publique
Délégation convaincue que c'est un sous-marin nucléaire d'attaque (SNA) qui a coulé le chalutier bigouden et ses cinq hommes en janvier2004, en Manche. Mais ni le procureur, ni les juges quimpérois actuels ne veulent aller au-delà de cette conclusion des magistrats précédents, Foltzer et Corre. C'est donc avec un noeud au ventre que les parties civiles entraient à 9h dans la salle d'audience 029, au rez-de-chaussée du Parlement de Bretagne. Tous craignaient de se voir signifier là un arrêt net de l'enquête. Vers 9h15, la porte se rouvrait. Comme demandé par les parties civiles, l'audience allait être publique. Pas neutre. Plus de 8.000 signatures issues d'une pétition dans les commerces cornouaillais avaient été déposées en début de séance aux juges rennais. «Le fait que toute une région se mobilise a pesé», commentait Me Kermarrec, avocat.
«Percer la vérité»
Les portes ouvertes de l'audience ne satisfaisaient pas l'avocate générale (représentant le parquet) qui s'y était opposé. Mais une quarantaine de personnes prenaient place et les avocats lançaient leurs plaidoiries. «Après cinq ans et neuf mois d'enquête, nous sommes séparés de la vérité par une cloison japonaise. Je vous demande de nous aider à percer cette fine cloison», imageait Me Bergot à l'encontre du président Bartholin et de ses conseillers. Me Kermarrec enchaînait sur un terrain inattendu, celui du droit européen: «Le droit à la vie est un des droits fondamentaux de la constitution européenne des droits de l'Homme ratifiée par la France et les autres pays européens concernés par le dossier Bugaled-Breizh. Cette constitution prime sur le code pénal des pays lorsque la vie de leurs ressortissants est concernée. On ne peut donc pas nous opposer le secret défense sur notre demande de connaître la position des SNA français et anglais le jour du drame». Touché? Possible.
L'avocate générale et le pacha du Dolfijn en cibles
Me Tricaud, nouveau venu dans la défense des parties civiles, enchaînait par une attaque en règle de l'avocate générale: «Dans ce dossier, le parquet s'est comporté en subordonné de l'État, en faisant jurer qu'il n'y avait aucun sous-marin dans cette affaire». De sous-marin, l'avocat en tient un dans sa ligne de mire: le hollandais Dolfijn dont il demande aux juges rennais de mettre le pacha en examen. «Il a forcément entendu. Sa complicité est évidente». L'audience s'achevait par une intervention de l'avocate générale: «C'est difficile pour moi d'intervenir ici car je suis suspectée d'être un suppôt du ministère de la défense». Brève, elle demandait aux juges de rejeter les demandes des avocats Bergot et Tricaud pour des vices de forme mais ne trouvait pas de parade à la plaidoirie de Me Kermarrec. Le président et ses conseillers concluaient en se donnant «le temps de la réflexion avant de statuer».
Espoir des familles
Ces derniers délibéreront le27novembre prochain, encore en audience publique. 52 jours de suspense de plus donc pour les familles des victimes qui, hier midi, affichaient un espoir mesuré mais bien réel. Voir la vidéo sur : www.letelegramme.com
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