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Côtes-d'Armor

Polar. Segalotti change de costard

2 novembre 2009

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Dans «Vengeance tardive» (*), son septième opus, Bruno Segalotti remise au placard son vieux costard de jeune romancier: style, rythme, profondeur des personnages... Le Costarmoricain change de braquet.

De fait, les cadavres de ses six précédents romans à peine refroidis, l'auteur langueusien ressort l'artillerie lourde pour tirer un trait sur le passé. En tout cas pour éliminer - au moins provisoirement - sa journaliste fétiche. Fâcherie? Querelle d'amoureux? «Non, je l'aime bien toujours. Mais j'avais l'impression que le personnage devenait figé». Allez hop: place aux mecs. Cette fois, le héros est un ex-musicien. Pour faire plaisir à un pote de régiment, il enregistre une bluette qui devient un tube, soupeux, mais quasi planétaire. Unique et fugitif, aussi. Descente aux enfers, drogue et alcool, dix ans de Nouvelle-Zélande puis retour au pays. On le retrouve en critique de rock sur le net, niché sur les hauteurs des grèves de Langueux. Une petite vie, minée de regrets jusqu'à l'os. Un jour, débarque une ancienne copine de classe. Finie la tranquillité, bien malmenée entre coup de foudre et recherche de la belle sur les traces d'un aïeul collabo puis membre de l'OAS.

Attentat sur le barrage de la Rance

Fouiller dans le passé, Bruno Segalotti adore: «J'utilise volontiers le procédé car je l'apprécie en tant que lecteur. Je suis aussi passionné d'Histoire. Là, j'ai découvert la Guerre d'Algérie, un sujet qu'on n'a toujours pas digéré en France. Toute la difficulté est de trouver le rythme». Du rythme? Pas de souci. Cette vengeance, un plat qui se mange froid, se déguste gloutonnement, jusque tard dans la nuit, quand la chandelle vacille. À l'évidence, l'auteur s'amuse: «Imaginer de faire sauter le barrage de la Rance, le jour de son inauguration par le Général de Gaulle, c'est jouissif, non?». Et se fait mener par le bout du nez par ses personnages: «J'avoue que je ne me suis jamais aussi reconnu dans le personnage masculin, notamment dans ses doutes; au point que j'ai eu du mal à garder mes distances», confie Bruno Segalotti, par ailleurs grand amateur de blues et de rock.

A Noir sur la Ville

Un mélomane qui est monté en gamme, côté écriture: «C'est la première fois que j'ai autant travaillé sur le sujet. J'ai bénéficié de trois mois supplémentaires pour me relire. J'en ai profité pour fluidifier le style; j'ai enlevé dix pages pour aller à l'essentiel». Buter le superflu; son nouveau credo! Méfiez-vous, ce type devient dangereux. Néanmoins, ne manquez pas l'occasion d'aller lui rendre une petite visite, au salon du polar, Noir sur la Ville, à Lamballe les 14 et 15novembre. Un bonheur et un honneur, dit-il, «que de se retrouver avec des pointures du roman noir. C'est comme si Langueux rencontrait le PSG! En plus, ils sont sympas et ne se la jouent pas». Eh oui, les héraults du noir ne jouent pas les héros!

* Chez Astoure.

  • Hervé Queillé
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