1 novembre 2009 - 4 réactions
La Toussaint? Pour les jeunes, croyants ou pas, c'est un jour comme les autres. Peuvent-ils pour autant se passer de rituels face à la mort? En tout cas, beaucoup confient qu'ils y pensent souvent. À l'opposé d'une société qui n'a de cesse d'effacer la mort du quotidien? Paroles des intéressés...
Maïwen, 21 ans, travailleuse sociale, Saint-Brieuc.
«Pour moi, cela n'a pas d'importance. Ceci dit, je respecte la tradition, la fête religieuse. Je comprends que ça représente quelque chose pour des gens âgés, qui ont des relations à la mort plus intimes que les jeunes. Je ne vais jamais au cimetière mettre des fleurs. Je n'en ressens pas le besoin. Je ne suis ni croyante, ni pratiquante».
Emmanuelle, 28 ans, Rédené(29).
«C'est la fête de tous les saints et le lendemain, on pense aux disparus. C'est un week-end gai à la base mais cela ne l'est pas toujours, lors de la disparition d'un proche. Je ne vais pas fleurir les tombes, ce jour-là. J'y vais régulièrement, pas pour pleurer mais pour dire bonjour aux gens que j'ai connus et pour prier. J'accompagne aussi mes grands-parents, de temps à autre. Pour les gens plus âgés, la Toussaint, c'est le rituel. En fait, le cimetière, ça fait partie d'une vie de chrétien, mais la date importe peu finalement».
Kevin, 21 ans, demandeur d'emploi, Lannion(22).
«Ça évoque la tournée des cimetières, tradition familiale. Mais ce n'était pas une obligation. De temps en temps, cela ne me dérange pas d'y aller. Honorer les morts, c'est bien de le faire au moins une fois par an. Cela permet aussi de mieux connaître ses ancêtres. Dans la famille, il y a une tombe pas banale, avec un petit menhir. Ça donne envie de savoir qui était ce type dessous. De temps en temps, aussi, je vais sur la tombe d'un copain. À notre âge, la mort, c'est important d'y penser, mais pas de façon morbide. Si on l'évacue, cela peut être angoissant. Si on se dit que l'on peut mourir à tout instant, on profite plus de l'existence».
Gwenaëlle, 23 ans, étudiante, Rennes.
«Ça ne m'évoque pas grand-chose. Si ce n'est les fleurs et la mort. Je ne fais rien de spécial, ce jour-là. Petite, j'allais avec mon père sur la tombe de ma grand-mère. Cela ne me traumatisait pas du tout, c'était une balade. Je n'y vais plus. Je ne suis ni croyante, ni baptisée. Adolescente, j'ai été fascinée par les cimetières. Je suis encore sensible au charme de certains cimetières comme à Montréal, romantique avec de beaux érables. Mais le culte des morts, la Toussaint, je trouve cela trop institutionnalisé, trop religieux, c'est aussi du business. J'ai mes rituels à moi. Ma mère souhaite être incinérée et que ses cendres soient dispersées en mer. Je crois plus à ce genre d'hommage».
Maëlla, 22 ans, monteuse audiovisuelle, Lorient.
«Dans ma famille, on n'a pas eu pour habitude d'aller rendre hommage aux morts à la Toussaint, ni à un autre moment. Cela évoque plus les vacances scolaires pour moi. Mais j'admets que c'est un rituel nécessaire pour certaines personnes. C'est un repère, un rendez-vous. Je ne vais jamais au cimetière mais je pense souvent à la mort. En tout cas, moi, je n'ai pas envie de finir dans un cimetière. Ceci étant, si la Toussaint peut aider des personnes âgées, c'est une bonne chose.
Sophie (*), 20 ans, Finistérienne, travaille dans l'agriculture.
«Je suis croyante mais je ne vais pas au cimetière ce jour-là. Quand j'ai un moment, j'y vais pour me poser, me souvenir des disparus, sereinement. Il y a une dimension éternelle dans la mort, l'âme, c'est éternel. Ceci dit, je ne détiens aucune vérité. Mais j'ai vécu des suicides et le fait d'être chrétienne m'a aidée à bien surmonter l'épreuve. À la Toussaint, on pense un peu à tout cela quand même».
Julie(*), 21 ans, Finistérienne, salariée agricole.
«Je ne fête pas spécialement la Toussaint mais c'est un jour où beaucoup de monde va au cimetière. De ce fait, les gens sont moins seuls dans leur tristesse».
* Les prénoms ont été changés à la demande des jeunes femmes.
«Pour les gens plus âgés, la Toussaint, c'est le rituel. En fait, le cimetière, ça fait partie d'une vie de chrétien mais la date importe peu finalement».
