15 octobre 2009
Voilà trente-huitans que Marie-Renée Jamet milite au sein du Nid, une association de lutte contre la prostitution. Aujourd'hui, les trottoirs sont vides. Pourtant, la prostitution existe toujours, mais cachée dans des lieux privés dont la Lorientaise de84 ans cherche la clé.
N'allez pas dire à Marie-Renée Jamet que les prostituées ont «choisileur métier». «Vous n'imaginez pas les dégâts de la prostitution: c'est une destruction de la personne humaine. Comment peut-on accepter que le sexe se monnaie?». La militante du Mouvement du Nid a ouvert les yeux un jour de 1970, en découvrant l'activité nocturne d'un boulevard de Tours (Indre-et-Loire) où elle travaillait. «Dans le cadre de mon métier d'infirmière libérale, j'intervenais dans une famille nombreuse modeste... J'ai découvert que les deux grandes filles descendaient le soir sur le trottoir. C'est comme ça que je suis allée voir».
«Nous allons sur leur territoire»
«Nous avons alors été un petit groupe à arpenter la rue, à la rencontre des femmes. Nous entamons une conversation en toute simplicité, expliquant que nous sommes une association, clairement pour une société sans prostitution, que nous sommes des amis. Nous allons sur leur territoire: petit à petit, nous établissons une relation de confiance. Et un jour, au détour d'une phrase, l'une ou l'autre nous demande de les aider. Nous les orientons alors vers les services sociaux et médicaux qui peuvent les accompagner». Très vite, Marie-Renée Jamet se retrouve impliquée dans le Mouvement du Nid au niveau national: nommée secrétaire générale en 1976 et présidente de 1980 à 1984, représentant également l'action de l'association à la sous-commission des droits de l'Homme.
«L'association, c'est ma vie»
Quand elle a quitté Tours pour prendre sa retraite en Bretagne, d'où elle est originaire, l'infirmière a commencé par repérer les lieux de prostitution. «Lehasard a voulu qu'à ce moment-là, une association de Lorient qui venait d'accueillir une femme souhaitant sortir de vingt ans de prostitution, contacte le Mouvement. Je leur ai dit que j'arrivais. J'ai ainsi tout de suite poursuivi mes activités militantes. Un prêtre aumônier des marins m'a fait découvrir le milieu de la nuit». Chez Marie-Renée Jamet, le téléphone sonne à tout moment. Elle l'avoue, sa vie privée se confond avec la vie de l'association. «Quand elles s'en sortent, beaucoup de femmes préfèrent couper les ponts avec le Nid. Mais avec certaines, je suis restée très amie. Pour moi, la prostitution est un problème politique, un problème de société fondamental. Il implique la manière dont sont éduqués les enfants et les rapports qui se nouent entre les jeunes».
«On repart à zéro»
Du haut de ses 84 printemps, la représentante du Mouvement du Nid dans le Morbihan lance un appel. Trésorerie, secrétariat, actions de prévention dans les collèges et les lycées des quatre coins du département... depuis trois ou quatre ans, la retraitée assure sur tous les fronts. LeMouvement manque de bénévoles. «Depuis la loi Sarkozy, les personnes prostituées ne sont plus sur les trottoirs. Mais la prostitution n'a pas disparu. Elle a seulement changé de formes et ne se voit plus. Du coup, la rencontre avec les personnes prostituées est devenue très difficile, notre action sur le terrain repart à zéro. Nous devons repérer les lieux de commerce du sexe. Aussi, je cherche des personnes qui m'aideraient dans cette démarche. On sait que cela se pratique dans les bars à hôtesses ou des établissements de nuit libertins. Mais je me vois mal y aller seule...».
«Vous n'imaginez pas les dégâts de la prostitution: c'est une destruction de la personne humaine». »
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