26 mai 2009
Porte-avions, sous-marin, frégate, patrouilleur.... La photographe parisienne Nicole Capoulade ne rate pas une occasion d'aller photographier les... cuisines des navires de guerre.
Elle se souvient des mines déconfites des débuts. «Ah bon, vous faites toutes ces démarches pour aller photographier la cuisine du sous-marin Émeraude?». À l'État-major, où affluent la plupart de ses demandes d'embarquement, certains se demandent encore ce qui se cache derrière ces étonnantes demandes de reportages. Mais qu'y a-t-il de si intéressant à aller photographier des cuisines toutes rikiki, au fond de bateaux militaires? «C'est justement parce que personne ne vient photographier ces endroits et les équipes qui les font vivre que je me suis lancée dans ce projet».
Ceux qui oeuvrent dans l'ombre
Et si l'examen quasi ethnographique de ces cuisines offrait une tout autre lecture de l'équipage et des liens qui unissent les mêmes marins d'un bateau? Dès 2001, elle enchaîne les embarquements avec gourmandise, toujours avec une pensée pour son grand-père, André, fondateur des fameuses brasseries Capoulade, à Paris. «Et si tout ou presque tout se jouait dans les cuisines des bateaux?», raccourcit volontairement la photographe désireuse de valoriser ceux qui travaillent dans l'ombre, et qui, non plus, n'ont pas le droit à l'erreur. Un mauvais cuistot à bord, et l'on frôle chaque jour la mutinerie! À l'inverse, un bon cuisinier, ça vous regonfle le moral d'un équipage en deux coups de fourchette. «Vous auriez vu la tête des officiers lorsque, attendue à la table du commandant du Charles de Gaulle, j'ai décliné l'invitation et préféré rester avec ceux qui faisaient la cuisine. Deux cuisines incroyables de 520m² au total. Je crois qu'aucun restaurant parisien n'en a de plus sophistiquées et de plus belles!». Un jour, Michèle Alliot-Marie débarque sur le bateau qu'elle vient tout juste de rejoindre. C'était la panique à bord, on m'attendait pour venir prendre la photo de Madame la ministre. «Je suis restée avec les gars, en bas!».
Ses bonnes recettes
Quand sa demande d'embarquement est refusée, sa technique, c'est d'insister! «On finit par vous annoncer qu'un bateau appareille dans deux ou trois jours, de Toulon, de Brest ou de Fort-de-France...». Mais on ne débarque pas sans un minimum de préparation, sans connaître les expressions, les habitudes, sans chercher à comprendre le rythme, quasiment la chorégraphie de ces professionnels devant évoluer dans des espaces restreints et mouvants. Moins de 4m² pour nourrir 70 hommes à bord d'un sous-marin d'attaque, vous entrevoyez la performance avec des instruments rangés et à déployer selon un ordre bien établi!
Quelques ours mal léchés
Une femme-photographe dans ces cuisines d'hommes: pas toujours évident de se faire accepter! «Oh oui, des ours mal léchés, j'en ai croisé quelques-uns, des cuisiniers pas toujours faciles mais d'une efficacité diabolique». Capables de vous faire des merveilles avec un rien. «Bon nombre de ces professionnels rencontrés (ils détestent qu'on les appelle «la Cuisse» ou «cuistot») auraient leur place dans un restaurant étoilé, croyez-moi!». Et puis, évidemment, dans l'étroitesse des cuisines, on ne parle pas seulement avitaillement et poêlons... «Mais ne comptez pas sur moi pour dévoiler les petits et grands secrets mijotés durant cette dizaine d'embarquements!». Pratique Exposition photos, jusqu'à ce week-end, au Cercle naval, rue Yves-Collet, à Brest.
«La cuisine du Charles de Gaulle ? Je crois qu'aucun restaurant parisien n'en a de plus belle !»»
