31 août 2009
Gérard Le Cloarec, peintre originaire de Penmarc'h (29) partage sa vie entre Montparnasse et la baie de Morlaix(29). Il trouve refuge sur l'île Callot, paradis insulaire à marée haute, terre d'accueil à marée basse. Rencontre avec cet humaniste engagé.
De l'île Callot, en face de Carantec, la vue est imprenable sur la baie de Morlaix. Une petite maison jaune, ancienne demeure de pêcheur, éclaire le plan d'eau. C'est ici que le peintre Gérard Le Cloarec aime à poser ses valises. L'homme, la chemise déboutonnée, le regard vif, la chevelure blanche rayonnante, a tout d'un artiste, y compris le sens de l'accueil: s'il n'y a plus de café, un verre de rosé frais fera l'affaire, à l'apéritif. Né en 1945 à Penmarc'h, Gérard Le Cloarec a quitté le Sud-Finistère et partage désormais sa vie entre le quartier de Montparnasse à Paris et ce paradis insulaire. L'île Callot, uniquement accessible à marée basse, n'héberge que de rares propriétaires privilégiés. «À marée basse, je rêve en pensant aux Anglais qui ont assiégé la baie; à marée haute, coupé du monde, je cultive de vrais rapports humains avec les habitants de l'île. J'aime cette double vie», explique-t-il, heureux comme un enfant en regardant le paysage qu'il semble découvrir. Sorti major de la prestigieuse école des Arts décoratifs, le Penmarchais, s'est battu pour vivre de son art: «Vorace, têtu, je suis une charogne, un Breton!», plaisante-t-il. Après avoir allumé une énième cigarette et servi l'apéritif promis, «Le Clo», comme il aime se faire appeler, se rappelle son enfance dans le Sud-Finistère: «Mon père était marin et résistant. Ce vrai aristocrate m'a donné envie de peindre les hommes». L'oeuvre de Gérard Le Cloarec est figurative. Chaque toile trouve un sens par le mélange des couleurs et des signes. Hors catégorie et précurseur, il cherche à percer les mystères de l'homme en faisant parler ses oeuvres: «Il y a un langage en peinture, comme il y a un langage écrit».
Un artiste passionné et engagé
L'heure tourne, et la marée monte! «Le Clo» est un bavard. Assis à sa table de travail, il raconte sa rencontre avec un homme d'affaires américain favorable à la guerre en Irak. Il devait lui vendre une vingtaine de toiles: «Emporté par la frénésie de l'échange, je lui ai dit que ce sont des vieux cons comme nous qui devrions aller se faire tuer à Bagdad. Résultat, je n'ai pas vendu mes toiles». Il rigole et assume. Gérard Le Cloarec se dit pessimiste mais il attend beaucoup de la jeune génération qu'il aime encourager, autant que recevoir à dîner. «Dans la vie on grandit, on ne vieillit pas», c'est aussi pour ça qu'il est si jovial. Et sa maison respire la bonne humeur: l'artiste y est entouré de toute sa famille. Alors, heureux? Il contourne la question avec malice. Son visage s'éclaircit, ses yeux d'un bleu cristal s'écarquillent. Quand il était plus jeune, Gérard Le Cloarec aurait pu choisir de faire de la musique. Aujourd'hui, c'est son fils, Léonard, 25 ans, qui entame une carrière de musicien. Une fierté pour son père et une phrase qui résonne: «Papa, je fais ce que tu n'as pas fait». Le peintre, le regard sur l'horizon, conclut:«Les mouettes, le vent, le ressac, c'est à peindre, ou à jo
uer!»
Pratique Exposition à la chapelle des Ursulines, à Quimperlé (29). Ouvert tous les jours, de 10h à 12h et de 14h30 à 19h, sauf le mardi. Tarif: 1,80EUR, Gratuit pour les enfants de moins de douze ans. Tél.02.98.39.28.44.
«À marée basse, je rêve en pensant aux Anglais qui ont assiégé l'île; à marée haute, coupé du monde, je cultive de vrais rapports humains avec les habitants».
