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Cinéma. La Bretagne manque d'"Oxygène"

13 octobre 2011

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"Oxygène", ce long-métrage qui pour la première fois aborde l'émouvant combat de jeunes atteints de mucoviscidose, était particulièrement attendu en Bretagne. Mais hier, jour de sortie nationale, il n'était programmé sur aucun écran du Finistère, des Côtes-d'Armor ou du Morbihan. Pour autant, ni le distributeur ni les associations de malades ne baissent les bras pour que les Bretons puissent voir un film déjà primé dans de nombreux festivals et plébiscité par le public. [Bande annonce du film]

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Oxygène, le film : site officiel

Personne n’imaginerait un "Bienvenue chez les Ch’tis" qui ne soit pas programmé sur les écrans du Nord le jour de sa sortie nationale… Comme on trouverait impensable qu’un film mettant en scène des jeunes atteints de mucoviscidose - cette cruelle maladie génétique particulièrement présente en Bretagne - ne soit pas diffusé dans l’Ouest, au pays de la Pierre Le Bigaut et de la Rando-Muco

"Réalité économique"
Et pourtant. Hier, impossible de voir "Oxygène", premier long-métrage sur ce thème, sauf à Rennes et Nantes. Ni Brest, ni Quimper, ni Lorient, ni Saint-Brieuc ne l’affichaient.

La différence avec les "Ch’tis" ? "La réalité économique des salles de cinéma", explique Patrick Nebout, responsable de la programmation chez Premium, la société qui distribue "Oxygène".

La concurrence est rude
"La France est le pays qui sort le plus grand nombre de films dans le monde", rappelle Patrick Nebout. Du coup, les exploitants de salles de cinéma doivent faire des choix. Avec une logique économique. Alors, face à de grosses machines comme "Bienvenue à bord", "Beur sur la ville" ou "The Artist", pas facile pour une œuvre comme "Oxygène" de se faire une place dans les salles obscures.

"Dans les semaines qui viennent"
D’autant plus que la période est particulièrement prisée : "Dès le 5 octobre sortent de très gros films, dans la perspective des vacances scolaires. Octobre et novembre sont des mois difficiles". Mais Patrick Nebout le promet : "Dans les semaines qui viennent, "Oxygène" sera programmé dans de nombreuses villes bretonnes. Nous avons mené un énorme travail de promotion avec les associations de malades qui va s’avérer payant".

Incompréhension
Joël Catherin, l'un des représentants de la société Premium, parcourt la France pour défendre le film. "C'est dur dans chaque ville, chaque région pour persuader des salles de le programmer, mais en Bretagne, encore plus qu'ailleurs", regrette-t-il. Ce qui suscite évidemment l'incompréhension. "Sur Facebook, les Bretons se déchaînent". 

"Une leçon de vie" 
Pour Joël Catherin, pourtant, "Oxygène" a tout pour séduire les cinéphiles, qu'ils se sentent particulièrement concernés par la mucoviscidose ou non. "Ce n'est pas un film militant sur la muco, mais sur l'instinct de survie. Des profs de philo veulent même le visionner avec leurs élèves. Oxygène raconte le quotidien de jeunes qui ont conscience que la vie est courte et fragile. Et qui ont surtout envie de s'éclater, d'aimer, d'avoir des copains, comme tous les ados".

Pour Joël Catherin, ce film "est une leçon de vie à travers les yeux de ceux qui sont malades, contrairement à d'autres films qui parlent de la maladie à travers le regard de l'entourage." 

"Un excellent bouche-à-oreille"
D'ailleurs, "Oxygène" a déjà reçu une dizaine de prix, lors de festivals. Et son réalisateur a été reconnu comme l'un des cinéastes européens les plus prometteurs de sa génération, par un magazine de référence américain. "Sur Allociné, hier, le jour de sa sortie, il avait le meilleur taux de satisfaction du public, avec une note de 4,6 sur 5", affirme Joël Catherin. "Et en Belgique flamande, alors que les exploitants de salle pensaient  faire 20 à 25.000 entrées, ils en ont fait 120.000 grâce notamment à un excellent bouche-à-oreille".

Des avant-premières en projet avec Irene Frachon et Gilles Rault
Et on sent une même envie de défendre le film auprès des associations de malades. Bernard Laurent, le délégué de Vaincre la mucoviscidose pour le Finistère et les Côtes-d’Armor, a pris son bâton de pèlerin depuis des semaines. Il avait même obtenu l’accord de principe d’Irène Frachon, la pneumologue brestoise qui a révélé le scandale du Médiator, et de Gilles Rault, le responsable du centre de Perharidy, à Roscoff, pour animer des débats lors d’avant-premières. Elles n’ont pu être programmées avant la sortie nationale d’"Oxygène". Mais Bernard Laurent ne baisse pas les bras. Et il a bon espoir que le long-métrage soit prochainement à l’affiche d’une salle brestoise.

  • Béatrice Pellan

"Oxygène" : la maladie, l'amour, la vie

Ils sont jeunes et beaux, ont chacun à leur manière la rage de vivre, mais la génétique en a décidé autrement : plongée bouleversante dans l'univers médicalisé de la mucoviscidose, "Oxygène" respire la vie et l'amour. Comme Lucas, son frère aîné, Tom (Stef Aerts) est atteint de mucoviscidose, une maladie génétique qui le contraint à des séjours prolongés à l'hôpital et détruit petit à petit ses poumons. Mais Tom est aussi un adolescent révolté qui brûle sa vie avec une bande de copains insouciants : alcool, vitesse, jeux, délinquance... Une vie de grand ado presque ordinaire qui va croiser celle de Xavier (Wouter Hendrickx), plus âgé, qui a apprivoisé la même maladie et la défie effrontément. Celle d'Eline (Anémone Valcke) aussi, jeune patiente confinée en chambre d'isolement, à l'humour ravageur.

Premier long-métrage du Flamand Hans van Nuffel, lui-même atteint de mucoviscidose, le film se déroule pour l'essentiel à l'hôpital, un monde que se sont approprié les personnages. A peine s'échappe-t-on quelques instants pour une virée sous le ciel bas d'Ostende.

De la maladie, on n'apprend quasiment rien. Mais on est saisi par sa réalité. Sa progression inéluctable rythme le film, s'accélérant brutalement dans les dernières minutes, avec des rebondissements à couper le souffle. Le film parle surtout de la fureur de vivre, propre à la jeunesse, accentuée ici par l'urgence de la maladie.

On peut le trouver difficile, oppressant, surtout si l'on supporte mal l'univers médical ou l'humour noir. Mais on peut difficilement rester insensible au charme de ses jeunes héros, dont on partage les questionnements sur le sens à donner à la vie, les espoirs et les faiblesses.

C'est aussi un hymne à l'amour : amour parental protecteur voire égoïste, amour fraternel complice et douloureux, amitié dangereuse parfois mais tellement généreuse, amour-amourette, amour pour la vie, amour de la vie...

Tourné en 30 jours, le film a été primé dans plusieurs festivals, notamment au Festival international de Montréal (Grand prix des Amériques et Prix du jury oeucuménique) et au Festival du film d'Aubagne (Prix du meilleur scénario).

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