8 juin 2009
Après le Palazzo Grassi, FrançoisPinault s'est offert un nouveau pied-à-terre artistique à Venise: la Pointe de la Douane. Depuis samedi, le public peut y découvrir une partie de la collection d'art contemporain du milliardaire breton.
Cindy Sherman, Jeff Koons, Paul McCarthy... Les plus grands artistes contemporains, réunis en un seul lieu, le long du Grand Canal de Venise et face à la Place Saint-Marc. C'était le rêve du milliardaire François Pinault. Il l'a réalisé. Après le Palazzo Grassi, l'homme d'affaires breton s'est, en effet, offert un nouvel écrin de 5.000m² pour sa collection d'art contemporain -il possède environ2.500oeuvres- à Venise. Le site, la Pointe de la Douane (Punta della Dogana), a ouvert ses portes au public samedi.
«Un pari risqué»
En inaugurant le musée, mercredi dernier, FrançoisPinault pouvait être soulagé. Son rêve n'était pas gagné d'avance. Tout commence en 2007, quand la ville de Venise lance un concours pour la réhabilitation de ce site historique. François Pinault se retrouve alors opposé à la très prestigieuse fondation Guggenheim. Contre toute attente, il l'emporte, grâce, notamment, au soutien de Jean-Jacques Aillagon, ancien ministre de la Culture. «C'était un pari risqué car l'enjeu était de taille», a résumé l'homme d'affaires, préférant rendre hommage au travail de l'architecte japonais Tadao Ando. «Il a su transformer les contraintes historiques du bâtiment en sources d'inspiration», ajoute François Pinault. Et des contraintes, il y en avait: le bâtiment, à l'abandon depuis trente ans, était en très mauvais état et, surtout, inondable. Il aura fallu deux ans de travaux colossaux et 20millions d'euros pour faire de ces anciens entrepôts un haut lieu de l'art contemporain... et de promenade hors du commun. Murs de briquettes rouges, pans de béton brut, grosses poutres en bois pour soutenir le toit: la balade artistique est, en effet, des plus agréables, le visiteur pouvant, entre chaque oeuvre, faire une pause devant les grandes baies vitrées pour admirer la lagune.
Des oeuvres choisies personnellement
Parlant d'un «site unique», François Pinault a expliqué vouloir exposer à la Pointe de la Douane et au Palazzo Grassi, «des artistes confirmés et de plus jeunes générations». Ainsi, aux côtés des grands noms figurent des artistes moins connus du public, tel l'Italien MaurizioCattelan, qui expose, entre autres, neufformes humaines allongées sous des draps en marbre blanc de Carrare, vision rappelant les victimes de la mafia en Sicile. Toutes les oeuvres présentées ont été choisies personnellement par l'homme d'affaires. La commissaire du Palazzo Grassi raconte ainsi qu'au moment d'acheter une oeuvre, François Pinault n'hésite pas à faire un voyage en avion pour la voir lui-même: «Il n'achète jamais à distance. J'ai déployé toute ma persuasion pour faire venir certaines pièces: elles étaient accrochées dans son bureau et il rechignait à s'en séparer».
«Passion de l'art»
À 72 ans, François Pinault ne s'est jamais autant investi pour sa «passion de l'art», préférant laisser son fils-François-Henri- prendre en main son empire. Comment expliquer cet amour de l'art? «Dans ce domaine, l'émotion est primordiale alors que dans les affaires, elle est généralement considérée comme un sentiment suspect», confiait l'homme d'affaires récemment à Fransisco Dal Co, historien de l'architecture. www.palazzograssi.it
«Dans le domaine de l'art, l'émotion est primordiale alors que dans les affaires, elle est généralement considérée comme un sentiment suspect». »
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