20 octobre 2009
Les civils continuaient, hier, de fuir par dizaines de milliers les zones de combats au Waziristan du Sud au troisième jour de l'offensive terrestre et aérienne de l'armée dans le fief des talibans alliés d'Al-Qaïda.
Depuis août, près de 100.000 des 600.000 habitants du Waziristan du Sud, dans le nord-ouest du Pakistan, ont fui ce district tribal, dont 20.000ces derniers jours, selon les autorités pakistanaises et l'ONU. Ainsi, hier, des réfugiés continuaient d'affluer dans la ville de Dera Ismaïl Khan, à pied ou entassés dans des voitures ou des camions, au milieu des matelas et des poulets vivants, relatant tous l'enfer qu'ils vivaient sous les bombardements aériens que l'armée effectue quasi quotidiennement depuis août. «J'ai décidé de partir quand la maison de mes voisins a été détruite par les avions de chasse», explique Rahim Dad Mehsud, un agriculteur de Tiarza, assurant qu'à la tête de sa famille de 12 personnes, il a marché trois jours durant pour quitter le Waziristan du Sud. Shah Barat, un agriculteur de Ladha, une place forte des talibans, a fui avec 11 membres de sa famille. «La plupart des gens qui meurent pour le moment ce sont ceux des tribus, des femmes et des enfants, tués dans les frappes aériennes», affirme-t-il.
Intensification des attaques des talibans
L'offensive au Waziristan du Sud qui avait été annoncée dès la mi-juin, vise le principal bastion du Mouvement des Talibans du Pakistan (TTP), engagé depuis l'été 2007 dans une «jihad», une guerre sainte, contre Islamabad et son armée. Près de 2.300 personnes ont été tuées dans tout le pays en un peu plus de deux ans dans plus de 280 attentats, perpétrés essentiellement par des kamikazes du TTP ou des groupes affiliés. Mais début octobre, les talibans ont intensifié cette vague d'attaques, tuant plus de 170 personnes en douze jours, jusqu'au coeur du quartier général de l'armée, dans la banlieue d'Islamabad, forçant les autorités à précipiter une offensive dont les experts redoutent qu'elle se solde par un désastre.
Plus de 10.000 combattants aguerris
Car ces territoires sont extrêmement montagneux et le gros des troupes du TTP, qui contrôle environ la moitié du Waziristan du Sud, y est estimé à 10.000 à 12.000 combattants aguerris, épaulés par des milliers d'autres militants étrangers et talibans afghans. Ils pourraient aussi être renforcés par d'autres groupes dans les districts tribaux voisins. Depuis fin 2001, quand Islamabad est devenue un allié clé de Washington dans sa «guerre contre le terrorisme», l'armée pakistanaise a perdu près de 2.000 hommes dans les combats contre les islamistes dans le nord-ouest, au gré d'offensives plus ou moins importantes dans les zones tribales. Ces offensives se sont toutes, à l'exception de Swat, soldées par des accords de paix avec les talibans.
