14 juin 2009 - 1 réactions
La campagne très animée laissait présager un scrutin serré en Iran, mais d'après les résultats officiels, l'ultraradical président sortant Ahmadinejad l'a emporté avec près de 63% des voix. Son principal rival crie à la «tricherie».
D'après les résultats officiels annoncés hier, c'est le sortant Mahmoud Ahmadinejad qui a remporté haut la main la présidentielle iranienne. Cet ultraconservateur, qui briguait un deuxième mandat de quatre ans, a qualifié sa réélection au premier tour de «grande victoire». Le guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, a, lui, parlé de «vraie fête».
Record de participation
Selon le ministre de l'Intérieur Sadegh Mahsouli, Mahmoud Ahmadinejad a recueilli 62,63%; l'ex-Premier ministre Moussavi, un conservateur modéré revenu sur le devant de la scène politique après 20 ans d'absence, est arrivé deuxième avec 33,75%. Le conservateur Mohsen Rezaï a recueilli 1,73% des voix et le réformateur Mehdi Karoubi 0,85%. Ce dernier a jugé les résultats «illégitimes» et «inacceptables». La participation a été de 85%, «un record», selon le ministre iranien de l'Intérieur. La campagne électorale, qui s'était déroulée dans un climat tendu, avait reflété des divisions profondes sur l'avenir de l'Iran, après quatre ans de mandat Ahmadinejad. Alors que la réélection de ce dernier devrait compliquer les efforts du président américain Barack Obama pour surmonter 30 ans d'hostilité entre les Etats-Unis et l'Iran, la secrétaire d'Etat Hillary Clinton a dit espérer que le résultat du vote reflète «la véritable volonté et le désir de la population». En Israël, ennemi juré de l'Iran, le ministre des Affaires étrangères, Avigdor Lieberman, a appelé la communauté internationale à agir «sans concession» contre l'Iran et notamment son programme nucléaire controversé. En revanche, l'allié régional de l'Iran, le président syrien Bachar al-Assad a félicité Mahmoud Ahmadinejad pour sa victoire, de même que le mouvement islamiste palestinien Hamas. Si la France «prend note» de la réélection d'Ahmadinejad et des contestations, l'UE s'est dite «préoccupée» par les irrégularités présumées et les violences.
Figure d'épouvantail
Le président sortant fait figure d'épouvantail en Occident. Peu après sa victoire surprise en 2005, Mahmoud Ahmadinejad s'est rendu célèbre en affirmant qu'Israël était voué à «disparaître de la carte» et que l'Holocauste était un «mythe». Agé de 52 ans, ce fils de forgeron, père de trois enfants, a grandi à Téhéran, où il a obtenu un doctorat en gestion du transport urbain. Au moment de la Révolution de 1979, il s'est engagé dans le corps des Gardiens de la révolution. En 2003, il deviendra maire de Téhéran, poste qu'il utilisera comme tremplin pour devenir président en juin2005. Lors des récents débats télévisés, il a soigné son image d'homme du peuple, en affirmant qu'il vivait seulement avec son salaire de professeur. Son populisme plaît encore, en particulier dans les milieux populaires des villes et campagnes.
«Dictature, dictature!». Des milliers de partisans en colère de Mir Hossein Moussavi, battu à la présidentielle, ont provoqué des émeutes, hier. La capitale iranienne n'avait pas connu de telles violences depuis les émeutes estudiantines de juillet1999. «A bas le dictateur, Moussavi, récupère nos votes!», scandaient les partisans de l'ancien Premier ministre. Les manifestants se sont rassemblés spontanément dans le centre de la capitale après les accusations d'«irrégularités» lancées par Mir Hossein Moussavi, se massant par milliers sur de grandes places telles que Vanak et Vali Asr. Des centaines de personnes se sont également rassemblées près du ministère de l'Intérieur. Les manifestants ont incendié plusieurs motos de la police et allumé des feux sur la chaussée en arrachant des branches des arbres. Place Vanak, une foule furieuse lançait des pierres sur les policiers, qui répliquaient à coups de matraque et de pierres. Des femmes ont été frappées. La police a chargé plusieurs fois les manifestants à la matraque sans toutefois réussir à les disperser. «Ils ont ruiné le pays et ils veulent le ruiner encore plus pendant les quatre ans qui viennent», a lancé un protestataire. «Le temps des danses et des chants est terminé, il vont vous casser les jambes si vous restez là», a lancé aux manifestants un responsable de la police. Les manifestations se poursuivaient à la nuit tombée et la police était suppléée par des patrouilles de bassidjis - milice islamique - à moto. Le premier réseau de téléphonie portable, contrôlé par l'Etat, a par ailleurs été coupé à Téhéran. «Les gens ne sont pas dupes et ne plieront pas face à ceux qui arrivent au pouvoir en trichant», a répliqué Mir Hossein Moussavi, qui a lancé un appel au calme à ses partisans.
