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Aung San Suu Kyi condamnée. L'atonie forcée des Birmans

12 août 2009

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L'opposante birmane Aung San Suu Kyi a été condamnée hier à 18 mois supplémentaires de privation de liberté. A Rangoun, les Birmans ont été contraints au silence.



De notre correspondant à Rangoun.
«Mingalaba!» (bonjour). D'un ton enjoué, le chauffeur de la navette assurant le transfert entre l'aéroport international de Rangoun et le centre-ville répond aux questions de jeunes Occidentaux venus découvrir le pays des pagodes d'or. La circulation est fluide. Passe un fourgon de police, aux grilles une dizaine de mains sont fermement agrippées. Cette vision furtive contraste avec les rires des touristes occupés à découvrir les rudiments du birman. Personne ne semble - ou ne veut - noter le passage du panier à salade et autres camions bourrés de policiers en tenue anti-émeutes. Cette scène banale est similaire à la réaction des Birmans face à la nouvelle condamnation d'Aung San Suu Kyi à 18 mois de résidence surveillée. Ici au Myanmar, personne, où peu s'en faut, n'ose afficher ouvertement son désaccord avec le procès inique que lui a valu la visite incongrue d'un mormon américain, entre le 3 et le 5mai dernier.

Proche de leur coeur

Si nombre de Birmans reconnaissent sans détour que la fille du général Aung San (père de l'indépendance en 1947) est proche de leur coeur, peu vont jusqu'à afficher publiquement leur mécontentement. Quelques Birmans m'ont demandé si j'étais américain... et comptaient malicieusement sur les doigts de la main les chefs d'inculpation qui ont valu, hier, à John Yettaw sept ans de travaux forcés. D'un geste de dénégation, une commerçante murmure «top secret». Un passant glisse furtivement: «La plupart des Birmans aiment Suu Kyi et détestent Than Shwe (général homme fort du régime, ndlr)», et s'éclipse dans la foule. Seul un bavard prédit «des manifestations et une chute du kyat»(monnaie locale).

Une crise sans fin

Ces prédictions paraissent improbables. Depuis les manifestations de 2007 et la vague de jugements (septembre 2008 - mars2009) où plus d'un millier d'opposants ont été condamnés à de lourdes peines de prison, l'opposition est très affaiblie. La Birmanie a connu deux grands mouvements de protestation. Mais ceux-ci prirent forme après des décisions imprévisibles de la junte, qui, en 1988, démonétisa des coupures de kyats sans compensation, puis, en 2007, augmenta vertigineusement le prix des carburants de 200 à 500%. Si la condamnation d'Aug San Suu Kyi attise le ressentiment général, elle n'attaque pas les intérêts immédiats d'une population enlisée depuis des décennies dans une crise économique sans fin. Une mobilisation massive des Birmans paraît d'autant plus improbable que la junte a largement anticipé ce verdict en déployant depuis mai un important dispositif militaire autour de la prison d'Insein où s'est déroulée cette farce ubuesque.

  • Jack Thompson

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