27 juillet 2009
Alors que la communauté internationale ne cesse de s'indigner, les réquisitions du procès de l'opposante birmane Aung San Suu Kyi viennent de se clore. Elle risque la peine maximale.
De notre correspondant en Thaïlande.
Suite à une vision où il pressentait que l'existence de l'opposante démocrate et prix Nobel de la paix, Aung San Suu Kyi, était menacée, John Yettaw, un mormon passablement illuminé, eut l'idée de traverser à la nage le lac Inya pour prévenir la dame de Rangoon. Vu la surveillance constante qui encadre la rue de l'université, cette aventure rocambolesque paraît invraisemblable. Pourtant, entre le 3 et le 5 mai dernier, Yettaw a brisé le confinement d'Aung San Suu Kyi. Un motif en or, pour la junte, de transférer l'opposante à la sinistre prison d'Insein pour l'y juger. Au terme de la loi en accueillant un étranger, Suu Kyi a enfreint ses conditions de mise en résidence surveillée. La dame de Rangoon a plaidé non coupable.
Elle risque de trois à cinq ans de prison en plus
Habilement elle s'est défendue d'être responsable de la venue de cet importun et remarque, avec justesse, que ses gardiens n'ont pas été en mesure d'empêcher cette intrusion. Par contre, eux, n'ont pas à s'expliquer devant la justice. Chacun l'aura compris, ce procès orchestré par la junte, au pouvoir depuis 1962, est digne du «1984» de George Orwell. Depuis l'arrestation à Insein, le 14 mai, de la figure de proue de l'opposition, sa condamnation ne fait guère de doute. Ne demeurent en blanc que les épisodes menant à une sentence déjà écrite. Entre trois et cinq années de prison de plus pour l'opposante, qui a passé quatorze des vingt dernières années derrière les barreaux. Ce châtiment sisyphéen suscite un tollé international. La secrétaire d'État américaine, Hillary Clinton, a pressé la Birmanie, la semaine dernière, de libérer l'opposante, affirmant qu'un tel geste ouvrirait la voie à des «investissements» américains dans le pays. BanKi-moon, secrétaire général de l'Onu, s'est, lui, déplacé à Naypyidaw dans le vain espoir d'amorcer un dialogue avec le général Than Shwe, qui demeure inflexible. Ce procès inique convient parfaitement à ses desseins.
La junte veut «sécuriser» le pays
Depuis septembre 2008, plus d'un millier d'opposants (bonzes, blogueurs, etc.) ont été jugés et condamnés à de lourdes peines de prison. Depuis fin mai, la Tatmadaw, l'armée birmane, mène une vaste offensive contre l'ethnie karen. Ces dernières semaines, plus de 4.000 Karens ont dû chercher refuge sur la frontière thaïlandaise. Reclus dans sa nouvelle capitale Naypyidaw, la «cité royale», le généralissime affine ses plans. En 2010, Naypyidaw organisera des élections générales, pierre d'achoppement d'un nouveau pouvoir civil entièrement contrôlé par la junte. Dans les délicates manoeuvres qui entourent la mise en place d'une «démocratie disciplinée», une nouvelle condamnation d'Aung San Suu Kyi (attendue courant août) est l'une des opérations visant à «sécuriser» la Birmanie avant les élections. Tout un programme.
