5 novembre 2009
Jacques Chirac est à nouveau au premier plan de l'actualité. Son renvoi en correctionnelle pour l'affaire des emplois fictifs de la Ville de Paris ou la publication de ses «Mémoires» rédigées par l'historien Jean-Luc Barré, rend donc particulièrement éclairant l'ouvrage de nos confrères Didier et Delpech dont l'une est éditorialiste à l'Est Républicain et l'autre journaliste à LCI (*). La couverture montrant l'ancien président, solitaire et sirotant un jus d'orange à la terrasse d'un café, sans doute à Saint-Tropez, n'en est pas moins légèrement pathétique. Mais Chirac reste avec Giscard, qu'il côtoie au Conseil constitutionnel, l'un de ces grands prédateurs ayant survécu à l'épreuve de la retraite. Difficile, néanmoins, de lui arracher trois mots tant l'homme s'est fixé pour règle de ne pas commenter l'action de son successeur. «Never explain, never complain» (N'expliquez jamais, ne vous plaignez jamais), disent les Britanniques. La vieille école en quelque sorte avec laquelle Nicolas Sarkozy, beaucoup plus disert, a rompu.
L'unanimité
Certes, l'actuel Président peut qualifier son prédécesseur de «roi fainéant», en rappelant l'immobilisme qui fut la marque de ses deux mandats. Toutefois, avec le recul, cette présidence consensuelle, digne héritière du bon docteur Queuille, ce radical originaire de Corrèze, sans doute inadaptée aux temps modernes, fait l'unanimité. L'ancien président est devenu l'homme politique le plus populaire du pays avec 74% d'opinions favorables, tandis que Sarkozy lasse à force de bousculer les traditions. Nostalgie quand tu nous tiens! Outre son ancien directeur de cabinet, le préfet Landrieu, sa vieille garde ne l'a pas lâché (Debré, Cuq, Baroin, Jacob...). Au Conseil constitutionnel, il échange des pics avec VGE, son plus vieil ennemi. Chirac déjeune aussi avec Michel Rocard, MAM ou Rachida Dati, sans doute venue lui dire tout le mal qu'elle pense de Sarkozy.
Une fondation
Les visiteurs ne sont pas toujours les bienvenus. Exemple, ce professeur de Harvard qui voulait lui faire exposer sur la philosophie de Kant à Heidegger: l'universitaire sera prestement éconduit. Surtout la Fondation de l'ex-président pour le dialogue des cultures, sponsorisée par Veolia, GDF-Suez et Orange, occupe désormais un tiers de son temps. Elle favorise l'accès à l'eau, aux médicaments, la lutte contre la déforestation et accueille dans son conseil des hommes prestigieux, à l'exemple de Kofi Annan ou Abdou Diouf. L'ancien chef d'État effectuera d'ailleurs une tournée africaine en 2007 (Mauritanie, Sénégal, Mali) grâce à l'avion de son ami François Pinault. Lequel l'accueille régulièrement à Saint-Tropez. Certes, Jacques Chirac n'est pas un spécialiste du «fund-raising» comme Bill Clinton. Jusqu'à présent, il s'est contenté d'organiser un dîner de collecte de fonds qui a seulement rapporté60.000euros. Les Français n'ont pas ce rapport décomplexé à l'argent que Nicolas Sarkozy a tenté d'introduire sur le modèle américain. Il n'empêche, l'ancien Président, qui durant plusieurs décennies a séjourné dans les palais de la République, conserve une notion de l'argent très élastique. «Il a toujours vécu dans un autre monde. Il n'a jamais été obligé de payer quoi que ce soit», confie l'un de ses amis. Après ses proches collaborateurs (Michel Roussin, Alain Juppé...), il va finalement devoir payer l'addition.
*Chantal Didier et Frédéric Delpech, «Jacques Chirac, une vie après l'Élysée». Favre. 17 EUR.
