26 octobre 2009 - 9 réactions
Eric Besson, ministre de l'Immigration, a annoncé, hier, le lancement d'un vaste débat sur l'identité nationale. Un thème sensible qui ne manque de faire réagir.
"J'ai envie de lancer un grand débat sur les valeurs de l'identité nationale, sur ce qu'est être Français aujourd'hui", a déclaré, hier soir, Eric Besson, ministre de l'Immigration et de l'Identité nationale. "Je vais le lancer avec les parlementaires, députés et sénateurs, avec les députés européens", a-t-il ajouté. Ce débat durera deux mois et demi avant un "grand colloque de synthèse" fin janvier-début février, a précisé le ministre qui va demander "aux préfets et aux sous-préfets d'organiser des réunions avec les forces vives de la Nation sur le thème de qu'est-ce qu'être Français, quelles sont les valeurs qui nous relient, quelle est la nature du lien qui fait que nous sommes Français et que nous devons être fiers".
"Réaffirmer la fierté d'être Français"
Selon lui, "il faut réaffirmer les valeurs de l'identité nationale et la fierté d'être français". Par exemple, le ministre voudrait, comme aux Etats-Unis, "que tous les jeunes Français aient une fois dans l'année l'occasion de chanter la Marseillaise". Pour les adultes, il a annoncé le lancement d'une expérimentation dans deux départements, le Rhône et les Bouches-du-Rhône, consistant à offrir à tout adulte "désireux de bénéficier d'une sorte d'instruction citoyenne" quatre séances de formation à l'instruction civique. Interrogé sur le port de la burqa, le ministre a jugé qu'elle était «contraire aux valeurs de l'identité nationale». Eric Besson a toutefois dit ne pas vouloir "trancher" sur les travaux de la mission parlementaire sur le voile intégral mise en place par l'Assemblée nationale.
Retours à la frontière : objectifs maintenus
"Nous n'aurions jamais dû abandonner au Front national un certain nombre de valeurs qui font partie du patrimoine républicain", a estimé le ministre, évoquant l'immigration et la sécurité, ajoutant : "Je pense que la mort politique du Front national serait la meilleure nouvelle pour tous". En matière d'immigration, Eric Besson a réaffirmé que les "retours groupés" d'Afghans vers leur pays d'origine se poursuivraient. "Je respecterai les objectifs qui m'ont été assignés", a réaffirmé plus globalement le ministre, précisant que 21.000 personnes avaient été déjà reconduites sur un objectif de 27.000 pour l'année.
Le Front national (FN) "mènera l'opposition du "prétendu débat" sur l'identité nationale, annoncé la veille par Eric Besson, fustigeant le ministre de l'Immigration pour avoir souhaité la "mort" du parti d'extrême droite. Le parti de Jean-Marie Le Pen qualifie aussi de "gadgets institutionnels" les propositions du "ministre socialiste de Nicolas Sarkozy", accusant le gouvernement d'"acclimater la population française aux valeurs et cultures véhiculées par l'immigration récente". Le FN se présente enfin comme le "défenseur intransigeant de la mémoire et de la cause des Français de l'ex-empire, qui, de toutes races et de toutes religions, sont morts pour la France et ont été lâchement abandonnés par les gouvernements dont messieurs Sarkozy et Besson sont les héritiers directs".
Vincent Peillon (PS) : "La burqa ne menace pas l'identité nationale" a estimé ce matin l'eurodéputé PS, jugeant que "la façon dont le débat" sur l'identité nationale s'est ouvert "montre que la France est malade". "Jamais la France ne s'est pensée par rapport à ses étrangers". "Il faut amener les jeunes Français à aimer notre pays et ses valeurs". "Je crains un peu que les manières de M. Besson n'amènent pas à faire aimer ce pays", a-t-il dit, soulignant que "la France n'a jamais parlé d'identité nationale. Il est dangereux d'ouvrir le débat comme ça. Il faut parler de la France."
Elisabeth Guigou (ancienne garde des Sceaux, PS) ne croit pas "que faire une loi sur la burqa soit la meilleure façon de l'éradiquer", estimant que "c'est la mauvaise façon de s'y prendre".
Interviewée lundi matin sur le sujet, elle a affirmé "détester la burqa" et que "toutes les femmes sont révoltées par ces femmes
grillagées, enfermées dans des choses noires".
Pour autant, a-t-elle déclaré, "Je ne crois pas que faire une loi soit la meilleure façon d'éradiquer la burqa. Parce que c'est une infime
minorité. Je pense que cela risque de cristalliser des musulmans qui ne sont pas du tout pour la burqa et qui pourraient sentir par là
qu'on cherche à stigmatiser l'islam".
"Je pense que c'est la mauvaise façon de s'y prendre", a ajouté la députée socialiste de Seine-Saint-Denis.
Eric Raoult ('UMP) soutient l'idée du ministre de l'Immigration Eric Besson d'un débat pour promouvoir l'identité nationale, estimant
que c'était "une bonne nouvelle pour notre pays" car "l'identité nationale n'est pas un tabou". "Eric Besson a raison de lancer ce débat. Les annonces de l'ouverture d'un grand débat sur l'identité nationale sont une bonne nouvelle pour notre pays", a indiqué Eric Raoult dans un communiqué.
"L'identité nationale ne doit pas être un sujet d'affrontement entre les intellos et les bobos et l'extrême droite. Ce n'est pas un concept
de conflit, ce n'est pas non plus un tabou: ce doit être un débat qui permette de rappeler que les idées, les valeurs et les racines de
notre Nation appartiennent à tous", a-t-il ajouté.
Les Verts, le gouvernement "ressert sa vieille soupe nationaliste". "Scandale Jean Sarkozy, affaire Mitterrand, procès Clearstream... Ebranlé par l'accumulation de scandales politiques qui ont remis en scène le FN, le gouvernement nous ressert sa vieille soupe nationaliste en annonçant la tenue d'un débat sur l'identité nationale", écrit dans un communiqué, Djamila Sonzogni, porte-parole des Verts.
"Comme à chaque veille d'élection depuis 2001, le gouvernement ressort l'épouvantail de l'immigration", poursuit-elle y voyant "une
façon d'esquiver sa responsabilité dans l'échec des politiques d'intégration".
