4 novembre 2009 à 15h36
Nissan, Air France et Disney montrés du doigt par SOS Racisme. C'est ce qu'annonce Le Parisien, qui publie des extraits d'un rapport extrêmement sévère établi par l'association.
Selon SOS Racisme, EuroDisney (à Chessy, en Seine-et-Marne) disposerait de fichiers de salariés à caractère ethno-racial. l'association accuse EuroDisney d'avoir utilisé ces fichiers pour effectuer ses recrutements.
Pour démontrer l'existence de telles pièces et les saisir le cas échéant , un huissier s'est rendu dans les bureaux d'Euro-Disney.
Disney met pourtant en avant son multiculturalisme
La direction d'EuroDisney devrait s'exprimer là-dessus dans la journée. Si les faits étaient avérés, l'image du parc d'attraction serait fortement entachée, puisque, depuis sa création, il met en avant son multiculturalisme, annonçant employer des salariés de 100 nationalités différentes, soit près d'une vingtaine de langues parlées.
"Afrique hors Maghreb", "Afrique Maghreb", "Autres Antilles", "Europe (Ouest) dont français"
SOS Racisme aurait découvert, à la suite de témoignages de salariés d'Adecco-Restauration, prestataire d'Euro Disney, que «dans le bilan social 2007, les salariés sont classés suivant des catégories suivantes: «Afrique hors Maghreb», «Afrique Maghreb», «Autres antilles», «Europe (Ouest) dont français».
Toujours selon l'association, «pour Disney, l'essentiel de la clientèle est européenne, en conséquence les salariés "cast members" doivent être majoritairement européens».
Ce qui ne serait pas le cas en coulisses, dans les services techniques, les cuisines, les services de propreté.
La case "pays" différencie la France de la Guadeloupe et de la Martinique entre autres
L'association de lutte contre le racisme s'alarme aussi du fait que lors de la création d'un CV sur le site de l'entreprise, il est demandé de remplir une case «pays» qui outre la France, peut être la Guadeloupe, la Martinique, la Réunion, la Polynésie française, la Guyane et la Nouvelle Calédonie.
Le tribunal émet des réserves sur "la pertinence du raisonnement factuel et juridique de SOS Racisme"
Le président du Tribunal de grande instance de Meaux avait ordonné le 28 octobre cette saisie d'huissier, pour permettre à SOS Racisme de prouver ces accusations, tout en «émettant les plus expresses réserves sur la pertinence du raisonnement factuel et juridique» de l'association.
S'exprimant à l'AFP, le délégué interministériel à l'Outre-mer Patrick Karam a affirmé qu'il fallait faire reculer le sentiment d'impunité face au délit de fichage ethnique pratiqué par certaines entreprises ou offices HLM.
"Il faut faire reculer le sentiment d'impunité car tant que les entreprises auront le sentiment qu'elles ne risquent rien, certaines continueront", a déclaré Patrick Karam, délégué à l'égalité des chances pour les Français d'Outre-mer.
Dans son rapport, qu'il lui a remis, SOS Racisme recense une quinzaine de dossiers où l'association a constaté la constitution de fichiers à caractère ethnique, racial ou géographique.
Ce qui manque, c'est la volonté
"L'arsenal judiciaire est complet et suffisant, ce qui manque, c'est la volonté", a poursuivi M. Karam qui doit remettre des préconisations à Nicolas Sarkozy.
"Il faut une intervention au sommet de l'Etat, il faut mieux faire connaître cette loi sur le fichage ethnique, tout doit commencer par les procureurs, les policiers et les juges", a-t-il dit.
Passible de cinq ans de prison
Le fichage est depuis 1978 illégal et passible de 5 ans de prison et de 300.000 euros d'amende (personnes physiques) à 1,5 million d'euros (personnes morales), mais la jurisprudence est quasiment inexistante.
A ce sujet, Patrick Karam s'est félicité de la condamnation récente de l'Opac de Saint-Etienne (février 2009) et du cabinet de recrutement d'hôtesses et d'agents de vente Daytona (juin 2009) pour des fichiers avec des catégories telles que "européen blanc", "maghrébin", "africain et Dom-Tom".
Interrogé sur le cas d'Eurodisney, qui a reçu mercredi la visite d'un huissier à la demande de SOS Racisme pour saisir des fichiers, M. Karam a répondu: "La procédure commence, et la règle est de ne pas commenter une affaire en cours, mais je dois dire qu'en tant que Guadeloupéen, je n'accepte pas qu'Eurodisney recrute des Français d'un coté, des Martiniquais ou des Guadeloupéens d'un autre".
