5 juillet 2009
Et voilà. J'ai rendu mon tablier, mes insignes, j'ai abdiqué mes privilèges. Pour un peu, je raserais les murs. J'ai décidé de ne plus présider le prix des lecteurs du Télégramme et de confier cette charge à mon éminent camarade et ami Charles Kermarec, libraire et lecteur émérite. Je reste, bien sûr, membre du jury. Mais il me semblait qu'un septennat, c'est assez. Et puis que ce prix pas comme les autres doit l'être aussi dans son fonctionnement: les présidents à vie, on sait où ça mène, la dictature ou l'hospice. Mais, d'un coup, la question m'étreint, vertigineuse. Le vide me saisit.Qui suis-je? Quels sont, désormais, les signes de mon éminence, de ma distinction? Comment vais-je me regarder chaque matin dans le miroir, quand je me rase (et pas seulement quand je me rase)? En un mot: suis-je encore quelqu'un? La question est pertinente. Un Français sur cinq est président. Même feu ma mère était présidente des résidants de la maison de retraite où elle se trouvait - elle fit même deux mandats au terme d'une campagne électorale assassine. À partir d'un certain âge, voire d'un âge certain, c'est une question de dignité, de standing, de reconnaissance sociale. Quelque chose comme le Mérite ou la Légion d'honneur. Franchement, à mon âge, n'être pas fichu de dénicher une quelconque présidence, cela jette un trouble. L'exemple, d'ailleurs, vient de haut. De très haut. Voire de très très haut. J'en observe, suivez mon regard, que cela démange dès la quarantaine. Qui s'y verraient bien. Bien mieux que les autres. Infiniment mieux que les autres. J'en observe qui seraient prêts à tuer pour ça, à mentir, à trahir des amis de trente ans. J'en vois dont toute la vie publique et privée s'organise autour de cet unique objectif, lui subordonne chaque geste, chaque instant. Et moi, je suis un ex-président en friche, désoeuvré. Au rebut. Le ratage total. Il me vient une idée, une idée salvatrice. Puisqu'un Français sur cinq est président, le nombre d'ex-présidents est forcément supérieur. Pourquoi ne pas créer une amicale des anciens présidents - démissionnaires, battus, victimes d'un putsch ou d'un moment de faiblesse. Ce serait une association vivante, haute en couleurs, socialement bigarrée. Et influente: elle s'immiscerait dans tous les milieux, elle aurait le bras long, ce serait un lobby incontournable. Et, forcément, je pourrais en briguer la présidence. Enfin.
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