2 novembre 2009 - 1 réactions
Les Français se sentiraient menacés par le monde islamique. Mais les valeurs de la République ne seraient-elles pas aussi bafouées par les élites qui, en délocalisant sans scrupules ou en s'attribuant des bonus exorbitants, ne donnent guère l'exemple.
Je me souviens de Ségolène Royal faisant chanter La Marseillaise par des milliers de militants formés à L'Internationale. C'était le 24mars 2007. Trois jours après, son rival, Nicolas Sarkozy, proposait la création d'un ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale au risque de mettre en colère la propre présidente de son comité de soutien, Simone Veil. C'est là, en pleine campagne présidentielle, que le débat a commencé. La fille du colonel Royal voulait prouver que la gauche n'avait pas rompu - comme on l'en accusait depuis que Lionel Jospin avait laissé siffler La Marseillaise au Stade de France en 1998 - avec les «valeurs de la Nation». Son adversaire, qui se présentait comme un «Français de sang-mêlé», voulait récupérer les voix du FN. Depuis, chaque fois qu'il est en difficulté, Sarkozy ressort le thème de l'identité nationale... liée à l'immigration. L'autre dimanche, son ministre transfuge du PS, Éric Besson, rouvre donc le débat. Dans la foulée, le ministre de l'Immigration et de l'Identité nationale fustige la burqa, «inacceptable».
Langue française d'abord
Pour les Français, qui l'approuvent majoritairement (60%), il s'agit d'abord de défendre la langue française (80%, selon le sondage CSA-Aujourd'hui Dimanche, en font une priorité), la laïcité venant ensuite (68%). L'accueil des immigrés, en revanche, concerne seulement 31% d'entre eux. C'est dire que Besson et Sarkozy ont visé juste. En ces temps de grands chambardements, les Français, attachés à leurs racines, se sentent menacés par le monde islamique. Les étudiantes qui portent le voile noir et les barbus qui les y encouragent ne veulent-ils pas nous ramener au temps où «les curés» étaient accusés de faire la loi ? Ne voit-on pas dans les collèges, des élèves et des parents s'opposer à l'enseignement des croisades et de la Shoah ?
Exemple d'en haut
Mais si notre République est menacée, ne l'est-elle pas aussi, en haut de l'échelle, par des banquiers et grands patrons de multinationales qui délocalisent sans scrupules, traitent leurs compatriotes salariés comme une variable d'ajustement, parlent un jargon franglais et se distribuent des bonus exorbitants après avoir appelé l'État au secours ? Qu'est-ce que la patrie pour cette «élite» ? Et comment attendre des «jeunes des cités» qu'ils s'attachent à l'Histoire, à la littérature et aux valeurs de notre pays si l'exemple venu d'en haut leur enseigne que seuls comptent les signes extérieurs de richesse ? Si le débat national lancé aujourd'hui sous l'égide des préfets aborde les thèmes de la solidarité et des «valeurs de l'Esprit», il aura été utile. Sinon, il ne sera qu'un «truc» de campagne régionale.
