31 octobre 2009
Par une de ces cabrioles dont la politique a le secret, c'est Ségolène Royal, hier, qui aura résumé le sentiment populaire: qu'on le laisse en paix, il l'a bien mérité de la patrie. L'ancienne candidate socialiste à l'Elysée - qui ne s'en souvient? - avait été l'un des plus âpres accusateurs de Jacques Chirac, Président, dans ce qu'il était convenu d'appeler les «affaires» de la Ville de Paris. Le temps a passé. Ségolène joue les coeurs tendres et Sarkozy le turbulent fait vieillir et aimer Chirac, jeune retraité pas loin de se réincarner en petit père du peuple. Chirac plaît. Son look de pèlerin voûté qui sillonne le tiers-monde pour la bonne cause, sent moins la naphtaline que la nostalgie. Mais, Polanski ou Chirac, nul ne saurait se parer du privilège de l'impunité et se soustraire au tribunal du peuple. L'ancien Président est rattrapé pour des faits qui n'ont pu être jugés dès lors que son statut de chef de l'Etat l'assurait d'une quasi absolue immunité. C'est un homme revenu à sa condition de simple citoyen, on n'a pas dit de citoyen ordinaire, qui comparaîtra devant le tribunal correctionnel. Sans crainte. Et pour des faits qui remontent à la période 92-95. Archéologie juridique ? Procès du chiraquisme ? Les moeurs de l'époque étaient ce qu'elles étaient, peu flatteuses, guère fréquentables. Emplois de la Ville de Paris, affaires Elf, Luchaire, Péchiney, etc. Trafic, argent noir, financement occulte: le pas de deux entre la politique et les affaires dérape parfois sur le terrain judiciaire. Et il n'est pas rare que ce soit la Justice qu'on instrumentalise pour abattre le rival, apurer les comptes. Angolagate, Clearstream: les affaires défrayent la chronique sur fond de guéguerre politicienne entre clans. A qui profite le crime ? Il n'est jamais inutile de se poser la question. En attendant, on se rappellera que nul n'est réputé coupable avant la sentence d'une Justice dont tout indique qu'elle est au bord de la crise de nerfs. Pas gai.
