14 juin 2009
La tentation est vive, ces temps-ci, de dresser les générations les unes contre les autres. De présenter, par exemple, les baby-boomers comme indéfiniment bénéficiaires des années d'expansion, oubliant qu'ils ont encaissé la crise des mines, la crise de la sidérurgie, la crise du textile et de la chimie, le premier choc pétrolier, la mutation du monde rural, l'irruption soudaine des services, la généralisation des intellos précaires.
Oubliant, surtout, que, par vagues successives, ils ont été dégagés, niés socialement, dès lors qu'ils atteignaient la cinquantaine. Ce discours-là ne sert qu'à une chose: segmenter les intérêts, affaiblir les solidarités. Chacun pour soi! Et des perdants aux deux bouts de la chaîne: jeunes qui galèrent, vieux qui galèrent. Dans ce monde de galériens, un coup de tonnerre électoral a retenti. Fort inattendu. L'écologie politique, enfin dégagée des querelles de boutique et des ambitions personnelles - exercice où elle excellait - a effectué une percée spectaculaire et légitime. Tandis que la droite ne veut voir qu'une seule tête et n'en voit effectivement qu'une; tandis que la gauche a perdu la tête ou bien en voit trop, Dany le Vert a rassemblé des gens très différents, uni ceux qui, hier, votaient oui et votaient non au référendum sur le traité constitutionnel. Et ça a marché. Le lendemain, il a expliqué qu'il n'est pas homme de parti et que la fonction présidentielle ne le fascine nullement. La chose est assez singulière pour être relevée. Mais j'aimerais en relever une autre. Le grand innovateur lors de ce scrutin, qui a notamment capté les voix des jeunes, est un cheval de retour - fringant, il est vrai - âgé de 64 ans. Et il était flanqué, entre autres, d'une dame de 66 ans, Eva Joly, qui a surmonté ses timidités et fait un tabac lors des meetings. Tous deux sont prompts à l'indignation. Tous deux regardent obstinément devant, fort au-delà de l'horizon 2012. Je n'ai pas entendu la moindre voix s'élever pour dire que Cohn-Bendit était vieux, qu'Eva Joly était vieille. J'ai entendu, par contre, des quadras du PS piétiner sur place en réclamant au plus vite leur part du gâteau, leur part de ministère, leur part de pouvoir. Ils ont raison. Il faut que toutes les générations en aient et en goûtent. Mais les projets n'ont pas d'âge; ils sont neufs quand ils sont neufs, ils sont désuets quand ils sont désuets.
