1 novembre 2009 - 1 réactions
Joël Autret, sociologue (*), chercheur au Conservatoire national des arts et métiers et à l'UBS, estime que la société ne peut se passer de rituels face à la mort. Les jeunes y compris.
La Toussaint signifie-t-elle encore quelque chose pour les jeunes?
On voit de moins en moins de jeunes venir nettoyer, entretenir les tombes des anciens. Auparavant, il était courant d'accompagner ses parents ou sa grand-mère, quelques jours avant la Toussaint. C'est fini. Beaucoup de jeunes ne vont même plus aux enterrements.
Pour quelles raisons?
Parce que les parents, la société, les éloignent des cimetières et de tout ce qui touche au rituel de la mort. Nous sommes dans un processus d'effacement de la mort.
Quelles sont les conséquences de cet effacement?
Plus on les éloigne de la mort, moins les gens sont prêts à accepter leur propre finitude. Les conséquences sont multiples. Les structures des âges se modifient ainsi que leur valorisation. Le «jeunisme» hyperactif s'oppose au «vieillir» et à sa lenteur. Et, dans cette société hyperprotégée, les jeunes sont plus vulnérables qu'avant, moins armés pour affronter le décès d'un frère ou d'un conjoint. Cet éloignement de la mort crée du pathos et nécessite un accompagnement psychologique de plus en plus important.
Les jeunes n'inventent-ils pas leurs propres rituels face à la mort?
Dans une société en perte de valeurs sociétales, de plus en plus «individualisée», chacun «bricole» son système de valeurs et essaye de construire son référentiel personnel pour trouver et donner un sens. Dans notre société, le non-sens devient aliénant... Dans ce cadre, certains jeunes construisent un rituel sur le souvenir, une survivance du vivant. Mais c'est inconsciemment un éloignement symbolique de la mort.
Comment réhabiliter les rituels auprès des jeunes?
Ce n'est pas si simple car la société a médicalisé la mort. 75% des hommes meurent dans une structure médicalisée. Il faut retrouver, reconstruire des rituels qui sont plus ou moins conservés au niveau religieux et qui peuvent être partagés. C'est d'abord un travail de la famille, qui demeure le lieu privilégié des affects. Le problème est que les parents eux-mêmes veulent vivre centenaires et en bonne forme! La difficulté est de réintroduire dans la société un truisme: nous devons tous mourir, ce n'est ni triste, ni un drame, c'est un fait. Admettre sa finitude, c'est vivre plus pleinement, mieux profiter des petits moments de bonheur au quotidien.
* Auteur de «Ni souffrir, ni mourir, ni pourrir» (Éditions Baudelaire).