7 novembre 2009
Dans l'océan Indien, des commandos militaires français sont détachés à bord d'une dizaine thoniers bretons afin de les protéger des pirates. Cette présence militaire en dit long sur les intérêts économiques en jeu. Tour d'horizon de cette filière qui emploie plus de 300 marins bretons.
Qui pêche le thon dans l'océan Indien?
Les plus grandes unités à pêcher dans l'océan Indien, sont les thoniers-senneurs-congélateurs européens. Ce sont essentiellement des bateaux espagnols et français. Cette flottille européenne traque le thon tropical dans les océans Indien et Atlantique. En raison de la piraterie, beaucoup d'unités européennes se sont redéployées sur l'Atlantique. Actuellement, seule une dizaine de bateaux français pêche dans l'océan Indien et une trentaine de bateaux espagnols. Les bateaux qui mesurent entre 60 et 90m, voire 100m pour certaines unités espagnoles, ramènent chacun dans leurs filets en moyenne 6.000 à 15.000 tonnes de thon par an. D'autres pays (Iran, Chine, Japon...) pratiquent également la pêche au thon, ainsi que de nombreux pays riverains (Yemen Oman, Maldives, Sri-Lanka...) qui ont développé des flottes de palangriers ou de pêches artisanales. Les Somaliens n'ont pas de tradition de pêche au thon.
Pourquoi les thoniers européens pêchent-ils dans l'océan Indien?
Parce que les stocks de thon en Atlantique s'épuisent et que l'océan Indien en regorge encore, pour l'instant, ce qui en fait une zone très convoitée. Ce qui n'empêche pas les scientifiques d'appeler à la vigilance. Les marins bretons y ont donné leurs premiers coups de filets en 1981. En 1984, année de très mauvais rendements dans l'Atlantique, tous les Concarnois sont partis, emmenant ainsi les premiers thoniers-senneurs dans l'océan Indien. A cause de la piraterie, beaucoup de bateaux reviennent actuellement dans le golfe de Guinée.
Quelles espèces?
Trois espèces principales sont prélevées dans l'océan Indien: le listao (première en quantité) l'albacore et le patudo. Les Européens ne pêchent pas de thon rouge, l'espèce la plus menacée. La senne est un immense filet tournant qui mesure 1.500 mde long et 250m en profondeur.
Quelles contreparties?
Pour pratiquer la pêche dans leurs zones économiques, les armements paient des droits aux pays riverains (Seychelles, Madagascar, Maurice...) par le biais d'accords de pêche qui, en ce qui concerne les Européens, sont gérés et contrôlés par Bruxelles. En revanche la pêche au thon est gratuite et en libre service dans les eaux internationales.
Où va le thon?
Une fois pêché, le thon est aussitôt congelé à -16ºC dans de la saumure et débarqué aux Seychelles ou alors réacheminé dans des cargos, à destination de conserveries dans des pays à faible coût de main-d'oeuvre. Congelé ou conservé, le thon pêché par la flottille européenne rentre en Europe sans droit de douane. Entre les deux océans 350.000 tonnes de thon congelées sont transformées par an. Cette filière représente 20.000 emplois directs, 300.000 personnes vivent de cette activité économique. L'Europe est le plus gros marché mondial de la conserve de thon avec l'Espagne en tête des pays consommateurs.
Quel chiffre d'affaires pour la flottille bretonne?
Trois armements se partagent la gestion de la flottille française: CMB (Chevannes-Merceron-Ballery), Saupiquet et Sapmer. Selon Orthongel, l'organisation des producteurs de thon congelé, la production de l'ensemble de la flotte de thoniers océaniques s'est établie en 2008 à 110.000 tonnes pour un chiffre d'affaires de 130millions d'euros. Ces bateaux embarquent 300 marins bretons. Cinq bateaux espagnols, dont deux actuellement dans l'Océan indien sont commandés par des marins concarnois. Les équipages bretons emploient des matelots sénégalais, ghanéens, ivoiriens, malgaches, seychellois...
Source: Institut de recherche pour le developpement (IRD), CFDT des marins et Fédération des industries d'aliments conservés (Fiac)
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