Aquaculture. Quatre réponses aux idées reçues
Le poisson sauvage se fait plus rare. Une chance pour le poisson d'élevage? Pourtant, il est accusé de tous les maux: il vide les mers, il pollue... «Des idées reçues», assurent les professionnels, avec cette fois l'appui des scientifiques.
«Il n'est pas question de remplacer la pêche par l'aquaculture», assure Marc Vandeputte, qui dirige les chercheurs de l'INRA. Le constat: la production de la pêche ne va pas augmenter. L'aquaculture est donc une solution pour répondre aux besoins des populations. «D'ici 2015-2020, plus de la moitié du poisson sera d'origine aquacole», souligne-t-il. En France, les produits de l'aquaculture n'ont pas bonne image. Les professionnels, c'est de bonne guerre, défendent leurs «bêtes», leurs bars, leurs truites ou leurs daurades. Quand les scientifiques peuvent, preuves et recherches à l'appui, démontrer qu'il y a des idées reçues, le débat prend une autre allure.
L'aquaculture pille-t-elle les mers?
On accuse le poisson d'élevage de vider les mers puisque qu'il mange des farines et huiles qui viennent des poissons sauvages de la pêche minotière. En France, les producteurs se sont orientés vers l'élevage d'espèces dites nobles: truite, daurades, bar, turbot, esturgeon, saumon, des poissons carnassiers. Pour produire 1 kilo de truite portion (de 200 à 250 grammes), 2,4 kilos de poisson sauvage sont nécessaires. Or, insiste Philippe Riera, le président du CIPA, (Comité interprofessionnel des produits de l'aquaculture), dans la mer, les poissons carnassiers consomment 5 à 10 kilos de poisson-proies... Les scientifiques de l'Inra et de l'Ifremer cherchent aussi à substituer partiellement les huiles et farines de poisson par des huiles végétales issues du soja, colza, de la luzerne... Comme cela on puise moins sur les ressources marines! A l'horizon 2020, l'objectif d'un kilo de truite produit pour un kilo de poisson sauvage devrait être atteint estiment les scientifiques.
L'aquaculture pollue-t-elle?
Azote, phosphates: il y a des rejets piscicoles, c'est une évidence. Les professionnels ne sont pas restés les deux pieds dans le même sabot et misent, disent-ils, sur le respect des normes et de la qualité de l'eau. Ils sont d'ailleurs sous haute surveillance. Les chercheurs les aident aussi en élaborant notamment des aliments à haute digestibilité qui font moins de rejets.
Le poisson d'élevage est-il moins bon?
«Au départ, quand on a commencé à produire, ce n'était pas faux», souligne un pisciculteur. C'est du passé. Les dégustations à l'aveugle montrent qu'il n'est toujours pas évident de faire la différence. «Au chapitre gustatif, nous n'avons pas à rougir!», assure Philippe Riera.
Il serait plus gras...
Et l'aspect nutritionnel dans tout ça? Le poisson d'élevage serait plus gras. «Il n'en est rien, assure une chercheuse de l'INRA. Pour la teneur en graisse, ce n'est pas la technique de production qui joue, c'est l'espèce! Le cabillaud est une espèce à chair très maigre. Le cabillaud d'élevage est tout aussi maigre!», affirme-t-elle. Le poisson sauvage serait plus riche en oméga 3? Les chercheurs assurent là encore, ce n'est pas fondé.
6 réactions
-
bertrand 29
correction erreur
dans mon texte j'indique que 85% du poisson est d'élevage, hors c'est le poisson d'importation. Ce que je voulais dire c'est qu'il faut plutot valoriser les espèces non ou peu vendues que les importations et l'élevage. Des tonnes de poisson et de coquillages partent à la poubelle alors que d'autres viennent par camions ou avions...c'est un non sens écologique.
merci de rectifier
Ajouté le 2 juillet 2009 Ã 09h19
-
bertrand 29
aquaculture, porcheries en mer
la concentration de population, qu'elle soit porcine, de volaille ou humaine a toujours été néfaste pour l'environnement. Après des décennies d'epandage sur terre avec les conséquences que l'on connait sur nos plages on s'apprête à faire de même en mer. Antibiotiques, déjections, surplus de nourriture en décomposition, tout cela dégrade notre environnement. Seul le poisson sauvage, prélevé en respectant les stocks est le garant de la qualité. Qualité du produit mais aussi de l'environnement. Quand on sait que 85% du poisson consommé en France est d'origine aquacole il y a de quoi s'inquiété. A terme c'est la mort des marins, des emplois qui vont avec et de tout un secteur porteur de valeurs et de tradition. L'aquaculture, avec la pêche minotière qu'elle engendre détruit les emplois à terre et en mer en ne privilégiant que quelques-uns. Les chiffres donnés par de nombreux scientifiques penchent pour le ratio de 1kg de poisson d'élevage pour 5kg de poisson sauvage...il faudrait préciser ici de quoi parle-t-on : de poids vifs, secs ? Dans tous les cas la grande pêche minotière est destructrice. Là où il faut 15jours à 5 marins pour ramener 10-15 tonnes de poissons commercialisables les grands chalutiers pêchent des centaines de tonnes de jeunes poissons n'ayant pas eu le temps de se reproduire...ou de servir de nourriture pour les plus grands. L'aquaculture à grande échelle est un leurre du développement économique. A terme c'est la mort de l'environnement, la mort de la pêche et la mort des secteurs économiques qui lui sont associés. Comme dans toute chose l'excés est nocif. Aquaculture, pêche, élevage terrestre oui, avec modération. L'important n'est pas le tonnage produit mais le nombre de familles que cela fait vivre.
Bertrand Grimault, marin pêcheur
Ajouté le 2 juillet 2009 Ã 09h15
-
arri...
La dérive et le laxisme
L'aquaculture "industrielle "est dévastatrice notamment en eau douce où les tonnes de nourriture se déversent dans les rivières et détruisent les fonds de façon irrévocable. Les élevages en mer font appel à la nourriture industrielle contenant des ingrédients bien peu souvent biologiques. Ce schéma correspond à l'agriculture intensive peu soucieuse des conséquences sur l'environnement. Ne serait-il pas louable de gérer plus intelligemment la pêche pour préserver les espèces et organiser la pêche sélective (des centaines de tonnes de poissons sont détruites régulièrement parce que la pêche racle les fonds sans vergogne). Piteuse gestion des ressources naturelles pour les pires excès en production industrielle: l'incohérence continue...
Ajouté le 5 juillet 2009 Ã 09h48
-
arri...
La dérive et le laxisme
L'aquaculture "industrielle "est dévastatrice notamment en eau douce où les tonnes de nourriture se déversent dans les rivières et détruisent les fonds de façon irrévocable. Les élevages en mer font appel à la nourriture industrielle contenant des ingrédients bien peu souvent biologiques. Ce schéma correspond à l'agriculture intensive peu soucieuse des conséquences sur l'environnement. Ne serait-il pas louable de gérer plus intelligemment la pêche pour préserver les espèces et organiser la pêche sélective (des centaines de tonnes de poissons sont détruites régulièrement parce que la pêche racle les fonds sans vergogne). Piteuse gestion des ressources naturelles pour les pires excès en production industrielle: l'incohérence continue...
Ajouté le 5 juillet 2009 Ã 09h48
-
JB2919
Non aux productions industrielles de tous les élevages
Bertrand Grimaud a raison, l'aquaculture produira les mêmes inconvénients que les porcheries industrielles ou les gros élevages de bovins. Revenons à des pratiques plus respectueuses de l'environnement avec une pêche et une agriculture raisonnées et surveillées.
Ajouté le 2 juillet 2009 Ã 14h58
-
jp.m...
Trop simple
Le problème est plus complexe que ça. Il n'est pas possible de le circonscrire en 4 questions-réponses.
Ajouté le 2 juillet 2009 Ã 09h35