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Analyse. Grand emprunt : fini la cacophonie

6 novembre 2009

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Nicolas Sarkozy a tranché: le montant du grand emprunt sera situé entre 25 et 50milliards d'euros, et pas davantage.

Il fallait, à l'évidence, siffler la fin du happening! Sur un sujet aussi sensible, la cacophonie sur le grand emprunt au sein de la majorité s'ajoutait à la fronde contre la taxe professionnelle conduite par Jean-Pierre Raffarin et le Sénat. Elle menaçait de virer au fiasco, voire au ridicule sur fond de fracture politique à mi-mandat. Penaud, Nicolas Sarkozy s'est donc résolu à intervenir bien avant la remise du rapport Juppé-Rocard, fin décembre. Et de trancher, tel Salomon dans la grisaille : le montant du grand emprunt se situera entre 25 et 50 milliards. Comprenez ni grand ni petit. Alors que François Fillon continue de militer pour une fourchette de 20 à 30 milliards, le chef de l'Etat s'efforce en vérité de ne pas désavouer les «modérés» emmenés par son Premier ministre et la technostructure de Bercy, qui plaide pour le minimum minimorum ; et il ne veut pas non plus humilier les partisans d'un «vrai» grand emprunt à 100 milliards, au premier rang desquels son conseiller spécial Henri Guaino, qui en est l'inspirateur, ainsi que la soixantaine de députés signataires d'une tribune qui a mis le feu aux poudres.

Un outil politique

Voilà le tableau. Sur le fond, le principe même d'un grand emprunt est un classique des temps de braise - Pinay, Ramadier, Giscard, Balladur- c'est un outil politique, avant que financier qui fait partie de l'Histoire de France comme son alter ego, la dette. Nicolas Sarkozy l'imagine comme un symbole de sa volonté de relance de l'investissement, dramatiquement défaillant dans le public comme dans le privé. L'emprunt Sarkozy est le contraire de la rigueur dont le chef de l'Etat disait au Congrès de Versailles qu'elle a toujours généré moins de croissance, plus d'impôts, de déficits et de dépenses. Mais l'emprunt public n'a de sens que s'il augmente la capacité de l'économie à croître plus vite. Il est dangereux s'il alourdit notre déficit structurel déjà record, dont plus des deux tiers tiennent à l'embauche, entre 1980 et 2006, de 900.000 nouveaux fonctionnaires dans l'Etat et les territoires.

Un vrai défi pour l'État

Consacrer l'argent à relancer des secteurs industriels et technologiques : la mission de Juppé et Rocard est de sélectionner, chiffrer, cantonner, évaluer le retour sur investissement. Le projet lui-même est un vrai défi pour l'Etat qui ne brille donc pas par sa rigueur de gestion et son efficacité ! De 20 ou 30 milliards, il faut savoir que l'emprunt national ne représentera qu'une part modeste de ce que la France emprunte à longueur d'année : 250 milliards sur les marchés rien qu'en 2009. Est-il financièrement indispensable ? On peut en discuter. Politiquement utile ? Le chef de l'Etat en est persuadé. Et, surtout, il ne peut plus reculer. Drôle de drame. [/A_LAURET-Q]

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