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Economie

Agriculture. Un plan de crise

28 octobre 2009 - 2 réactions

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Nicolas Sarkozy a détaillé hier son plan d'aide d'urgence à l'agriculture française qui s'appuie sur 650 millions d'euros d'aide et un milliard d'euros de prêts bonifiés.

Un mois et demi après avoir promis solennellement qu'il n'y aurait «plus de chèque à la FNSEA», Nicolas Sarkozy s'est lancé hier dans un plaidoyer pour l'agriculture française, un secteur confronté à une «crise exceptionnelle». En déplacement à Poligny, dans le Jura, le président de la République se serait presque posé en Saint-Bernard de l'agriculture française. Devant un parterre de responsables agricoles et d'agriculteurs, il a souligné que «la terre fait partie de l'identité nationale française», un thème volontairement choisi, à cinq mois des élections régionales. Il a surtout détaillé son plan d'urgence de 650 millions d'euros et d'un milliard de prêts bonifiés (à taux réduits). Le tout sous la vigilance de Bruxelles, qui a indiqué vouloir attendre de connaître le contenu du plan pour voir s'il respecte ou non les règles de saine concurrence au sein de l'UE.

Aides et prêts bonifiés.
Le président de la République a annoncé un milliard d'euros de prêts sur cinq ans accordés par les banques à un taux bonifié. Il a précisé que le taux d'intérêt réel des prêts serait réduit à «1,5%, voire 1% pour les jeunes agriculteurs». Objectif : assainir les trésoreries et relancer les investissements pour la prochaine campagne. Nicolas Sarkozy met également à disposition 650 millions de fonds d'urgence. Sur cette somme, 60 millions seront affectés au financement des prêts bonifiés annoncés plus haut. 200 autres millions seront consacrés à la prise en charge d'intérêts d'emprunt pour 2009-2010 et d'accompagnement des entreprises les plus en difficulté.

Allègements de charges.
Cinquante millions d'euros serviront à l'allègement des cotisations de la Mutualité sociale agricole (MSA) pour 2009-2010. L'allègement de la taxe sur sur le foncier non bâti, décidée au cas par cas, devrait également revenir à 50 millions d'euros. Restent 170 millions d'euros d'allègement de la taxe sur les produits pétroliers (TIPP) et les 120 millions d'euros de remboursement de la taxe carbone déjà annoncés. «Il n'est pas question que la France laisse tomber son agriculture. Je refuse que l'agriculture soit emportée par la crise», a scandé Nicolas Sarkozy, en affirmant que le plan serait engagé intégralement avant la fin 2009.

Plus de régulation.
S'agissant de la filière lait, Nicolas Sarkozy a également plaidé pour davantage de régulation. «Je veux une régulation rénovée de l'agriculture et de l'agroalimentaire en Europe et au plan international. Je veux refonder la politique agricole comme nous sommes en train de refonder le capitalisme financier. Je demanderai lors du Conseil européen du 30 octobre que la Commission européenne propose, dès le début de 2010, un renforcement effectif des outils de régulation des marchés laitiers», a-t-il plaidé.

Marges.
Le président de la République a également relevé que la crise révélait une «défaillance réelle dans la répartition de la valeur au sein des filières agricoles». Nicolas Sarkozy a ainsi jugé «inacceptable» l'écart entre la baisse des prix payés aux producteurs (-20% entre septembre 2008 et septembre 2009) et la baisse des prix à la consommation des produits alimentaires (-1%).

Regroupement de producteurs.
Nicolas Sarkozy a enfin prôné un «regroupement des producteurs» afin qu'ils puissent davantage peser face aux circuits de commercialisation.

«Le vrai plan doit être européen»

Il y avait le feu au lac, il fallait donc éteindre l'incendie. Ce sont des mesures qui devraient sauver de la faillite quelques dizaines de milliers d'agriculteurs. Mais le vrai plan, il est structurel, il est européen. Voulons-nous encore manger demain? Il va falloir convaincre les Européens que c'est important d'avoir des agriculteurs en Europe qui nourrissent des Européens. Ce n'est malheureusement pas l'idée des pays du Nord. Pourtant, le commerce international au XXIesiècle est aléatoire car on va aller de crise en crise. Pourquoi une crise aujourd'hui en Europe? Parce qu'il y a une juxtaposition de trois échelles que le producteur seul ne peut pas supporter. Ainsi, on souhaite aligner les prix d'achat de notre blé, notre lait ou notre viande de porc sur les prix mondiaux, c'est-à-dire sur un tout petit nombre de moins-disants de la planète. Or, on est dans un marché complètement faussé par le fait que les prix sont mondiaux, les règles environnementales sont européennes et que les règles salariales sont nationales. C'est notre droit mais à condition de nous payer la différence. Cette différence a un nom: la politique agricole commune. On constate que la majorité des gouvernements européens et probablement des opinions publiques considèrent que l'agriculture n'est pas un problème. Je pense qu'ils ont tort. Si on ne fait rien, il y aura des faillites en masse. La perte de l'agriculture est très difficilement réversible. Qui peut croire qu'une fois que les éleveurs auront envoyé leurs vaches à l'abattoir, d'autres qui n'y connaissent rien viendront facilement reconstituer de nouveaux troupeaux? Rien ne prouve que le lait coulera à flot durablement sur la planète car de graves pénuries sont dorénavant probables. L'Australie par exemple qui subit de graves sécheresses n'est plus le grand pays agricole qu'il était. La solution de fond, c'est de retrouver une politique agricole commune. Il faudra trouver les outils les mieux adaptés. Dans ce monde incertain, nous avons un besoin de plus d'Europe, pas de moins. L'agriculture nous coûte cher? Essayons donc les pénuries alimentaires si on pense que c'est meilleur marché.
  • Propos recueillis par Frédérique Le Gall

APLI : «Un geste fort»

Le président de l'Association des producteurs de lait indépendants (APLI), Pascal Massol, qui a co-organisé un large mouvement de protestation contre l'effondrement du prix du lait, a estimé que Nicolas Sarkozy avait fait un «geste fort», tout en estimant qu'il faudrait maintenant étudier les mesures «au cas par cas».

La Coordination rurale sceptique

Prenant acte du «discours volontariste» de Nicolas Sarkozy, la Coordination rurale s'est déclarée «sceptique» sur les «moyens qu'il envisageait de prendre pour appliquerson plan». «On a noté avec satisfaction sa volonté de voir l'Etat, moderniser et légitimer les interprofessions», ce qui répond à nos critiques réitérées», a souligné François Lucas, président de la Coordination.

FNSEA : «Dans le bon sens»

Le président de la FNSEA, Jean-Michel Lemétayer, a estimé hier que le plan d'urgence allait «dans le bon sens», maisqu'il ne pouvait remplacer une réelle politique de soutien des prix. «Ce plan va dans le bon sens, mais jamais un plan, aussi important soit-il, ne remplacera une politique des prix pour assurer un bon revenu à nos paysans», a-t-il précisé. Sur la question des charges patronales, il a rappelé que les agriculteurs espéraient un effort plus important.
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«Je refuse que l'agriculture soit emportée par la crise»

  • Nicolas Sarkozy

2 réactions

  • a.le...
    De la poudre (de lait) aux yeux!
    "1milliard d'euros de prêts sur cinq ans accordés par les banques ." Donc le plan de l'état ne fait plus que 650 millions... parce que les prêts y apas besoin de Sarkozi pour les demander. Reste a savoir si les banquiers vont preter a ceux qui sont déjà en rouge ecarlate... et dans ce cas si cela sert a qualque chose d'autre qu'a creuser le trou. Je rapelle que "la fourniture de moyen ruineux pour poursuivre une exploitation deficitaire " conduit a la complicité de banqueroute. "On constate que la majorité des gouvernements européens et probablement des opinions publiques considèrent que l'agriculture n'est pas un problème." Les agriculteurs qui ne sont pas encore en faillite potentielle partage cette analyse, alors pourquoi voudriez vous qu'ils se ruinent pour continuer a travailler a perte. Pour beaucoup, l'heure de vérité est proche: faut il arreter? Et si non dans quelles conditions continuer.? Aujourd'hui je vois nombre de mes collegues qui arrete avant la catastrophe , et je me pose serieusement la question egalement de poursuivre ou d'arreter. Ce n'est pas le plan Sarko qui est de nature a modifier ma perception de la situation. Il s'agit d'un platre sur une jambe de bois.
    Ajouté le 28 octobre 2009 à 08h36
  • dan
    mystère
    d'où viennent ces millions??? 2,5 milliards pour les restaurateurs! 1,6 milliard pour les paysans le paquet fiscal le bouclier fiscal les niches fiscales la taxe professionnelle ..... MAIS le forfait hospitalier les allocs accident du travail la taxe carbone les impôts locaux les salaires en berne ...... ils appellent ça: LA JUSTICE FISCALE.....
    Ajouté le 28 octobre 2009 à 09h40
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