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Vendée Globe Sainte-Hélène et les garçons ! (Le 30/11/2008)

30 décembre 2008 à 15h54

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A l'est, au centre, au sud ? Hier, les neuf garçons du groupe de tête ont attaqué le piège du week-end, l'anticyclone de Sainte-Hélène. Le premier à en sortir aujourd'hui va cavaler vers le cap de Bonne Espérance.

Dans quelques années, Yann Eliès pourra s'en vanter. Le dire haut et fort : « En 2008, j'étais en tête du Vendée Globe au 20 e jour de mer ». Certes, ça n'a duré que le temps d'un pointage, celui de 11 h hier, mais le skipper de « Generali » a goûté au moins une fois aux joies du leadership. Dans cette course plus internationale que jamais, le Costarmoricain était suivi par un Nord-Finistérien, Armel Le Cléac'h. Eh oui, hier matin, il y avait deux Bretons purs beurre en tête du Vendée Globe.
Les élèves de la « Vallée des fous »
Qui plus est des bizuths, à la barre de deux plans Finot. Qui l'eut crû ? On en connaît au moins deux qui, du côté de Port-la-Forêt, ont dû se régaler en regardant ce classement-là : il s'agit de Christian Le Pape et Loïc Ponceau du Pôle France « Finistère Course au Large ». Dans la « Vallée des fous », c'est sous leur houlette que les Eliès, Le Cléac'h, Josse et autres Jourdain, Le Cam et Riou ont répété leurs gammes. Tous en Figaro pour commencer. En 60 pieds par la suite. Après plus de 5.000 milles avalés, les écarts restent très faibles entre ces marins qui se côtoient toute l'année sur les pontons. D'ailleurs, comment peut-il en être autrement avec des bateaux aux performances très proches, avec des conditions météos qui, ces huit derniers jours, n'ont pas favorisé les grandes options et surtout des solitaires très à l'aise dans la régate au contact.
« Le classement ne veut rien dire »
A la vacation d'hier, il suffisait d'écouter le skipper de « Brit Air » pour comprendre à quel point il était dans le match, concentré sur sa stratégie, prêt à sauter sur la moindre opportunité. « Avec l'anticyclone devant nous, ce classement ne veut pas dire grand-chose. L'important, c'est de négocier au mieux la rotation du vent ces prochaines heures. Pour le classement, on fera le bilan lundi. Là, ce sera beaucoup plus significatif ». Il avait raison puisque cinq heures plus tard, ce classement avait encore changé : Josse était repassé en tête et Le Cléac'h pointait en 5 e position à 12,5 milles du leader. Puis, re-yoyo hier soir avec Peyron revenu en 2 e position derrière Josse. Décalé dans l'est avec Yann Eliès (3 e ), Jean Le Cam (4 e ) avait du mal à se remettre de sa dernière nuit en mer. Une nuit difficile en raison d'une mer défoncée : « Une mer houlala... ».
« Une semaine de bourrinage »
Du près dans une mer formée, Le Cam appelle ça une navigation « bourrin de chez bourrin. C'était une semaine de bourrinage ». Son copain Roland Jourdain a, lui aussi, pris une dernière baston dans la nuit de vendredi à samedi. Le skipper de « Veolia » s'attendait à vivre des heures difficiles dans les calmes de l'anticyclone de Sainte-Hélène. « Une fois qu'on aura passé l'obstacle, ce sera comme un nouveau départ. Oui, dans le Sud, la régate va changer de ton ». Aujourd'hui, le groupe de tête va surtout changer de décor et d'ambiance. Après une semaine de près humide, les solitaires vont retrouver des vents portants de 25-30 noeuds. A eux, les longues glissades rapides vers la porte de sécurité située dans le sud-ouest du cap de Bonne Espérance. « On sera alors dans le vif du sujet », expliquait Vincent Riou dont le programme de la journée s'annonçait chargé avec « un grand ménage à bord de "PRB" ». Armel Le Cléac'h avait prévu d'inspecter son mât une dernière fois avant d'attaquer les 40 e s Rugissants. Auparavant, Hélène, du nom de l'anticyclone éponyme, va se charger de libérer neuf garçons. Reste à savoir dans quel ordre ?

  • P. E. le 30/11/2008

Pointage hier à 20 h

1. Sébastien Josse (BT) à 19.430 milles de l'arrivée; 2. L. Peyron (Gitana Eighty) à 9,7 milles du premier; 3. Y. Eliès (Generali) à 12,1 m; 4. Le Cam (VM Matériaux) à 15,2 m; 5. A. Le Cléac'h (Brit Air) à 38,5 m; 6. R. Jourdain (Veolia Environnement) à 47,1 m; 7. V. Riou (PRB) à 47,6 m; 8. J.-P. Dick (Paprec-Virbac 2) à 51,4 m; 9. M. Golding (Ecover) à 55,9 m; 10. M. Guillemot (Safran) à 119,6 m; 11. B. Thompson (Bahrain Team Pindar) à 169,5 m; 12. D. Wavre (Temenos II) à 184,7 m; 13. S. Davies (Roxy) à 196,6 m; 14. M. Desjoyeaux (Foncia) à 262,4 m; 15. D. Caffari (Aviva) à 341,2 m; 16. A. Boissières (Akéna Vérandas) à 418,5 m; 17. S. White (Toe in the Water) à 563,3 m; 18. J. Malbon (Artemis) à 648 m; 19. U. Basurko (Pakea Bizkaia) à 736,3 m; 20. B. Stamm (Cheminées Poujoulat) à 745,5 m; 21. R. Wilson (Great American III) à 749,3 m; 22. R. Dinelli (Fondation Océan Vital) à 841 m; 23. N. Sedlacek (Nauticsport-Kapsch) à 1.256 m; 24. D. Hatfield (Algimouss Spirit of Canada) à 1.447,4 m; 25. J.-B. Dejeanty (Maisonneuve) à 1.476,4 m. Abandons : Kito de Pavant (Groupe Bel); Marc Thiercelin (DCNS), Yannick Bestaven (Aquarelle.com), Alex Thomson (Hugo Boss), Jérémie Beyou (Delta Dore).

Problème de drisse de grand-voile, Dinelli vers Trinidad

Raphaël Dinelli a découvert hier que le surgainage de sa drisse de grand-voile s'est désolidarisé de la drisse ce qui l'empêche de hisser ou d'affaler. Le skipper de « Fondation Océan Vital » faisait route vers l'Île de Trinidad distante de 130 milles afin de mouiller et pouvoir réparer en toute sécurité.

Les solitaires et le stress. Pas de vague à l'âme à bord

Au large, les solitaires sont soumis à de nombreux facteurs de stress. Avant de prendre le large, certains ont travaillé avec un préparateur mental. Pour naviguer plus zen.

Le bruit permanent d'un 60 pieds qui tape au près dans une mer formée (c'est le cas depuis une semaine), un corps sans cesse secoué, un mal de mer tenace, la casse d'une pièce importante, l'éloignement avec les proches, une dégringolade au classement ou encore certaines zones de navigation à risques comme les rails des cargos, les icebergs dans les mers du sud : en mer, les facteurs de stress sont nombreux.
« La tête joue avant les muscles »
Si certains solitaires, sans travailler spécifiquement sur ce point, arrivent à gérer seuls ces montées d'adrénaline, d'autres éprouvent le besoin de les canaliser et n'ont pas hésité à faire appel à un préparateur mental comme Gilles Monier. Ce dernier, professeur de sport à l'Ecole Nationale de Voile et des sports nautiques de Quiberon, possède une solide expérience de la mer : séries olympiques, Coupe de l'America et course au large. Détail qui a son importance, Monier est aussi un marin : il possède son propre bateau et navigue souvent en solo. Jean-Pierre Dick a fait appel à ses services afin d'éviter de se mettre psychologiquement dans le rouge : « Car le stress, c'est la non-capacité à gérer le futur », dit-il. Dans un sport mécanique où la machine demande beaucoup, physiquement parlant, plusieurs marins avaient tendance à se focaliser sur la préparation physique. « Mais c'est vraiment la tête qui joue avant les muscles », assène Roland Jourdain.
Le bon et le mauvais stress
Une tête soumise à rude épreuve pendant trois mois. « Le stress peut déconcentrer, rendre moins lucide, affecter les décisions, voire faire perdre de l'énergie. Il existe un rapport entre l'émotion et les performances », ajoute le spécialiste. Un classement catastrophique au dernier pointage et c'est le moral qui plonge sous la quille. Autant de moments difficiles que le marin doit gérer seul. « Paradoxalement, être en tête n'est pas toujours une bonne chose car cela peut aussi générer de l'anxiété », explique Gilles Monier. Le stress serait-il omniprésent à bord ? « Disons qu'il y a le stress positif, celui qui est mobilisateur, et le stress négatif qui parasite les comportements efficaces », ajoute Monier.
Aider à la prise de décision
Pour aider les skippers, le préparateur mental a développé des outils : « Le but est de leur apprendre à mesurer la prise de risques, à réduire les incertitudes et à les aider à la prise de décision ». A en croire Yann Eliès, ce travail paie sur le long terme. « J'avoue mieux me connaître aujourd'hui : je sais comment réagir dans telle ou telle situation ». Au départ de la dernière Transat anglaise, le skipper de « Generali » avait vu sa fréquence cardiaque monter à 198. « Cela était dû essentiellement au stress et à rien d'autre ». Hier, on aurait aimé connaître sa fréquence cardiaque lorsque le Costarmoricain a vu, au pointage de 11 h, qu'il était en tête...

  • Philippe Eliès

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