30 décembre 2008 à 15h54
La météo va se dégrader dans les prochaines heures et les solitaires du Vendée Globe ne seront pas à la fête le jour de Noël. Il n'y aura pas de trêve dans la régate menée par Michel Desjoyeaux.
Avec 446,6 milles parcourus en 24 heures (18,4 noeuds de moyenne), Armel Le Cléac'h a effectué son plus joli vol depuis le départ de son tour du monde. Tout comme son voisin de palier, Vincent Riou qui a également accéléré (416,7 milles), il a réussi un joli rapproché sur la tête de flotte. « Cela fait du bien de recoller ceux qui sont devant. Je me suis donné une journée de retard au Cap Horn. L'objectif était de revenir dans le même système météo que les premiers ». Dans un flux puissant de portant sur leur voie nord, ces deux compères sont revenus comme des avions sur les premiers aux prises avec des vents plutôt mous. Mais en raison de l'état de la mer croisée et vicieuse à l'approche du plateau continental du Sud de la Nouvelle-Zélande, ces chasseurs étaient vigilants et prudents. « Il y a encore 35 à 40 noeuds et surtout, la mer est croisée et méchante. Dans la nuit noire, c'est un peu stressant », précisait le skipper de « Brit Air » dans une vacation spéciale hier après-midi. Vincent Riou avait également calmé le jeu : « J'ai levé le pied car la mer n'est pas belle. J'ai 28 noeuds de vent avec une mer chaotique », confiait le skipper de « PRB ».
Les cadeaux avant l'heure
Dans les heures à venir, ces marins ne seront pas à la fête car une nouvelle dépression est annoncée pour le 25 décembre : « Je ne sais pas qui a commandé une dépression pour le jour de Noël mais ce n'est pas ce que je souhaitais comme cadeau », plaisantait Armel Le Cléac'h qui attache de l'importance à cette fête. « Ce sera mon premier Noël en mer. Le 24 au soir, je vais profiter de l'accalmie pour ouvrir mon sac de nourriture. J'ai aperçu quelques petits paquets. Bien sûr, il y aura des contacts avec la famille avec une petite visio-conférence... » Si les proches, les amis ont préparé des petits cadeaux et un menu spécial Noël, les solitaires seront sur le qui-vive. Ils ont tout de même prévu de sacrifier à la tradition. Samantha Davies avait préféré prendre de l'avance et attaquer dès hier le gâteau très anglais confectionné par sa maman. Sébastien Josse, en pleine forme à la vacation, prévoyait lui aussi d'anticiper ces festivités. « J'ai commencé à décorer le bateau. La dépression qui arrive demain, c'est 40 noeuds de sud-ouest avec des rafales à 50. Comme ce n'est pas facile d'ouvrir les cadeaux par 40 noeuds de vent et que je suis impatient, je vais le faire avant le 25 », précisait le skipper de « BT » qui avait aussi repris des milles au leader.
Réveillon agité
Côté météorologique, il n'y aura pas de trêve de Noël. Les conditions vont se dégrader dans les prochaines heures et le réveillon risque d'être agité. Ce sont plutôt les embûches de Noël dans le Grand Sud qui guettent tous les solitaires. Michel Desjoyeaux, le marin aux semelles de vent, mène toujours le bal. Hier matin, le skipper de « Foncia » et son dauphin Roland Jourdain ont été ralentis dans des vents faibles au sud-est de la Nouvelle-Zélande, avant de relancer leurs 60 pieds en cours de journée. Dans les prochaines heures, la donne va changer avec une dépression orageuse assez musclée à l'avant de la flotte. Les deux premiers devraient se retrouver au près à l'approche de la prochaine porte. Ce qui pourrait favoriser une compression des positions pour les six premiers. Entre ces marins qui livrent une superbe régate autour du monde, même à Noël ce n'est pas l'heure de se faire des cadeaux.
Pendant qu'Armel, son mari, dispute son premier Vendée Globe, Aurélie Le Cléac'h a trouvé son rythme. A terre, aussi la vie continue.
Cela fait déjà plus d'un mois et demi qu'ils sont en mer et il en reste autant. Ils, ce sont les skippers du Vendée Globe. Pendant ce temps-là, à terre, les familles des marins doivent s'organiser. L'épouse d'Armel Le Cléac'h, elle, essaie de ne pas dépendre des pointages et elle s'étonne d'y arriver.
Le temps passe vite
Entre sa fille Louise et son travail -elle est chef du projet « Brit Air »-, le temps passe vite. « On est déjà à plus d'un mois et demi de course. Même si ce n'est pas facile tous les jours, je suis assez sereine ». Et quand elle sent le stress arriver, Aurélie sait où trouver du réconfort : le centre d'entraînement de Port-la-Forêt. Christian Le Pape et Loïc Ponceau y ont créé un point d'ancrage. Une salle où chacun peut venir écouter les vacations. « C'est ma deuxième famille. Ils reçoivent des messages des coureurs que nous n'avons pas. Il y a du passage et c'est rassurant. J'y viens même travailler ». La semaine passée au centre d'entraînement, le Père Noël est venu par la mer, envoyé du grand Sud par les papas qui ne seront pas présents pour cette fête si familiale ? Enfants et femmes de marins ont pu échanger leurs sentiments et leurs angoisses.
Armel avait fait ses courses avant de partir
Ces fameuses fêtes de Noël viennent rappeler qu'il manque quelqu'un à l'appel. « Je sais qu'Armel a fait des cadeaux avant de partir et qu'il les a cachés. Nous aussi, nous lui en avons mis dans le bateau. Sa nourriture est organisée par semaine et s'il ne se trompe pas, il devrait découvrir ça le jour j. Ça n'a pas été facile. Il a fallu lui trouver quelque chose qui lui plaise, d'utile, peu encombrant, pas trop lourd et qu'il a fallu acheter en août ! ». Même si elle est un peu jeune -Louise a un an et demi-, avant de partir, Armel a donné à sa fille un globe terrestre où elle peut suivre la progression de son père grâce à des animaux qui s'illuminent à l'endroit où le 60 pieds « Brit Air » passe. « A son âge, je peux échanger avec elle. Je me sens moins seule ».
Un pied en mer l'autre à terre
La technologie a fait beaucoup de progrès depuis quelques années. Aujourd'hui, grâce aux satellites, à internet, il est possible de garder le contact avec les solitaires à l'autre bout du monde. « Je ne lui cache rien. Quand quelque chose ne va pas, je le lui dis aussi. Mais on ne s'appelle pas beaucoup. Au simple son de sa voix, je sais si ça va ou pas et ça me suffit ». Dans un coin de sa tête, Aurélie garde certainement une petite appréhension, la casse peut surgir à tout moment et sur n'importe quel bateau. L'accident récent de Yann Eliès vient de le rappeler. Cependant, la Morlaisienne, qui habite désormais entre Bénodet et la Forêt-Fouesnant, reste optimiste. « Jusque-là, il n'y a pas eu de soucis à bord. C'est vrai qu'on a beaucoup travaillé et que c'est la course que l'on a le mieux préparée. Et puis, je compte sur notre bonne étoile commune ». Le souhait d'Aurélie pour la prochaine année : qu'elle démarre aussi bien que 2008 ne finit...
