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Vendée Globe. La régate bat son plein (14/11/08)

30 décembre 2008 à 15h54

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Alors qu'Alex Thomson, la mort dans l'âme a annoncé son abandon, la régate bat son plein sur l'Atlantique et c'est Loïck Peyron qui menait hier la danse devant Jean-Pierre Dick.

La bataille tactique avec des empannages n'a pas bouleversé la hiérarchie mais s'est intensifiée au passage de Madère et va redoubler à l'approche des Canaries. Pour l'heure, un triumvirat a émergé avec un chassé-croisé en tête. Loïck Peyron (« Gitana Eighty ») avait relayé Sébastien Josse (« BT ») comme premier de cordée. Deux générations, un même talent et la science innée de la régate. Un peu plus décalé dans l'ouest, Jean-Pierre Dick (« Paprec Virbac 2 ») la joue aussi assez collé-serré avec ce duo. A la barre de son plan Farr quasi sister- ship de « Gitana », le « grand blond », qui a rigoureusement préparé son second Vendée, ne lâche rien. Derrière ce trio, Jean Le Cam toujours positionné à l'est maintenait une cadence soutenue.
Le Cam peu bavard
Le « roi Jean », qui régale souvent la galerie à la vacation, sait aussi manier la langue de bois et il se montrait assez discret sur les conditions rencontrées. Il bénéficiait de vents plus soutenus que ses rivaux et s'appliquait à les exploiter au maximum. Connaissant le régatier aussi rusé qu'acharné, on l'imaginait à l'ouvrage à la barre, à l'écoute de spi. Cela se traduisait au niveau des chiffres puisque « VM Matériaux » était flashé à 19 noeuds de moyenne sur quatre heures. Juste un cran au-dessous, Yann Eliès avait tenu 18 noeuds entre deux flots avec son « Generali ». Le Costarmoricain pas pleinement satisfait de sa copie ces derniers jours mettait « du charbon pour tenter de recoller au peloton de tête ».
L'aiguillage de Madère
Dans un alizé plus soutenu, les concurrents commencent à affoler les compteurs et glissent à vive allure. Mais la vitesse n'est pas l'unique préoccupation des solitaires. Ils doivent aussi se projeter dans le temps et passer du temps à décrypter les fichiers météo pour définir leur stratégie. Madère a marqué une première séparation de trafic et les uns et les autres ont anticipé différemment cet aiguillage délicat. D'ici 48 heures, on en saura plus sur la pertinence des choix.
La sagesse de Riou
A l'ouest, les sages comme Vincent Riou (« PRB »), Dick mais aussi Armel Le Cléac'h (« Brit Air ») ont préféré éviter les risques de dévents de l'archipel portugais, qui culmine à 1.800 m. Ils ont accepté de concéder un peu de terrain en espérant en récupérer à court terme grâce à un bon positionnement pour l'entrée dans le Pot au Noir. A l'est, les opportunistes qui ont profité de plus de pression ces dernières heures espéraient continuer à passer à la caisse. Dans le sillage de Jean Le Cam, le franc-tireur qui a misé sur une rotation du vent à l'est est revenu en troisième position, Marc Guillemot (« Safran ») et Dee Caffari (« Aviva ») avaient également choisi de passer sous le vent de Madère. Quand on dit que ce Vendée Globe a des airs de régate.

  • Gilbert Dréan

Le pointage à 16h.

Loïck Peyron (Gitana Eighty), leader du Vendée Globe, était talonné cet après-midi par son compatriote Jean Le Cam (VM-Matériaux).

Les cinq premiers :
1. Loïck Peyron (FRA/Gitana Eighty) à 22.222,8 milles de l'arrivée
2. Jean Le Cam (FRA/VM-Matériaux) à 24,3 du premier
3. Sébastien Josse (FRA/BT) 28,3
4. Jean-Pierre Dick (FRA/Paprec-Virbac) 31,3
5. Yann Eliés (FRA/Generali) 47,7

Echos du large

ALEX THOMSON JETTE L'ÉPONGE.
Alex Thomson (« Hugo Boss », photo Olivier Blanchet) ne repartira pas. L'ampleur des travaux ne permettait pas à son équipe de remettre le bateau en état d'affronter les mers du sud dans les temps. Une collision avec un objet flottant entre deux eaux est l'hypothèse avancée pour expliquer cette voie d'eau à bâbord. La scoumoune a poursuivi le navigateur anglais qui avait préparé ce Vendée depuis quatre ans. « Je suis dégoûté, absolument dégoûté. Avoir tant investi ces quatre dernières années, avoir tant bataillé pour arriver à ce résultat, c'est trop injuste... C'est un jeu cruel, mais il ne faut pas oublier que les épreuves vous rendent plus fort pour la fois d'après », a confié Thomson, qui reviendra certainement.

BERNARD STAMM EN PISTE.
Bernard Stamm et son « Cheminées Poujoulat » sont à nouveau en course. Après des travaux titanesques réalisés par son équipe, le Suisse a coupé la ligne jeudi à 4 h 25 et engagé une course-poursuite « J'ai accumulé trois jours de retard et je repars dans un anticyclone ce qui n'est pas génial mais la route est longue ». Hier à 11 h, il accusait 957 milles de retard sur le premier et le petit temps annoncé dans le Golfe ne va pas servir sa cause. C'est le régime de la double peine.

MICHEL DESJOYEAUX ET LA MÉTÉO. Le scénario météo présent et à venir n'est pas non plus franchement favorable à Michel Desjoyeaux, qui a multiplié les empannages dans la nuit de merdredi à jeudi mais pas affolé les compteurs. Hier, la brise de nord n'était que de 10 noeuds au large du Portugal et le skipper de « Foncia » devra patienter jusqu'à ce matin pour qu'elle tourne au nord-est. Du coup, il devrait encore concéder du terrain au groupe de tête. Son retard sur le leader, qui était de 527 milles hier à 11 h, était passé à 563 milles à 16 h et risquait de s'accroître.

LES CHAUSSETTES DE SAMANTHA. Parce que Peter Blake était son héros, Samantha Davies est partie avec trois paires de chaussettes fétiches de couleur rouge comme celle du marin néo-zélandais et son équipage lorsqu'ils ont remporté la Coupe de l'America. Mais les chaussettes porte-bonheur avaient mariné dans leur jus depuis dimanche. Hier, la navigatrice anglaise, qui n'avait pas quitté les bottes et le ciré les 48 premières heures, a profité des conditions plus clémentes pour faire un peu de lessive à bord de « Roxy ». « Comme je n'ai que trois paires de chaussettes rouges avec moi, je dois en prendre le plus grand soin car je suis certaine que j'aurai à nouveau besoin de chance très bientôt ».

Arnaud Boissières. Déjà une victoire

Arnaud Boissières, 36 ans, a peut-être une vision un peu différente des autres skippers de ce 6 e Vendée Globe. Victime d'une leucémie il y a 19 ans, l'Arcachonnais a déjà remporté une victoire en s'alignant dans ce tour du monde.

Il y a 19 ans, Arnaud Boissières, atteint d'une leucémie, était venu avec son père sur le ponton de Port-Olona. Voir « ces furieux » qui partaient, seuls, affronter les mers du globe sur leurs bateaux. C'était le départ de la première édition du Vendée Globe. « J'étais fasciné. C'était très impressionnant de voir ces hommes que je prenais pour des héros et ces bateaux avec leurs grands mâts. C'est aussi là que je me suis dit qu'un jour j'aimerai en être, explique celui que l'on surnomme Cali (pour Caliméro). Ça m'a aidé dans la lutte contre ma maladie. J'ai pu sortir de ma chambre par l'imagination en suivant leur histoire. Et aujourd'hui, je vais le vivre », lançait-il avant de quitter les Sables-d'Olonne pour son premier tour du monde encouragé par Christine Janin (1)...
« Je suis quelqu'un de normal »
En effet, près de 20 ans après, l'Arcachonais se retrouve de l'autre côté de la barrière. Une belle première victoire. « C'est bizarre et magique. Il y a plein de gens qui passent et qui me demandent des autographes mais je ne suis pas une star. Je suis quelqu'un de normal ». Toujours souriant, d'une simplicité étonnante et d'une grande humilité, Arnaud Boissières est un skipper attachant. Sur les pontons, il faisait partie des chouchous du public.
Un exemple
Cet ancien du circuit Mini, passé par la case Figaro, a acquis il y a deux ans l'ancien plan Finot-Conq, sorti en 1998, mené il y a quatre ans dans le Vendée Globe par Sébastien Josse, qui avait terminé cinquième. Après quelques retouches, façon Boissières : « On n'était pas vraiment parti pour alléger le bateau mais au fur et à mesure des changements effectués, "Akena Vérandas" a maigri pour être dans les clous ». Certes, il n'a pas le bateau le plus performant de la flotte. Mais il se battra jusqu'au dernier bord. Et en ce début de course, le Sablais d'adoption -son bateau est basé aux Sables-d'Olonne- se débrouille fort bien. Quatorzième, il est un des rares solitaires, avec Jean Le Cam et Marc Guillemot, à être passé à bâbord de Madère, hier. Le jeune homme, au regard d'un bleu intense, peut savourer le bonheur d'être en mer. Mais le compétiteur qu'il est va donner le meilleur. Pour l'exemple et pour insuffler à d'autres l'espoir de vie qui l'a porté. (1) Christine Janin a créé une association « A Chacun son Everest » qui encourage les enfants atteints de cancer ou de leucémie grâce à la pratique de l'escalade et d'autres activités de montagne.

  • Aline Merret

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