30 décembre 2008 à 15h54
L'entrée en matière est musclée, ça cogne dans le Golfe de Gascogne et les solitaires font le dos rond pour ne pas casser. Dans ces conditions sélectives, Marc Guillemot menait la flotte relayé par Loïck Peyron tandis que le jeu de massacre sévissait en soirée.
Ils s'y étaient psychologiquement préparés mais l'entrée en matière a été conforme aux prévisions. Le Golfe de Gascogne, à la réputation sulfureuse, leur a réservé une colère que les marins-pêcheurs, qui le fréquentent régulièrement, connaissent bien. Les premiers contacts radios avec les solitaires, cueillis à froid par le mauvais temps, étaient explicites. « C'est la guerre... Le vent monte à 40 noeuds. La mer commence à être formée, ça casse bien, le bateau fait des bonds. J'ai fait toutes mes réductions de voilure. Ce matin, je navigue sous trois ris et Orc. Pas de soucis à bord. J'ai réussi à dormir un peu, je n'ai pas beaucoup mangé. Dans les réglages, je fais gaffe au bateau et à moi. C'est important de ne rien casser », confiait Jérémie Beyou à bord de « Delta Dore ».
Le joli coup de Guillemot
Au près, dans 35 à 40 noeuds et une mer casse-bateaux, les marins et leurs machines n'étaient pas à la fête. En fin de journée, la situation devait encore se dégrader. Dans ces conditions extrêmes, l'objectif était de faire le dos rond et de sortir de ce premier piège sans casser. La machine à essorer du Golfe tournait à plein régime. Le bonheur n'était pas dans le près si ce n'est peut-être pour Marc Guillemot qui s'était installé en tête dimanche en fin d'après-midi avec son « Safran », impressionnant d'aisance. A la faveur de deux petits contrebords astucieux la première nuit, le Trinitain s'était décalé dans le Sud alors que la majorité de la flotte progressait dans l'ouest. Il avait creusé un petit trou. Un joli coup tactique d'ailleurs salué par Loïck Peyron en deuxième position à une dizaine de milles. Mais le Baulois, plus à l'ouest, prenait la tête dans la soirée devant Sébastien Josse et Roland Jourdain, parfaitement entrés dans le match.
Rude baptême
Marc Guillemot, bizuth du Vendée, n'avait guère le temps de savourer cette stratégie fine, travaillée avec Sylvain Mondon les jours derniers. Son baptême du Vendée était rude : « C'est mouvementé, ça mouille, ça cogne ce n'est pas facile de se reposer. Il y a eu une succession de manoeuvres dans la nuit. Tout va bien à bord si ce n'est qu'il y a un peu de fatigue et qu'il faut le temps de s'amariner. L'estomac n'est pas au mieux... En ce moment, c'est vraiment violent. Le bateau et le bonhomme souffrent mais c'est pour tout le monde pareil », confiait-il d'une voix saccadée compte tenu de la violence des chocs encaissés par « Safran ». Le pire était à venir pour la fin d'après-midi avec des rafales à 55 noeuds annoncées sur la flotte et des creux de sept mètres en prime. « Un joli front froid de novembre ! », selon Vincent Mondon qui éclaircissait les rangs dans la soirée. Pour ceux qui sortiront sans dommage de ce piège, la suite est plus engageante. Tout l'art était de gérer dans un bon timing la bascule au nord-ouest annoncée et de virer pour ouvrir progressivement les voiles et filer vers le Cap Finisterre. Mais avant cela, la nuit passée s'annonçait comme celle de tous les dangers.
Jean-Baptiste Dejeanty (« Groupe Maisonneuve ») et le Canadien Derek Hatfiled (« Algimouss Spirit of Canada ») ont annoncé, hier, qu'ils faisaient route vers les Sables-d'Olonne.
Le premier a endommagé un panneau constitutif du pont du bateau. Néanmoins, cette avarie n'affecte pas la structure profonde du bateau. Le temps de réparation estimé par le benjamin de la course est de deux ou trois jours. Le second, Hatfiled, connaît lui des soucis électriques. Il était à 231 milles des Sables-d'Olonne quand il a fait demi-tour. Le skipper de « Algimouss Spirit of Canad » devrait rallier la Vendée aujourd'hui dans la soirée. Voie d'eau sur « Hugo Boss » Alex Thomson a indiqué hier soir à la direction de course que suite à un problème structurel dans la coque, « Hugo Boss » souffrait d'une voie d'eau. Alex Thomson a aussitôt actionné les pompes du bateau et fait demi-tour : cap sur les Sables-d'Olonne à vitesse réduite (7 noeuds). A 22 h, le Britannique était à 290 milles de Port-Olona.
Michel Desjoyeaux (Foncia) est reparti ce matin à la
marée de 05h00 pour sa course lointaine autour du monde en solitaire, le Vendée Globe.
Lorsque Foncia a été amarré au ponton, l'ensemble des équipes intervenantes et les pièces nécessaires à l'intervention sur les travaux à faire se sont mis en chantier. Un peu à l'instar d'une asssitance de rallye automobile. Pour tous, il fallait absolument repartir durant la marée. La décision s'imposait.
Michel Desjoyeaux a délégué. Il s'est sustenté, il a été massé par son kinésithérapeuthe et a dormi, enfin. Le professeur a été réveillé, est revenu sur son bateau au dernier moment, celui où il a pu suivre personnellement les derniers travaux. La concentration des gens de Foncia confinait à une grande tension. Ce fut un grand moment, selon une des personnes présentes.
A 05h40, le bateau a quitté le ponton, Michel Desjoyeaux a été accompagné par quatre préparateurs en combinaison de survie. Le monocoque a repris le chenal en sens inverse. La
mauvaise houle prévue pour la sortie n'était pas au rendez-vous. Lorsque Foncia est retourné dans l'océan, la houle s'est au contraire allongée, s'est faite plus douce, comme pour l'emmener au large.
Les quatre équipiers, en combinaison de survie, ont sauté un à un à l'eau, et Michel Desjoyeaux a repris le Vendée Globe, tandis les canots pneumatiques récupéraient les équipiers. Il était 06h00, selon son service de presse.
Des retours au stand (Wavre, Stamm, Desjoyeaux...), deux démâtages (de Pavant et Bestaven) : ce Vendée Globe, 6 e du nom, a démarré sur une cascade d'avaries. Et ce n'est peut-être pas terminé...
On le redoutait car Richard Silvani, spécialiste es-météo, avait annoncé la couleur : « Le vent de sud-ouest ne fera que se renforcer progressivement et devrait atteindre à l'avant du front froid 40-45 noeuds, avec des rafales à plus de 55 noeuds. La mer est bien en phase avec ce fort coup de vent et se creuse à plus de sept mètres ». Et le routeur d'ajouter : « Faire le dos rond, voilà l'attitude de rigueur ».
Tapé dans une vague
Le dos rond, c'est exactement ce qu'a fait Yannick Bestaven : hélas, à 18 h 26, par 46°40 nord et 7° 57 ouest, il a vu le mât de son « Aquarelle.com » tomber. Le vainqueur de la Mini-Transat en 2001 n'a pas été blessé. Hier, dans une mer formée, il tentait de mettre de l'ordre sur le pont. Pour le Rochelais, ce Vendée Globe, qu'il disputait sur l'ancien « Aquitaine Innovations » d'Yves Parlier, s'arrête prématurément. C'est un coup dur pour ce jeune skipper de 34 ans qui avait failli ne pas prendre le départ, son premier partenaire ayant connu des difficultés.
A 260 milles des Sables
Juste avant lui, un autre skipper avait connu la même mésaventure : en effet, à 17 h 50, Kito de Pavant et son joli plan Verdier - VPLP avait, lui aussi, démâté, apparemment après avoir tapé violemment dans une vague. Au moment du démâtage, son « Groupe Bel » était situé à 260 milles des Sables-d'Olonne par 46° 23 nord et 08° 27 ouest. D'après son équipe à terre, le mât, la bôme et l'un des outriggers sont cassés. Après avoir dégagé le mât et les voiles, le Méditérranéen a prévenu la direction de course de son abandon. Ce père de famille (5 enfants) s'était présenté au départ avec quelques ambitions : après sept participations à la Solitaire du Figaro, dont un succès en 2002 et une victoire dans la Transat Ag2r en 2006 avec l'Italien Pietro d'Ali, le Sudiste s'était vite distingué en 60 pieds avec une sixième place dans la Transat Jacques Vabre, suivie d'une deuxième place dans la Transat Brésil - Bretagne en 2007, juste derrière Loïck Peyron et devant un certain Michel Desjoyeaux.
« Peur de se brûler les ailes »
Une semaine avant le départ des Sables-d'Olonne, Kito était serein dans son bateau rouge et blanc avec sa fameuse « Vache qui rit » dans la grand-voile. Il avouait juste craindre les premiers jours de course : « J'ai peur qu'on se brûle les ailes dès le départ. C'est ce qui risque d'arriver d'ailleurs, sauf si on prend une bonne cartouche de sud-ouest dans la figure... » Depuis hier, à 17 h 50, la Vache qui rit ne rit plus.
Jean-Pierre Dick (Paaprec-Virbac) était en tête du Vendée Globe, la course autour du monde à la voile en monocoque sans escale et sans assistance au point de mardi 05h00 (heure de Paris), et a doublé le cap Finisterre (Espagne).
L'événement no1 de la nuit de lundi à mardi restera le retour de Michel Desjoyeaux (Foncia) aux Sables d'Olonne peu après minuit et son nouveau départ à la marée de 05h00 après avoir
remis en état à la fois le démarreur de son moteur auxiliaire fournisseur d'énergie, ainsi que les câblages électriques et les joints d'étanchéité des ballasts.
L'évenement no2 a été l'arrivée dans les cinq premiers du Français Vincent Riou (PRB), le vainqueur de la précédente édition (2004-2005).
Au total, huit skippeurs ont fait demi-tour depuis le départ dimanche 13h02 (heure de Paris) du tour du monde en solitaire sans escale, dans l'ordre de l'annonce des avaries. Il s'agit des
Suisses Dominique Wavre (Temenos/panne informatique) et Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat), qui a percuté un cargo, puis des Français Michel Desjoyeaux (Foncia/problèmes
électriques), et Jean-Baptiste Dejeanty (Maisonneuve) en raison d'une avarie de panneau de pont, et enfin du Canadien Derek Hatfield (problèmes électriques) et du Britannique Aex Thomson (Hugo Boss/voie d'eau).
Deux bateaux ont dématé: Aquarelle.com de Yannick Bestaven et Groupe Bel de Kito de Pavant.
Le classement ce matin à 05H00 (heure de Paris) : 1. Jean-Pierre Dick (FRA/Paprec-Virbac) à 23.333,4 milles de l'arrivée 3. Roland Jourdain (FRA/Veolia Environnement) à 1,1 du premier 2. Loïck Peyron (FRA/Gitana-Eighty) à 5,5 4. Armel Le Cléac'h (FRA/Brit Air) à 5,6 5. Vincent Riou (FRA/PRB) à 7,7 ...
