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Desjoyeaux.  Vainqueur du 6ème Vendée Globe 

1 février 2009

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Michel Desjoyeaux (Foncia) a franchi en vainqueur la ligne d'arrivée du 6e Vendée Globe peu après 16h00, au large des Sables d'Olonne, remportant en 84 jours sa deuxième victoire sur ce tour du monde en monocoque, en solitaire, sans escale et sans assistance.  

Michel Desjoyeaux, en franchissant en vainqueur la ligne d'arrivée du 6e Vendée Globe, a remporté sa deuxième victoire sur ce tour du monde en monocoque, en solitaire, sans escale et sans assistance. L'arrivée en vidéo: http://www.teamfoncia.com/.

Le record battu
En 84 jours, trois heures, neuf minutes et 8 secondes de mer, le Breton de 43 ans a battu le record de l'épreuve, établi par Vincent Riou, vainqueur de la précédente édition (2004-2005) en 87 jours, dix heures et 47 minutes. 

Après avoir franchi la ligne d'arrivée, Desjoyeaux devait rester au large quelques minutes pour permettre l'embarquement de sa famille et de son équipe sur Foncia. Ensuite, il devait mettre une bonne heure pour rentrer au port et remonter le chenal, entre les feux d'artifice et la haie d'honneur de dizaines de milliers de spectateurs venus l'accueillir, conformément à la tradition. 

Une course d'anthologie
Cette victoire couronne une course d'anthologie du skippeur le plus titré de l'histoire de la voile en solitaire. Desjoyeaux était en effet parti avec 40 heures de retard sur le peloton des favoris, après être revenu au port des Sables d'Olonne pour réparer une avarie électrique. 

Le retard remonté puis avalé
En moins d'un mois, il a rattrapé le groupe de tête, et s'est installé aux commandes de la course le 16 décembre, en plein coeur des terribles tempêtes qui ont décimé la flotte dans l'océan Indien. Depuis, il n'a fait qu'accroître son avance.
Le marin de Port-la-Forêt (Finistère), qui participait à son deuxième Vendée Globe, avait déjà remporté l'édition 2000-2001, devançant l'Anglaise Ellen McArthur d'une journée seulement.

  • Source AFP

Un frère dans l'ombre

Dans la famille Desjoyeaux, il y a Michel, brillant petit dernier de la tribu de sept enfants. Dans l'ombre, il y a son frère, Hubert, qui a construit Foncia, le 60 pieds de la victoire. Il n'est pas sous le feu des médias mais cela convient parfaitement à son tempérament discret. Hubert Desjoyeaux, patron du chantier CDK Composites et constructeur de Foncia, a pris une part importante dans ce succès.

 Michel Desjoyeaux, passionné de technique, aime à répéter que la victoire se joue à 80% au chantier. Mais est-ce difficile de construire pour un marin aussi perfectionniste et pointu? «C'est vrai qu'il est toujours en ébullition et qu'il faut suivre. Mais l'échange est toujours constructif. Des marins comme Michel mais aussi Jean (Le Cam) ou Vincent (Riou) savent de quoi ils parlent. Ils sont très investis dans la technique. Sur certains choix techniques, il y a un niveau de risque partagé avec eux».

Solidarité
Dans cette Vallée des Fous si riche en talents, la proximité est grande entre ces marins adversaires autour du monde. Les destins sont souvent croisés. Hubert Desjoyeaux, marié à une soeur de Jean Le Cam, a tremblé pour ce dernier en détresse à l'approche du Horn. Depuis 25 ans, ils ont partagé bien des aventures et notamment celle de la création du chantier CDK. Et quand le 60pieds de Jourdain a rencontré un cétacé, l'équipe de Veolias'est tournée vers Hubert Desjoyeaux. Depuis Port-La-Forêt, celui-ci a précieusement conseillé Jourdain pour sa réparation. Dans le contexte du duel avec Michel, cela aurait pu être un cas de conscience. Cette assistance a été une belle preuve de solidarité: «J'espère que Michel ne m'en voudra pas. À ma place, il aurait fait la même chose m'ont dit les parents».

«Il n'aimait pas le bateau qui penche»
Le skipper de Foncia a aussi connu son lot de soucis techniques révélés récemment. «Le 25décembre, j'avais remarqué qu'il n'allait pas très vite. Mais il n'a pas décroché le téléphone. Il a géré le problème. Sur les photos faites après le Horn, j'ai compris qu'il avait réparé le bout-dehors et le safran bâbord», confie Hubert. Il est, en tout cas, admiratif de la prestation de Michel et sourit à l'évocation des premiers bords de ce dernier. «Quand je pense que la première fois qu'on l'a emmené avec Jean sur "Mervent", l'Armagnac de la famille Le Cam, il nous a dit "jamais je ne remettrai les pieds sur un bateau qui penche "». Une anecdote qui fait partie de la légende de Desjoyeaux, le roi du solo.

Sur la planète Desjoyeaux

May, sa mère, Régine sa compagne. Christian son entraineur et Jean-Paul, le directeur de son écurie de course au large. Quatre personnages clés de l aplanète Desjoyeaux.

Une voix douce et posée. May Desjoyeaux est la maman de Michel. Elle a accepté de parler de son rejeton. De remettre en marche la machine à souvenirs. «A deux ans, c'était un très bel enfant. Un vrai bébé à concours». Elle le voit encore avec ses cheveux blonds, «déjà tout frisés». Dernier d'une fratrie de sept enfants, Michel était donc la 7e merveille du clan Desjoyeaux. Comme ses frères et soeurs, il a grandi à Port-La-Forêt (29), où la smala s'est installée en 1950 à quelques longueurs du hangar à bateaux posé près d'une vasière. Un vrai havre de paix.

A l'école du système D
La maman acquiesce: «Oui, je crois qu'ils ont tous eu une enfance assez exceptionnelle». Et une scolarité pas comme les autres puisque c'est elle qui endossait le rôle de maîtresse. A l'époque, Quimper, c'était le bout du monde! «Il n'y avait pas de car scolaire pour ramasser ce troupeau d'enfants», plaisante-t-elle. Au bord de l'eau, Michel, lui, nageait dans le bonheur. C'était un gamin tout ce qu'il y a de plus normal, bien dans sa peau. Un vrai touche-à-tout qui chipait les outils dans le chantier d'Henry, le paternel cofondateur de l'école de voile des Glénans. «C'était le petit dernier donc on le surveillait un peu moins que les autres». Une vie au grand air, un sentiment d'autonomie et de liberté. De quoi développer un sens aigu de la débrouillardise et du système D.D comme Desjoyeaux bien sûr.

«Un p'tit jeune qui pourrait faire l'affaire»
Et voilà le Michel en train de bidouiller puis d'embarquer sur tout ce qui flotte, de sillonner à qui mieux mieux l'archipel des Glénan sur le bateau familial ou sur le «bdc», le bateau des copains. Sa mère se souvient encore du môme qu'il était lorsque «l'idole des houles» le prit à son bord. «Il avait seulement 19 ans! Je crois vraiment que c'est Eric Tabarly qui l'a détecté. Et dire qu'il a embarqué par le plus grand des hasards!» Sur recommandation d'un certain Jean Le Cam qui avait dit à peu près ceci à Tabarly: «Je connais un p'tit jeune qui pourrait faire l'affaire». On connaît la suite...

Un papa comme les autres
Pour la suite de l'histoire, c'est une autre femme, Régine, sa compagne, qui prend le relais. Comme Mich' Desj', elle n'a pas sa langue dans sa poche. Régine Bornens n'est pas du genre à se laisser marcher sur les pieds. Ni à laisser quiconque égratigner le père de ses trois enfants! «Michel serait cassant, parfois arrogant? Non, il est libre, droit. Avec lui, pas de faux-semblant. Il dit ce qu'il pense». Et pan! Son marin préféré, elle l'a rencontré en faisant de la voile. Sur ce coup-là, ce n'est pas Jean Le Cam mais un autre voileux, Roland Jourdain, qui a joué les entremetteurs: «Un jour, il m'a présenté Michel et voilà». Depuis, Régine calque son sillage dans celui de Michel. Vingt ans que ça dure! «Mich' est un type normal qui envoie ses enfants à l'école le matin», dit-elle. Un papa comme les autres en somme. «Un homme libre qui fait un truc qui lui plaît».

«Un animal à sang chaud»
Michel Desjoyeaux, c'est aussi un chef d'entreprise. Depuis dix ans, il possède une écurie de course au large, «Mer Agitée» (13 salariés). Jean-Paul Roux en est le directeur général. «Michel ne veut pas avoir des béni-oui-oui autour de lui mais des gens qui sont force de proposition». Il les paye pour ça. «Chez nous, ça échange et ça cherche en permanence». Et ça gagne surtout. Aujourd'hui, Desjoyeaux est le marin solitaire le plus titré au monde. «En mer, c'est un combattant hors du commun, shooté à l'adrénaline. Il a un côté animal à sang chaud qui s'adapte à toutes les situations», selon Christian Le Pape, directeur du Pôle Finistère course au large de Port-La-Forêt qui jouxte l'écurie. Le «professeur» Desjoyeaux, c'est aussi un bidouilleur de génie, un inventeur de talent, partisan de la sobriété et de la simplicité. May avait raison: le maître Tabarly ne s'y est pas trompé...

Et maintenant ?

Voilà, Desjoyeaux arrive. Le premier, une fois encore. Avec lui, ça devient une habitude. Après le Forestois, il y aura probablement le Saint-Politain Le Cléac'h, vers le 6 ou le 7février. Puis les dix autres. Le dernier pourrait arriver mi-mars. Et après?

Après, plus rien. Plus de pointage quatre fois par jour, plus de vacations radio, plus d'histoires incroyables, plus de sauvetages miraculeux. Le vide, quoi! Shootés au Vendée Globe pendant trois mois, on va être en manque. Et retrouver notre train-train quotidien. Nos soucis de terriens. La crise... Oui, la déprime nous guette. Qu'allons-nous nous mettre sous la dent? Une pâle copie de la Coupe de l'America en Nouvelle-Zélande? Non merci, sans façon. La Volvo Ocean Race, l'autre tour du monde, en équipage et avec escales, qui se déroule en ce moment? Tu parles, y'a même pas un seul Breton engagé! On n'a rien trouvé avant le mois d'avril et la Transat BPE, entre Belle-Ile et Marie-Galante. Ça oui, on prend. Et après? La Solitaire du Figaro où Desjoyeaux a promis de revenir. Ok, ça aussi, on signe. Ensuite? La Transat Jacques Vabre en novembre avec une nouvelle destination, le Costa Rica. Génial! Et dans deux ans, la mythique Route du Rhum ouverte à tous, géants compris. On en salive déjà... Finalement, y'a une vie après le Vendée Globe!

  • Philippe Eliès

Classement à 16 heures

Ce classement a été arrêté quelques minutes avant la victoire de Michel Desjoyeaux (Foncia) en 84 jours, trois heures et neuf minutes.

Vainqueur Michel Desjoyeaux (FRA/Foncia) 
2. Roland Jourdain (FRA/Veolia Environnement) à 1.347,3 milles
de l'arrivée
3. Armel Le Cléac'h (FRA/Brit Air) à 1.636,2 
4. Samantha Davies (GBR/Roxy) à 2.598,0 
5. Marc Guillemot (FRA/Safran) à 2.681,4 
6. Brian Thompson (GBR/Bahrein Team Pindar) à 2.949,8 
7. Dee Caffari (GBR/Aviva) à 3.203,4 
8. Arnaud Boissières (FRA/Akena Verandas) à 3.627,6 
9. Steve White (GBR/Toe in the Water) à 4.604,3 
10. Rich Wilson (USA/Great America III) à 5.910,4 
11. Raphaël Dinelli (FRA/Fondation Océan Vital)à 7.234,0 
12. Norbert Sedlacek (AUT/Nauticsport-Kapsach) à 7.392,2 
NDLR: Vincent Riou (FRA/PRB) 3e ex aequo par décision du jury

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"Je ne réalise pas, ça fait deux mois que j'essaie de comprendre ce qui se passe, je ne comprends toujours pas mais j'en profite, c'est tout. L'histoire n'est même pas belle, elle est trop belle, c'est incroyable. Le Vendée Globe, ça se gagne avant, 80% du résultat, c'est avant le départ. En plus j'avais la sérénité, l'expérience des navigations qu'on avait faites avec le bateau. Les 20% restants, la course elle-même, ça s'est gagné en y croyant, en mettant du charbon, en se faisant mal. Mais en fait, paradoxalement, je n'ai pas le sentiment d'avoir souffert. J'ai pas toujours fait le malin dans le grand sud, on a eu des conditions difficiles, mais je n'ai pas été impressionné. Soit je vieillis, soit j'étais vraiment à l'aise dans ce que je faisais. Les nombreux abandons? C'est la course la plus dure du monde, c'est normal qu'on ne soit pas très nombreux sur la ligne d'arrivée". Michel Desjoyeaux, à l'arrivée.

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  • Arrivée prévue à 16h45. Photo AFP
  • Desjoyeaux laisse éclater sa joie à l'arrivée aux Sables d'Olonnes où se presse une foule en liesse. Photo AFP
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