letelegramme.com

 

Tour du monde. Le calme avant la tempête

4 novembre 2009

  • Réduire le texte
  • Réduire le texte
  • Agrandir le texte
  • Agrandir le texte
  • L'article au format PDF
  • Imprimer cet article
  • Ajoutez cet article
  • Envoyez l'article à un ami

Le trimaran Groupama 3 attend les meilleures conditions pour défier le record du tour du monde en équipage. Dix hommes prêts à s'attaquer àunautre «Everest de la voile».

Au premier abord, on imagine qu'un défi en équipage est plus simple à mener qu'un tour de monde en solitaire. Pas sûr!

Jusqu'à 1.600km en 24heures!

Les contraintes d'une navigation d'une cinquantaine de jours en équipage sont également nombreuses et surtout très spécifiques. Ils embarquent à dix sur une machine capable d'avaler jusqu'à 900 milles nautiques (1.600km) en 24 heures (65km/h de moyenne). C'est dire la puissance déployée par ce bateau de 31m pour seulement 18 tonnes (41m de mât). Franck Cammas a opté pour ce format d'équipage plutôt minimaliste alors que ce type de record s'attaque habituellement à douze ou 14 marins.

 À dix, chaque quart sera assuré par trois marins sur le pont, pendant que trois autres seront occupés ou se reposeront à l'intérieur de la coque centrale. Ils peuvent être appelés en renfort pour manoeuvrer, à l'inverse des trois autres qui essayent de trouver le sommeil dans les trois bannettes constamment utilisées (ils ne sont réveillés qu'en cas d'homme à la mer). Un homme, un seul, est dispensé de quart. Sur Groupama. Il ne s'agit pas du skipper Franck Cammas mais de l'expérimenté navigateur américain Stan Honey (52 ans, le doyen de l'équipage). Ce qui ne l'empêchera pas de venir donner un coup de main lors des manoeuvres les plus exigeantes.

 À la différence d'une circumnavigation en solitaire, un équipage permet des changements de voiles et des réglages beaucoup plus fréquents. On s'approche en permanence des 100% du potentiel du bateau, alors qu'un solitaire ne titillera pas aussi souvent les limites. Le niveau de stress en équipage est également une notion à prendre en compte. Le fait de toujours pousser le bateau à son maximum, de toujours rechercher les limites offre encore moins le droit à l'erreur. Les vitesses ainsi atteintes, quel que soit l'état de la mer, génère un inconfort (mouvements, bruits, etc.), source de fatigue et de stress ambiant. «Il est essentiel pour ce genre de record d'embarquer les marins les plus expérimentés et si possible aux niveaux homogènes», explique Franck Cammas.

Suivre le tempo

Alors que le solitaire peut décider de lever le pied, d'aller dormir une heure de plus, en équipage, il faut suivre le tempo imposé par le groupe. Pas le droit de faillir, pas le droit de mollir. Fred Le Peutrec, habitué des traversées en multicoque, rappelle que le solitaire, non plus, n'a pas le droit de se relâcher à certains moments. Et qu'en équipage, on peut tout de même toujours un peu se reposer sur les autres. «Si un gars est overdosé, on peut le laisser un peu tranquille, sans pour autant le dispenser de quart».

  • Stéphane Jézéquel

Des tensions et un stress à réguler au quotidien

Le stress enéquipage existeaussi. Il est différent du stress du solitaire et sedéveloppe àtravers les enjeux et les paramètres liés au groupe.

Le premier objectif du chef de bord est évidemment de ramener tout le monde à la maison et en bonne santé, alors que le solitaire n'a à veiller que sur sa santé et sa sécurité. Àdix, il faut prendre garde aux relâchements que l'on observe parfois en équipage, à force de trop compter sur les autres... Mais à ces vitesses et sous ces latitudes, pas le droit à l'erreur. Chacun doit garder un oeil sur l'autre et surtout repérer les situations de perte de lucidité, ces moments où la fatigue vous gagne, où le ras-le-bol et la saturation s'immiscent dans les corps et les esprits. À force de se sentir fort àplusieurs, c'est parfois à ce moment que les accidents arrivent, par rapport au solitaire qui sera toujours l'unique garant de sa sécurité et de ses limites. «Tous les marins du bord sont des professionnels expérimentés qui ont appris à ne pas montrer ou transmettre leur coup de moins bien», observe Franck Cammas. À ce niveau, lagestion est individuelle et nécessite peu de recadrage de la part duchef de bord.

«Piste noire bien sauvage»

Ces marins ont l'habitude de composer avec le rythme et les contraintes de ces trimarans lancés à pleine vitesse. «Mais c'est vrai que lorsqu'on attaque le grand Sud, et que l'on se présente tout en haut de cette piste noire bien sauvage, sans retour possible, la tension peut monter d'un cran», explique Franck Cammas. On sait qu'à ces latitudes, il n'y aura personne pour venir vous chercher en cas de gros pépin. Autre source d'inquiétude pour les marins: la défaillance personnelle, tomber malade ou se blesser et ainsi briser l'équilibre et la dynamique du bord. La tentative peut être abandonnée par sa faute, en cas d'évacuation d'urgence par exemple. Un solitaire acceptera davantage l'échec par sa faute pleinement assumée. Le souci de performance au sein du groupe renforce inévitablement le stress et la tension à bord.

Des émotions démultipliées

Stress, fatigue, petites et grosses frayeurs... Mais aussi plaisir intense de la glisse et des vitesses atteintes par ces bateaux menés à fond. Les émotions sont nourries sur un tour du monde. «On pousse plus qu'en solitaire, on va plus vite, on va plus loin. Il faut simplement se rappeler des 480milles parcourus de Poupon ily23ans et des 850 à 900 milles aujourd'hui», observe Fred Le Peutrec. Les vitesses de pointe atteinte (45 noeuds, soit près de 90km/h) déclenchent des poussées d'adrénaline incroyables même pour ces marins habitués à la très haute vitesse. Ces décharges naturelles diffusées dans le cerveau intensifient les sensations. Les marins sont comme shootés, drogués de vitesse et de sensations glisse. Les planchistes et tous ceux qui vont vite sur l'eau connaissent ce phénomène. Ces moments d'euphorie qui les empêchent parfois de dormir les aident aussi à mieux supporter les moments difficiles, comme les quarts interminables à attaquer dans la nuit noire. Sans d'autre repère que les instruments de bord et ses sens les plus intimes. «Jouer les équilibristes dans une mer formée où la moindre erreur a des conséquences lourdes vous plonge dans un état d'écoute et de concentration très particulier», confirme Franck Cammas. «Mais on éprouve aussi du plaisir et des sensations de bien-être incroyables lorsque le bateau file sans effort, qu'il progresse sans forcer, qu'il est plus souvent dans l'air que sur l'eau» rapporte Fred Le Peutrec habitué à ce type de sensations sur le 60pieds Gitana.

Dix bonhommes, ni plus ni moins

La chasse au poids est omniprésente, même sur ce genre de trimaran géant, même sur une course de plus de 40 jours. Franck Cammas est décidé à exploiter son bateau au maximum dès le départ d'Ouessant. «Cela ne sert à rien de construire le plus léger possible, d'essayer de gagner quelques centaines de grammes sur chaque pièce composite, sionle charge sans réfléchir». Un bonhomme de plus, c'est au moins 150kg avec son matériel et la nourriture embarquée. Vu la taille du bateau (moins gros que Banque-Populaire), dix marins, c'est le format idéal. «Endessous, cela deviendrait compliqué de l'exploiter au maximum».

Encaisser en silence

L'enfer, ce ne sont pas seulement les «40es Rugissants» ou les «50esHurlants». Ce sont aussi les autres marins avec qui il faut partager les espaces de travail et de détente du bord. «Avec la tension, la fatigue et l'accumulation de journées exigeantes, il faut apprendre à se faire tout petit et peser le moins possible pour ces voisins», résume Franck Cammas. C'est important de faire appel à des gars expérimentés qui savent rapidement trouver leur place dans un espace aussi restreint. La moindre saute d'humeur ou le moindre état d'âme peut rejaillir sur les autres. Mais ces marins ont appris à encaisser en silence, sans modifier l'équilibre du bateau. Même s'il est difficile de trouver un moment à soi et de s'isoler un minimum dans une boîte en carbone évoluant en permanence entre 60 et 90km/h!

  • Exportez cet article
  • Partagez cet article sur Wikio
  • Partagez cet article sur Scoopeo
  • Diggez cet article
  • Partagez cet article sur Facebook
  • Partagez cet article sur Fuzz
  • Partagez cet article sur del.icio.us
  • Envoyez cet article sur Blogmarks
S'abonner au flux RSS de cette rubrique
Exportez cet article

«Il est essentiel pour ce genre de record d'embarquer lesmarins les plus expérimentés»

  • Franck Cammas, navigateur.

Rechercher
Twitter Facebook Retrouvez Le Télégramme sur Twitter et Facebook
Association pour le contrôle et la diffusion des médias

Mentions légales - CGU - CGV - Contact - N°ISSN 2102-6785

Les sites du groupe Le Télégramme:

L'actualité en Bretagne avec Le Télégramme | L'actualité des PME avec Le Journal des Entreprises | Les outils pour dirigeants avec NetPME | Emploi avec RegionsJob | Les annonces professionnelles avec OPE, Opportunités pour l'Entreprise | Bateaux d'occasion avec Magnautic.com | L'immobilier en vidéo avec Immo-Ouest.com | Location de vacances avec Bretagne.com |

Les sites de Pen Duick :

La route du Rhum | La Transat BPE | La Transat Jacques Vabre | La transat AG2R