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Tour de France 2009. Tour et détours

6 juillet 2009 à 10h23

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Jérôme Le Gall, notre spécialiste du cyclisme, nous livre chaque jour ses analyses et comptes-rendus d'étape du Tour de France 2009.

Tour et détours. Quand Paulo rencontre Jaja (le 10/07/09)

Le Finistérien Paul Le Guen, ex-entraîneur du Paris SG, a été invité à suivre l'étape d'hier.

«Tu vas être content, ta Patate de Pencran est là.» Les Espagnols de Gérone n'ont rien compris à ce message codé d'Armel Le Bescon, le journaliste briochin de «Planète Cyclisme». Nous, on a tout de suite pigé: Paul Le Guen était au village-départ hier matin. Grâce à notre vision périphérique du jeu qui n'a d'égale que notre technique en mouvement (on change un peu de jargon pour nous faire comprendre des footballeurs...), on repère vite l'ex-entraîneur du Paris SG. Fidèle à ses bonnes vieilles habitudes de milieu défensif, Paulo est au marquage. Et pas de n'importe qui... C'est avec Laurent Jalabert qu'il discute.

Fan d'Hinault et Jalabert

Jaja, c'est une de ses idoles. «Avant, j'étais fan d'Hinault. Après, c'était de Jalabert. Mais, depuis leur retraite, je n'ai pas vraiment de préférences», avoue le Finistérien de Pencran. Il dément à peine quand on le chambre en lui disant qu'il a toujours préféré le vélo au foot. Avec un large sourire, il répond: «Disons que le football me permet de gagner de l'argent pour faire ce que j'aime.» Ce qu'il aime, ce sont des journées comme celle d'hier. Invité par Nike, il a suivi l'étape, aux premières loges, dans la voiture de Pascal Lino, ancien Maillot Jaune du Tour de France et vainqueur d'étape à Perpignan en 1993. «Je mesure la chance que j'ai. Mais j'avais déjà été invité sur l'étape Tarbes - Luz Ardiden en 2001. C'est Laiseka qui avait gagné.»

Cruyff, Bahamontès et Poulidor

Une arrivée à Barcelone, ça ne pouvait qu'attirer les footballeurs. Johan Cruyff, ancien joueur et ancien entraîneur du Barça, faisait un tabac, hier au départ. Il devait toutefois partager la vedette avec une vieille gloire, Federico Bahamontès, vainqueur de la Grande Boucle en 1959. L'Aigle de Tolède portait alors le dossard 81 et, comme il fêtait ses 81 ans hier, le Tour lui faisait fête. Raymond Poulidor, un de ses anciens adversaires, était invité à partager le gâteau. «Vous avez vu comme il est affûté! Et il vient juste de prendre sa retraite. On m'a dit qu'il a vendu son magasin d'articles de sport à des Chinois.» Une arrivée à Barcelone, ça laisse un drôle de souvenir au Limousin. C'était en 1965. «Perez Frances avait gagné l'étape sous une chaleur terrible et nous restions à Barcelone pour la journée de repos. Hélas, j'étais logé dans un boui-boui. Ma chambre était au-dessus des cuisines et il devait faire 50°. Je n'ai pas fermé l'oeil de la nuit. Je me lève à 7h30, je demande le petit-déjeuner. On me répond''Momente''. Un quart d'heure après,''Momente''. Au bout d'une demi-heure, toujours la même réponse:''Momente, momente''. Après trois quarts d'heure d'attente, j'ai renversé toutes les tables.» Voilà un Poupou qu'on ne connaissait pas. Mais, hier, ses admirateurs ne risquaient rien en l'approchant. Il avait très bien dormi et pris un excellent petit-déjeuner.

  • Jérôme Le Gall

Billet. Figures libres avant figures imposées (le 10/07/09)

Ce n'est pas charitable, on en a conscience, mais on n'est pas fâché quand ça arrive aussi aux autres... La Bretagne a si souvent souffert d'étapes du Tour pluvieuses qu'on souriait (en douce) en voyant les nuages faire «pluie-pluie» sur les si belles côtes espagnoles. Les coureurs, ça ne les a pas fait rire du tout. Il ne tombait pas que des cordes... Eux aussi allaient à terre. Individuellement ou en bandes... «C'était du patinage artistique», commentait Christophe Le Mével à l'arrivée. Le Breton n'avait pas tort. On en a vu des figures libres, hier, entre Gérone et Andorre! Pas moins de 21 noms figuraient, hier soir, sur le communiqué médical. Et on ne trouvait sur cette liste que l'identité des coureurs qui s'étaient fait soigner. D'autres étaient vite remontés sur le vélo. Ni vus, ni connus. La gamelle de Tom Boonen, en revanche, n'a pas échappé aux caméras. Le champion de Belgique a même eu droit aux gros plans et aux ralentis... On ne peut pas dire qu'il soit verni sur un Tour où il n'était pas le bienvenu. On ne parierait pas gros sur ses chances de voir Paris. Dès aujourd'hui, ça devrait être très compliqué pour lui. Et pour beaucoup d'autres... Fini de rire, l'arrivée sera jugée au sommet d'Andorre Arcalis. Après les figures libres, place aux figures imposées. Justement, quels visages vont nous être imposés à l'arrivée de la première étape de montagne? Celui de Cancellara, le Maillot Jaune, deviendra, c'est sûr, plus grimaçant. Et celui d'Armstrong? Sera-t-il aussi souriant que celui de Contador ce soir? La logique voudrait que non. Mais l'Américain échappe si souvent à la logique...

  • Jérôme Le Gall

Tour et détours. «Non, non, Thomas ne ronfle pas» (le 09/07/09)

Malchanceuse mardi, l'équipe Bbox Bouygues Telecom a pris, hier, une éclatante revanche grâce à Thomas Voeckler.

Mardi, les Bbox Bouygues étaient à la rue. Hier, ils étaient aux anges. En fait, quand on dit que les hommes de Jean-René Bernaudeau étaient à la rue, ce n'est pas le mot juste. On ne peut pas dire non plus qu'ils étaient dans la pampa puisque c'est dans un champ de blé qu'ils étaient devenus les sombres héros du chrono par équipes.

Vidéo-gag

On imagine que les images sont passées en boucle sur les télés du monde entier. Quatre coureurs qui font une sortie de route et se retrouvent dans un champ, c'est du vidéo-gag, ça fait rigoler... Cela dit, vous pourrez repasser le film dix fois, cent fois, mille fois à Didier Rous, ça ne lui arrachera jamais un sourire. Le directeur sportif n'avait qu'une idée en tête mardi soir: gommer à tout jamais de sa mémoire ce sinistre chrono. La chute de son quatuor n'avait été qu'un des épisodes (incidents mécaniques à répétition...) d'un mardi à marquer d'une pierre noire. Noire comme la malchance, la poisse, la guigne, la scoumoune... «Des journées comme ça, vous n'en verrez pas beaucoup», avait-il assuré à ses troupes hier matin. Et il avait trouvé les mots pour remotiver des coureurs hyper-déçus: «Dans des conditions normales, vous auriez fait entre septièmes et neuvièmes. Avec tous les pépins que vous avez eus, ne concéder que 4'41'' à Astana, c'est une forme d'exploit.» Jean-René Bernaudeau, le big boss, y était allé aussi de son petit coup de fouet pour le moral. «Vous allez voir, les gars. Au lendemain d'un chrono par équipes, il y a souvent une échappée qui va au bout.» Et voilà le travail, Bbox Bouygues a gagné. Cela dit, c'est autrement plus facile quand on a un coureur de la trempe de Thomas Voeckler dans son effectif. «A 10 kilomètres de l'arrivée, j'ai su que l'échappée irait au bout. Et là, je n'avais pas de doutes. Je connais Thomas, son tempérament, j'étais sûr qu'il allait gagner», racontait William Bonnet, son équipier. «Comme j'ai crevé dans les cinq derniers kilomètres, je n'étais pas aux premières loges du peloton pour l'arrivée. J'ai su par l'oreillette qu'il avait gagné et j'ai essayé de le voir lever les bras.»

«Un grand monsieur»

Saïd Haddou, autre équipier de Voeckler, arborait un sourire aussi large (ou presque) que ses épaules. «J'ai déjà appris plein de choses pour mon premier Tour. Ça prouve qu'on peut être au plus bas un jour et au sommet le lendemain.» Compagnon de chambre de l'Alsacien, il était intarissable à propos du vainqueur du jour. «C'est un énorme professionnel qui fait le métier comme personne. Avec lui, je n'ai qu'à me laisser guider. C'est un grand monsieur.» Même en cherchant bien, le double vainqueur du Tro Bro Leon ne lui trouve aucun défaut. «Non, non, Thomas ne ronfle pas. Et c'est même lui qui fait le ménage dans la chambre.»

  • Jérôme Le Gall

Billet. Voeckler ranime la flamme nationale (le 09/07/09)

Depuis le début de ce Tour de France, il n'y en avait que pour lui. Armstrong par-ci, Lance par-là... L'omniprésence de l'omnipotent était telle que l'Américain était l'arbre qui cachait une forêt française pas vraiment touffue.

Bon, on vous l'accorde, on y trouve un beau Feillu (normal dans une forêt...), 3eà Brignoles, et un épatant Lemoine, 3eà La Grande-Motte. Mais, ce matin comme hier matin, il faut descendre jusqu'à la 49eplace du classement général pour dénicher le premier Français. Il s'appelle Jérôme Pineau, est à 3'17'' de Cancellara et porte les couleurs d'une équipe belge...

Le contre-la-montre par équipes de mardi avait stigmatisé les carences françaises. AG2R - La Mondiale était la seule formation de l'Hexagone à se classer in extremis (9e) dans les dix premières et les quatre autres étaient respectivement 14e, 16e, 18eet 19e. Sur 20...

Ça nous avait donné un petit coup de blues. Et ce n'est pas la présence massive, hier, de coureurs français à l'arrière quand le vent a rendu fou le peloton qui nous incitait à imaginer un avenir rose (jaune, c'est exclu...) pour les p'tits gars de chez nous. Et puis, tel Zorro, Voeckler est arrivé. Nous voilà regonflés à bloc, d'autant que plus alsacien des Vendéens ou le plus vendéen des Alsaciens (à vous de choisir) est l'un des symboles forts d'un cyclisme propre.

Il a ranimé la flamme nationale, juste avant de franchir la frontière espagnole. On imagine que, pendant deux étapes, l'AFLD (Agence française de lutte contre le dopage), qui avait si bien piégé quelques tricheurs l'an passé, n'aura pas le droit d'agir. Espérons que son absence ne va pas réveiller des vieilles chaudières. Ni des vieux démons.

  • Jérôme Le Gall

Tour et détours. Le plaisir solidaire (le 08/07/09)

Le Tour a retrouvé le chrono par équipes sur un parcours pas vraiment adapté à ce genre d'exercice.

Après quatre ans d'absence, le contre-la-montre par équipes était donc de retour, hier, sur le Tour de France. On a failli ne pas le reconnaître... On se souvenait d'un bel exercice de style, de coureurs unis comme un seul homme et fonçant à une allure de TGV sur des routes rectilignes.

Festival de gamelles

Quand ça marchait comme sur des roulettes, ils prenaient un pied terrible. Pour un coureur, c'était le summum du plaisir solidaire. Le plaisir des yeux, il était pour les spectateurs. Sauf dans le final, on n'est pas sûr qu'ils se soient régalés hier. Ce n'est pas la faute des coureurs mais celle d'un parcours à peu près aussi adapté à un chrono par équipes que la principauté de Monaco à un bal musette avec Jojo La Frite à l'accordéon. C'était sinueux, tourmenté, piégeux à l'extrême. Rien ne manquait, même pas quelques petites portions pavées et une traversée de pont... En prime, le vent s'est invité à la fête. On attendait un festival de cannes, on a assisté à un festival de gamelles. Quelques grosses têtes sont tombées. Comme Menchov ou Ballan. On a le sentiment que ça ne va pas être le Tour du Russe qui, dans le chrono de Monaco, avait été rejoint par Cancellara... Quant à Ballan, il semble qu'il veuille perpétuer la tradition de la poisse accrochée aux basques du porteur du maillot arc-en-ciel. La malchance a aussi frappé des coureurs plus modestes, comme Jurgen Van den Broeck. Celui-là, on ne le connaît pas mais on trouve qu'il a un nom à se broyer quelque chose.

La malchance de Bouygues

La palme de la malchance revient toutefois à l'équipe Bbox Bouygues Telecom. Le guidon de Voeckler s'est dévissé, Lefèvre a crevé, Bonnet a entraîné dans sa sortie de route Haddou, Rolland et Arashiro... Les quatre hommes se sont même retrouvés dans un champ. Vous avez dû voir, à la télé, les images prises d'hélicoptère. Ah, l'hélicoptère! Il a fait un tabac hier à Montpellier. On a même vu, de nos yeux vu, beaucoup de spectateurs se désintéresser totalement du passage des coureurs pour agiter bras, casquettes, chapeaux afin d'attirer les caméras. On se demande si ce public-là méritait un chrono par équipes d'antan, celui qui ravissait les esthètes. Au contre-la-montre d'hier, on reconnaîtra toutefois le mérite d'avoir revêtu une grosse intensité dramatique et Armstrong et les Astana ne sont pas les seuls coureurs à avoir apprécié cet exercice collectif. Vous devinerez que les Bouygues ne font pas partie du lot. Devant tant de malchance, Didier Rous, leur directeur sportif, a même lancé à ses troupes en cours de route: «Le temps, on s'en fout complètement. L'essentiel, c'est de rentrer à neuf à Montpellier.» On a le plaisir solidaire qu'on peut...

  • Jérôme Le Gall

Billet. Si le Ricain n'était pas là... (le 08/07/09)

Si Lance Armstrong n'avait pas existé, aurait-il fallu l'inventer? Non, protesteront tous ceux qui estiment que l'Américain n'est que le vainqueur présumé de sept Tours de France et qu'il est trop souvent passé entre les doutes.
Oui, s'enthousiasmeront tous les amoureux de grand spectacle et, on le présume, les organisateurs du Tour de France.
Qu'on l'aime ou qu'on ne l'aime pas, qu'on le considère comme un immense champion ou comme le roi des tricheurs, qu'on soit persuadé de la sincérité de son engagement contre le cancer ou qu'on soit certain qu'il n'est qu'un businessman, on est bien obligé de reconnaître que ce gars-là est hors du commun et que sa présence change tout.
Si le Ricain n'était pas là, ce Tour 2009 n'aurait jamais généré autant de battage médiatique.
Si le Ricain n'était pas là, on ne se poserait pas autant de questions sur la guerre des clans chez Astana.
Si le Ricain n'était pas là, on se serait ennuyé ferme au cours de l'étape de lundi.
Si le Ricain n'était pas là, les suiveurs seraient moins éblouis et s'interrogeraient davantage à propos de la «santé» du peloton.
Si le Ricain n'était pas là, on n'aurait pas eu ce final à couper le souffle hier à Montpellier. Imaginez un peu, il ne lui a manqué que 220 millièmes de seconde pour se vêtir de jaune. N'empêche! Ces 220 millièmes sont peut-être le signe que la chance a tourné. On est tenté de penser qu'il a laissé passer une occasion unique de redevenir Maillot Jaune, quatre ans après ses adieux victorieux à la Grande Boucle. Car on se refuse à imaginer qu'il puisse rivaliser avec Contador vendredi à Andorre. Mais on se dit aussi qu'avec ce diable d'homme, tout est possible.
Si le Ricain n'était pas là, Contador aurait déjà gagné le Tour.

  • Jérôme le Gall

Tour et détours. Pas de "Petit Chose" à la Grande-Motte (le 07/07/09)

Après avoir traversé les terres d'Alphonse Daudet, le plus petit coureur du Tour de France a longtemps fait figure de vainqueur possible à La Grande-Motte.

Heureusement que les journées sont longues en juillet. Sinon, il faudrait songer à installer de la lumière aux vélos des coureurs du Tour de France. Jugez plutôt: alors que, selon l'horaire le plus pessimiste, ils devaient arriver à 17h28 à La Grande-Motte, ils se sont pointés après 18heures sur la ligne d'arrivée.

Colimaçons

Bon, ils ont fini à une allure de guépard mais ils avaient débuté comme le lièvre de la fable. 35,900 kilomètres au cours de la première heure, 33,700 dans la seconde... Bonjour les colimaçons!

Les raisons de cette lenteur? La chaleur, le vent, la perspective du chrono par équipes d'aujourd'hui...
 
Allez, on aura la naïveté d'en ajouter une autre: la beauté des paysages. On veut croire que les coureurs ont levé le nez du guidon pour admirer des endroits aussi somptueux que Maussane-Les-Alpilles, Les Baux-de-Provence, Arles ou Aigues-Mortes.

Et puis, ils ont traversé Fontvieille où se trouve le moulin d'Alphonse Daudet... Il paraît que l'auteur n'y a jamais séjourné mais la légende veut que ce lieu lui ait inspiré les «Lettres de mon moulin». Il a aussi écrit «Le Petit Chose» et en admirant Samuel Dumoulin caracoler en tête en compagnie de Bouet, Perez Moreno et De Kort, on y voyait un clin d'oeil du destin. C'était son jour, «Le Petit Chose» allait gagner à La Grande-Motte...

Ne voyez surtout aucune connotation péjorative dans ces propos. Samuel Dumoulin est un grand coureur, un grand bonhomme (intelligent, drôle, sympa...) mais, avec ses 158 centimètres sous la toise, le double vainqueur du Tro Bro Leon est le plus petit coureur de la Grande Boucle.

La Chèvre de M.Seguin

Hier, il a joué les Tartarin de Tarascon en tentant de piéger les grands fauves. Même quand il a été repris par ces terribles prédateurs, il a résisté avec la vaillance de la chèvre de M.Seguin et s'est classé 4e. Finalement, il ne lui a pas manqué grand-chose.

  • Jérôme Le Gall

Billet. Armstrong en jaune ce soir ? (le 07/07/09)

Hier, Lance Armstrong aurait pu se contenter de jouer l'Arlésienne, être ce personnage dont on parle mais que personne ne voit. Mais, entre Marseille et La Grande-Motte, tout le monde l'a vu et tout le monde en a parlé. Il a suffi d'un coup de bordure auquel le Lannionnais Christophe Le Mével a assisté aux premières loges.

«J'étais juste derrière Contador. C'est lui qui a laissé le trou. Non, non, pas volontairement. Il n'a pas pu suivre le rythme des 29 coureurs qui étaient devant lui. Il était en 30eposition, moi en 31e. Je n'aurais jamais pensé qu'un Contador allait être obligé de s'écarter comme ça. Juste avant le virage, j'avais vu Armstrong remonter en tête de peloton.»

Ce virage, c'est peut-être le tournant du Tour. Avec sa science de la course, l'Américain savait que le vent changeait et voilà comment il a repris 41 secondes à tous les autres favoris. Mais le plus important est ailleurs: en s'installant à la troisième place du classement général, il devient le coureur Astana le mieux placé, alors qu'il était le quatrième en quittant Marseille... Cela veut dire que si son équipe reprenait 40 secondes à celle de Cancellara (hypothèse pas du tout invraisemblable) dans le contre-la-montre de cet après-midi, l'Américain prendrait le maillot jaune.

Dans l'euphorie, il a même annoncé la couleur: il veut être en jaune à Paris.
Qu'il soit leader du Tour ou pas ce soir à Montpellier, il a psychologiquement pris le dessus sur son «ami» Contador. On se souvient de la férocité avec laquelle il avait stigmatisé les erreurs stratégiques de l'Espagnol dans Paris-Nice. Là, il va avoir beau jeu d'enfoncer le clou en lui pourrissant la vie. Comme dit Le Mével, le père Armstrong a frappé un grand coup.

  • Jérôme Le Gall

Tour et détours. Le Mével interviewé par le prince... (le 06/07/09)

Le prince Albert est venu discuter avec le Lannionnais Christophe Le Mével, hier matin à Monaco...

«Lundi matin, le roi, la reine et le petit prince sont venus chez moi pour me serrer la pince... » Pas sûr que les moins de 40 ans connaissent ce refrain mais Christophe Le Mével va pouvoir l'accommoder à sa manière. Dans le genre: «Dimanche matin, le prince est venu vers moi pour me serrer la pince.»
Le Lannionnais n'en revenait pas... A peine venait-il de mettre les roues au village-départ de Monaco en compagnie de Laura, son épouse, que le prince Albert lui a demandé comment il avait trouvé la première étape.

«J'aurais dû enlever mes lunettes, non?

«J'ai répondu que c'était très difficile, très technique avec une belle montée par paliers et une descente sinueuse. Je lui ai dit aussi que nous étions très heureux qu'il nous ait accueillis. Que, pour les coureurs, ce sera un super souvenir. Encore plus pour moi puisque j'ai eu la chance de discuter avec lui, ce qui est vraiment exceptionnel. Il semblait content de mes réponses», indiquait le coureur de la Française des Jeux avant de se tourner, soudain inquiet, vers Laura: «J'aurais dû enlever mes lunettes, non?» «Bien sûr que oui», commentait Bernard Hinault, témoin de la scène. Le Blaireau a l'habitude de côtoyer les grands de ce monde. Le Mével, pas encore. Le Lannionnais dit qu'il gardera un bon souvenir de Monaco mais ce ne sera pas le cas de tout le monde. On prend, par exemple, le pari que le conducteur de la Skoda de l'organisation enlevée, hier matin, par la fourrière monégasque tout près du village-départ y regardera à deux fois avant de revenir en principauté...

Chaud, chaud, chaud

Au risque de déplaire à Son Altesse Sérénissime, le prince souverain Albert II de Monaco, on avoue aussi qu'on n'était pas fâché de quitter son Rocher. Son territoire est certes le plus bel écrin du monde pour les images télévisées du Tour mais, question ferveur populaire, ce n'était pas vraiment ça. Quel contraste entre les citoyens monégasques qui, sans doute bien briefés, ont adressé un salut poli à tous les suiveurs à leur sortie de Monaco et le «vrai» public que nous avons retrouvé très vite sur les routes de France! Un public chaud, chaud, chaud. Aussi chaud que le soleil qui, hier, a mis le grand braquet. Dans l'air, il n'a jamais fait moins de 35° et la température au sol est montée jusqu'à 52°...

  • Jérôme Le Gall

Billet. La promenade de l'Anglais (le 06/07/09)

Cancellara à Monaco, Cavendish à Brignoles! Si le 96eTour de France avait décidé de donner dans la surprise, pour l'instant, c'est raté. Le meilleur rouleur du monde a gagné le chrono samedi et, hier, c'est le meilleur sprinter du monde qui est sorti vainqueur du premier emballage de la Grande Boucle. Si le cyclisme devient une science exacte, pas la peine de tourner la liste des engagés dans tous les sens: Contador fera raisonner l'hymne espagnol le dimanche 26 juillet à Paris.

Cavendish vainqueur à Brignoles, c'était l'épilogue inévitable d'une étape qui avait emprunté la Promenade des Anglais à Nice. C'est ce qui s'appelle déployer un tapis rouge au sujet de sa très gracieuse (enfin, ça se discute...) majesté. Si on s'en tient aux sprints massifs disputés sur le plat, Cavendish a réalisé un sans-faute depuis son arrivée sur le Tour l'an passé. Quatre succès en 2008, déjà un en 2009: il est reçu cinq sur cinq, le British. A part ça, rien de nouveau sous le ciel du Midi. Cancellara garde son maillot jaune et, selon leurs bonnes habitudes de ces dernières années, les Français animent les échappées mais sont repris par la patrouille. Hier, Stéphane Augé et Cyril Dessel ont endossé leur tenue de baroudeurs mais le régional de l'étape, c'était l'un de leurs deux compagnons de fugue. Non, non, pas Stef Clement (malgré son nom, il est néerlandais) mais... Jussi Veikkanen.

Après avoir résidé à Saint-Zaccharie (à la limite du Var et des Bouches-du-Rhône), le Finlandais demeure désormais à Pourrières, à 40 kilomètres de Brignoles. A l'arrivée, il était entouré par une nuée de supporters et il s'estime... à 100% provençal. On trouve les surprises où on peut dans ce Tour de France.

  • Jérôme Le Gall

Tour et détours. La petite reine chez le prince (le 05/07/09)

Le Tour de France à Monaco, c'était un peu le choc des mondes. Mais la fête a été digne d'un mariage princier.

Tous ces bateaux me plaisent bien. Il n'y a que leur prix qui ne me plaît pas.» Dès l'ouverture du village du Tour de France, hier à Monaco, Raymond Poulidor a ajouté une couche à sa réputation d'homme économe. Tellement économe que, comparé à lui, Guy Roux ferait (presque) figure de dépensier qui jette l'argent par les fenêtres. Blague à part, Poupou a bien raison de mettre l'accent sur le luxe qui règne en maître à Monaco.

Indécent

Il est omniprésent, insolent, indécent... On était à peine arrivé en Principauté qu'on avait tout de suite été mis dans le bain par ce garage qui affichait fièrement une occase à 113.000 euros. On ne sait même pas la marque de la (belle) bagnole mais, à ce prix-là, ça avait l'air d'un cadeau. Le reste était à l'avenant. Des boutiques de luxe, des concessions Rolls Royce, Lamborghini, Bentley... Bref, rien que des trucs pour les émirs, les milliardaires russes et les footballeurs (et encore pas tous...) Le luxe n'est pas que dans les boutiques. Il est aussi dans la rue. On a vu quelques dames, visiblement pas dans la misère, porter fièrement des toilettes qu'elles avaient dû payer une fortune. Ça fait cher de l'étoffe car ces vêtements avaient, pour la plupart, la taille d'un mouchoir de poche. Là, on exagère: dans l'ensemble, ils étaient moins grands...

«Pain-pâté-vin rouge»

Le Tour de France, événement populaire par excellence, dans ce décor, c'était un peu comme un «pain-pâté-vin rouge» à Buckingham Palace. Pour illustrer ce choc des mondes, difficile de trouver de plus belle image que ce groupe de joyeux lurons coiffés de bobs «Cochonou» devant une joaillerie où pas un prix n'était affiché. On devine qu'avec l'argent nécessaire à l'achat de la moins chère des bagues, ils auraient pu s'offrir du saucisson jusqu'à la fin de leurs jours. Mais que le Tour parte de Brest, de Liège ou de Monaco, la magie est toujours la même. Ecoutez, par exemple, Maxime Bouet, vainqueur des Boucles de l'Aulne à Châteaulin et néophyte de la Grande Boucle: «J'avais de grands frissons sur la rampe de lancement et, une ambiance pareille, on ne voit ça nulle part ailleurs que sur le Tour de France.» On imagine qu'à la télé, vous avez du vous régaler. Le Tour ne pouvait trouver de plus bel écrin pour son Grand Départ. La petite reine n'a pas raté son rendez-vous avec le prince.

  • Jérôme Le Gall

Billet. Le rouleur-compresseur (le 05/07/09)

Cancellara, ce n'est pas un rouleur, c'est un rouleur-compresseur. Demandez donc à Denis Menchov ce qu'il en pense. Parti avec une minute et trente secondes d'avance sur le Suisse, le Russe a été repris, écrasé, laminé par le coureur de la SaxoBank. Menchov, ce n'est pourtant pas n'importe qui, c'est le vainqueur du dernier Tour d'Italie...

Il est incroyable, le grand Fabian. Il fait toujours honneur à son surnom de «Spartacus» et tous les horlogers suisses peuvent lui offrir une jolie prime car ce gars-là est la meilleure des pubs pour leur réputation d'exactitude. Le roi du chrono, c'est bien lui, et il s'agit d'un produit qui supporte parfaitement l'exportation. Champion olympique de la spécialité à Pékin, il a remporté les prologues de la Grande Boucle à Liège (2004), Londres (2007) et donc Monaco. Les Tours de France à l'étranger, ça l'inspire... Pour l'an prochain à Rotterdam, ceux qui cherchent la grosse cote peuvent déjà miser sur quelqu'un d'autre.

Qu'il soit le maître du temps, ça nous va bien. Mais il se dit qu'il ambitionne de gagner le Tour de France un jour. Ça, ça nous fait moins rire. L'an passé, on trouvait déjà qu'il grimpait drôlement bien pour un colosse d'1,86 mètre pour 80 kilos. Alors, s'il se met à jouer les cabris, on va jaser. Comme on le faisait à propos de ce bon vieux Schumacher, le vainqueur des contre-la-montre du Tour 2008...

Et Armstrong? Disons qu'il est à sa place. La dixième de l'étape et la première de la popularité. Fallait voir l'engouement suscité par son échauffement dans un climat tropical. Tout le monde avait les mains moites (voire les pieds «poites») mais l'orage n'a jamais éclaté. Les adversaires de l'Américain ont, comme lui, couru sur des routes sèches. Il est donc 10emais 4ede son équipe, derrière Contador, Klöden et Leipheimer. Chez Astana, c'est comme à Monaco, il y a abondance de biens.

  • Jérôme Le Gall

Billet. "Prince-sans-rire" (le 04/07/09)

Est-ce la proximité de Son Altesse Sérénissime, le prince souverain Albert II de Monaco, qui l'a inspiré? Toujours est-il que Johan Bruyneel, le manager de l'équipe Astana, a coiffé, hier, la couronne des pince-sans-rire. Principauté oblige, on va l'appeler le «Prince-sans-rire». Ah, il ne manque pas de culot, le mentor de Lance Armstong! Hier, devant un parterre de journalistes, il n'a pas craint de lâcher: «On sait qu'il n'y a que deux choses exactes dans le journal: la date et le prix». Il est toujours aussi fort, ce Bruyneel. Hier, la presse est venue avec ses questions. Lui, avec ses réponses... Il a même osé déclarer qu'il était «un peu perdu» quand il lui a été demandé si Armstrong pouvait gagner le Tour de France. On ne l'a pas cru. Et qu'a-t-on appris en sortant de cette conférence de presse? Que le premier partant des Astana sera... Lance Armstrong. Eh oui, l'Américain s'élancera au milieu des anonymes alors que Contador sera en compagnie des ténors. Surtout ne pas en déduire que l'Espagnol est bien le leader incontesté de l'équipe... Il faut savoir que, ces derniers jours à Monaco, l'orage menace d'éclater à partir de 18heures. Et si Armstrong nous faisait le même coup que Durand lors du prologue du Tour 95 à Saint-Brieuc? Vous l'imaginez fonçant sur des routes sèches alors que ses adversaires se taperaient le déluge? Bruyneel est assez malin pour tenter le pari. Concernant sa couronne de «prince-sans-rire», le Belge a de la chance que Clément Lhôtelllerie ne soit pas présent à Monaco. Le coureur français l'aurait détrôné car il a eu l'audace d'annoncer que son contrôle positif, révélé mercredi, est dû à... de l'huile de géranium utilisée pour soigner un mal de gorge. On accordera aussi un accessit à ceux (nombreux) qui ont déclaré, hier, que grâce à la présence de Boonen, malgré un contrôle positif à la cocaïne, les sprints du Tour allaient sentir la poudre...

  • Jérôme Le Gall
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